Beaufort : découverte d’un tunnel du Hezbollah construit pour attaquer Israël

CRÊTE DE BEAUFORT, Liban — Dans la fraicheur de l’air qui, à l’aube, nimbe le paysage grandiose qui se déroule à nos pieds, depuis les hauteurs du château de Beaufort, il est facile d’oublier qu’il y a de cela quelques mois seulement, des agents du Hezbollah y lançaient des centaines d’attaques contre les soldats israéliens et le nord d’Israël.

Fin mai dernier, lors de sa progression dans les profondeurs du territoire libanais, à la faveur des combats contre le Hezbollah, Israël reprenait le contrôle de l’antique château de Beaufort et de la crête environnante, 26 ans après s’en être retiré.

S’adressant aux journalistes lors d’une visite de presse organisée dans la région la semaine passée, le commandant de la 36e division, le général de brigade Yiftah Norkin, a déclaré que la prise de la crête de Beaufort était « cruciale pour la défense du doigt de la Galilée, de Metula et des communautés environnantes ».

Avec sa forteresse médiévale et son château, aujourd’hui partiellement en ruines, Beaufort revêt également une importance symbolique en tant qu’emblème des engagements militaires passés d’Israël au Liban, en particulier les 18 années d’occupation qui ont pris fin en 2000.

Selon Tsahal, l’armée israélienne, les opérations dans la zone du château de Beaufort se concentrent sur la capture et la démolition des emprises souterraines du Hezbollah, ainsi que sur la prévention des tirs de roquettes menées par le groupe terroriste contre Israël depuis cette zone.

Des soldats de Tsahal au château de Beaufort dans le sud-Liban, le 7 juillet 2026. (Emanuel Fabian/Times of Israel)

Le Hezbollah a tiré plus de 400 roquettes depuis la crête de Beaufort en direction du nord d’Israël lors des combats actuels, principalement contre la communauté frontalière de Metula, explique l’armée.

Les combats ont commencé début mars, lorsque le groupe terroriste libanais a tiré des missiles et des drones sur Israël pour soutenir son parrain, l’Iran.

Il a également déployé des drones FPV et tiré des missiles antichars sur les soldats déployés dans le sud- Liban.

À environ un kilomètre au sud de la forteresse construite par les Croisés, sous la crête, l’armée a découvert d’importants tunnels du Hezbollah, sans doute construits avec l’aide de l’Iran.

Des soldats de Tsahal à l’entrée d’un tunnel du Hezbollah, près du château de Beaufort, dans le sud-Liban, le 7 juillet 2026. (Emanuel Fabian/Times of Israel)

Lors de la visite, mardi dernier, les journalistes ont pu pénétrer à l’intérieur de l’un de ces tunnels, qui s’étend sur 1,3 kilomètre depuis la paroi de la falaise jusqu’à l’intérieur de la montagne.

« Les tunnels servaient à deux choses : premièrement, à tirer sur Israël. Dès que l’on sort du tunnel, on voit clairement Metula, pile en face de nous », explique un officier de l’unité d’élite du génie de combat Yahalom.

« Et deuxièmement, à se défendre contre une manœuvre terrestre de Tsahal sur la crête de Beaufort, au cours de laquelle, comme vous pouvez le voir, nous les avons vaincus (le Hezbollah) », ajoute-t-il.

Un soldat de Tsahal dans un tunnel du Hezbollah près du château de Beaufort dans le sud-Liban, le 7 juillet 2026. (Emanuel Fabian/Times of Israel)

Soldats et officiers ont été autorisés à s’exprimer, mais sous couvert d’anonymat, conformément au protocole militaire.

Les soldats disent avoir découvert « une quantité exceptionnelle » d’armes à l’intérieur des tunnels de la crête de Beaufort, y compris des armements « uniques et de grande valeur », tels que des systèmes antiaériens.

L’officier de l’unité Yahalom souligne que ses soldats ont découvert des armes iraniennes « sur lesquelles nous n’avions pas réussi à mettre la main auparavant », lesquelles ont été transportées en Israël pour analyse.

À l’intérieur d’un tunnel du Hezbollah près du château de Beaufort dans le sud -Liban, le 7 juillet 2026. (Emanuel Fabian/Times of Israel)

Le tunnel disposait d’infrastructures ainsi que de l’eau et de l’électricité, et de nombreuses pièces, dont plusieurs lieux de vie équipés de douches, de toilettes, de kitchenettes et de ce que les officiers décrivent comme d’un bloc opératoire entièrement équipé pour des interventions médicales.

« Ce bloc opératoire est le nec plus ultra, complètement stérile, avec des machines et des équipements — tout ce qui est nécessaire pour pratiquer une intervention ici même, à l’intérieur de ce tunnel », explique l’officier de Yahalom.

Selon les officiers, les agents du Hezbollah ont pu passer de nombreux mois sans sortir de ce tunnel.

