«Affaire Erner : la France ne doit pas devenir le pays des ayatollahs !»
Par Noémie Halioua et Emmanuel Razavi
FIGAROVOX/TRIBUNE – La campagne de haine orchestrée par Jean-Luc Mélenchon contre le journaliste Guillaume Erner illustre la violence verbale chronique de La France Insoumise, qui menace gravement la santé démocratique de notre pays, soulignent les journalistes Noémie Halioua et Emmanuel Razavi.
Noémie Halioua et Emmanuel Razavi, tous deux grands reporters, font partie de l’Association française des Grands reporters.
Menaces, harcèlement, intimidation. Le journaliste Guillaume Erner est depuis plusieurs jours la cible d’une chasse à l’homme méthodiquement orchestrée par «la meute» LFI.
Auteur de plus d’une dizaine de tweets à son sujet, Jean-Luc Mélenchon a annoncé ne plus mettre un pied dans la matinale de France Culture tant que ce dernier en assurera la présentation.
Le voilà à exiger des excuses et à saisir l’Arcom, dans une entreprise de mise à mort professionnelle de celui qu’il qualifie publiquement de « faussaire ». Pourtant des excuses, il y en a eu.
Sous pression, Radio France a mis en pause le billet d’humeur du journaliste, lui a infligé une sanction disciplinaire, demandé des excuses publiques à l’antenne, ce qu’il a fait. Dans le même temps, les Sociétés des journalistes de France Culture et de Radio France, la Société des producteurs de France Culture, ainsi que le SNJ-CGT, ont publiquement pris leurs distances avec notre confrère.
Mais rien n’a suffi pour calmer la fureur du parti d’extrême gauche : toutes les tentatives d’éteindre l’incendie n’ont fait qu’attiser les flammes.
Que lui est-il reproché ? Officiellement, la publication à l’antenne d’un montage juxtaposant des extraits de discours de Jean-Luc Mélenchon avec d’autres de Jean-Marie Le Pen.
Un montage artificiel destiné à illustrer les similitudes de leur rhétorique antisémite et de leurs sous-entendus abjects.
Ce montage est si criant de vérité que l’on comprend qu’il suscite les courroux du tout-puissant chef de parti et de ses ouailles.
Comme le dit l’adage : il n’y a que la vérité qui blesse. Dans cette capsule vidéo passée à la radio, parmi les nombreux extraits de ces deux personnages mis en miroir, l’un d’entre eux est sorti de son contexte, et laisse penser que Mélenchon parle des Juifs, alors que dans son discours, il dénonçait la « caste financière », ce qui a énervé le chef de la meute.
Dont acte! Mais le supprimer n’aurait rien changé à la démonstration tant elle est implacable, ni à la réalité qu’elle dénonce : la « passion antisémite » que certains membres de ce parti ont chevillée au corps.
Mettre les journalistes en ordre de bataille pour paver le chemin à la victoire, quitte à répandre la terreur au sein de cette corporation pour empêcher la moindre objection à venir. Noémie Halioua et Emmanuel Razavi
Bien sûr, ce montage vidéo n’est qu’un prétexte. La virulence des attaques à l’encontre de notre confrère, leur caractère méthodique et l’absence de toute volonté d’apaisement, malgré ses excuses publiques et la sanction qui lui a été infligée, montrent combien l’enjeu dépasse la question journalistique.
Non, la soif de nuire au journaliste que rien ne semble apaiser révèle le but de l’opération : tenter de bâillonner toute voix médiatique discordante ou critique de LFI alors que la présidentielle approche.
Mettre les journalistes en ordre de bataille pour paver le chemin à la victoire, quitte à répandre la terreur au sein de cette corporation pour empêcher la moindre objection à venir.
Parmi les voix à faire taire, il semble bien qu’il y ait d’abord celles des journalistes de confession juive, qui alertent sur la nouvelle judéophobie qui découle de l’antisionisme.
Car deux ans plus tôt, Erner publiait Judéobsession, chez Flammarion, un essai consacré à la résurgence de l’antisémitisme et à ce qu’il décrit comme l’obsession collective dont les Juifs sont devenus l’objet. Il y racontait l’histoire de sa famille, décimée pendant la Shoah, s’inquiétait de la résurgence de cette haine et dénonçait une époque où cette confession religieuse est redevenue un objet de fantasmes politiques.
Avant lui, à l’automne 2023, la journaliste de LCI Ruth Elkrief avait été publiquement prise pour cible dans les mêmes conditions par Jean-Luc Mélenchon, ce qui avait déclenché une vague de menaces de mort à l’encontre de notre consœur, dès lors mise sous protection policière.
Le fait est que les journalistes français de confession juive semblent des cibles de choix de ce parti, avec, chaque fois, la même mécanique, la même logique : la disqualification personnelle, le soupçon politique, la mise en cause de leur légitimité professionnelle.
Assez pour rendre le journaliste « radioactif » dans leur propre rédaction.
Mêmes attaques de la part de députés LFI contre les journalistes Nora Bussigny, et Emmanuel Razavi (co-auteur de ces lignes) en novembre 2025.
Eux ne sont pas de confession juive, mais ils avaient publié des enquêtes démontrant les soutiens de députés de «la meute» à Salah Hamoury, membre du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), une organisation palestinienne financée et armée par la République islamique d’Iran.
Salah Hamoury, rappelons-le, avait été arrêté par les services israéliens en 2005, puis condamné à de la prison ferme pour avoir planifié une tentative d’assassinat contre l’ancien grand rabbin Ovadia Yossef.
Le FPLP, quant à lui, a participé aux côtés du Hamas au pogrom du 7 octobre 2023 en Israël …
Aucun parti n’a le droit de faire régner la terreur en bâillonnant la voix de journalistes qui n’auraient pas l’heur de réciter son catéchisme. Noémie Halioua et Emmanuel Razavi
À quelques mois d’une élection présidentielle décisive pour notre démocratie, il faut s’alarmer de la façon dont LFI s’en prend à des membres de notre profession et par voie de conséquence, à la liberté de la presse.
Aucun parti n’a le droit de faire régner la terreur en bâillonnant la voix de journalistes qui n’auraient pas l’heur de réciter son catéchisme.
Car les injonctions, comme les menaces qui ont pour objectif d’isoler et d’éliminer socialement des professionnels reconnus des médias, finissent par produire de la haine, et la haine, dans une société en proie au chaos, finit par tuer.
La France ne doit pas devenir le pays des ayatollahs !
La société française tout entière, à commencer par la classe politique et l’ensemble des médias, doit désormais se lever pour condamner les propos de « la meute » infâme qui s’en prend si violemment à des journalistes qui alertent sur ses dérapages antirépublicains et antisémites, ainsi que sur ses compromissions avec des membres d’organisations terroristes financées par la République islamique d’Iran.
Défendre Guillaume Erner, comme les journalistes