Un soldat de Tsahal dans un tunnel du Hezbollah près du château de Beaufort, dans le sud-Liban, le 7 juillet 2026. (Emanuel Fabian/Times of Israel)

L’officier de Yahalom estime que la construction et l’aménagement du tunnel a sans doute pris 10 à 15 ans.

« Bâtir un tel système souterrain dans les reliefs rocheux du sud-Liban exige de considérables investissements et énormément de temps », souligne-t-il. « Il faut forer, dynamiter le long du tracé, puis évacuer la terre excavée — tout cela sans se faire repérer par des yeux israéliens. »

L’armée a indiqué prévoir de démolir les installations.

Des explosifs entreposés dans un tunnel du Hezbollah, près du château de Beaufort, dans le sud- Liban, le 7 juillet 2026. (Emanuel Fabian/Times of Israel)

Au cours de la visite, on voit des explosifs entreposés dans plusieurs pièces et couloirs par les soldats de Yahalom. Les journalistes sont sommés de ne pas allumer de cigarettes à l’intérieur du tunnel.

Tsahal a découvert d’autres tunnels du Hezbollah dans le sud-Liban : selon lui, ils ont tous été construits avec l’aide et l’argent de l’Iran.

Des soldats de Tsahal dans le château de Beaufort, dans le sud-Liban, le 7 juillet 2026. (Emanuel Fabian/Times of Israel)

Interrogé sur l’existence de combats à l’intérieur de l’installation souterraine lors de sa prise par l’armée, l’officier répond que « des terroristes ont été tués à l’intérieur des tunnels ».

Bien que le château ne se trouve qu’à environ cinq kilomètres de la frontière israélienne, il a fallu une heure et demie à un convoi de véhicules tout-terrain de l’armée pour s’y rendre, en contournant la pente abrupte qui surplombe le fleuve Litani, à l’est de la forteresse, pour aborder la crête par le flanc ouest, moins accidenté.

En chemin, le convoi passe devant des rangées de bâtiments rasés dans les villages du sud-Liban proches de la frontière israélienne.

Un véhicule tout terrain de Tsahal circule dans le sud-Liban, le 7 juillet 2026. (Emanuel Fabian/Times of Israel)

Les soldats israéliens ont pénétré dans le sud-Liban en mars dernier après que le Hezbollah a commencé à tirer des roquettes sur Israël en soutien à Téhéran, quelques jours après que les États-Unis et Israël ont commencé à attaquer ce dernier.

Les soldats sont positionnés jusqu’à 10 kilomètres à l’intérieur du sud-Liban dans ce que les autorités israéliennes qualifient de « zone de sécurité » destinée à empêcher le Hezbollah de tirer des missiles guidés antichars sur les communautés frontalières israéliennes et limiter la capacité du groupe terroriste à tirer des roquettes.

Le 31 mai dernier, Tsahal a pris le château de Beaufort — à l’intérieur de la zone tampon — dans le cadre d’opérations terrestres contre le Hezbollah.

Un véhicule tout-terrain de Tsahal traverse le fleuve Litani, dans le sud-Liban, le 7 juillet 2026. (Emanuel Fabian/Times of Israel)

Les combats ont faibli, ces derniers mois, à la faveur d’un fragile cessez-le-feu, mais les deux camps continuent de lancer des attaques sporadiques.

À quelques kilomètres seulement au nord du château de Beaufort se dresse la crête d’Ali Taher, dans les environs de Nabatieh, là où soldats israéliens et agents du Hezbollah s’affrontent dans un face-à-face tendu.

L’armée israélienne contrôle actuellement la crête en surface, mais sous la colline, le Hezbollah dispose d’une autre installation souterraine « stratégique ». Selon Tsahal, ce lieu souterrain est le « centre névralgique » de Badr, la division régionale du Hezbollah.

Vue de la crête d’Ali Taher depuis le château de Beaufort, dans le sud-Liban, le 7 juillet 2026. (Emanuel Fabian/Times of Israel)

Des dizaines d’agents du Hezbollah se trouveraient toujours sous terre à cet endroit, et Tsahal, malgré le cessez-le-feu, frappe sporadiquement des membres du groupe terroriste qui tentent de s’enfuir ou de faire parvenir des renforts aux tunnels, expliquent les officiers.

En revanche, compte tenu du cessez-le-feu, Tsahal n’est pas autorisé à prendre les souterrains situés sous la crête.

Le général Norkin, qui commande cette division, explique que ses soldats sont « pour l’heure dans une phase défensive en raison du cessez-le-feu », mais qu’elles sont prêtes à tout scénario et notamment prêtes à reprendre l’offensive.

Un soldat de Tsahal dans le château de Beaufort, dans le sud- Liban, le 7 juillet 2026. (Emanuel Fabian/Times of Israel)

Profitant de l’arrêt des combats, « le Hezbollah renouvelle ses forces, tente de retirer des armes de la zone de combat et d’améliorer certaines de ses positions et capacités », ajoute-t-il.

« Nous les surveillons », conclut Norkin. « S’il faut reprendre les combats, nous serons en mesure de les frapper : nous sommes prêts à tous les scénarios. »

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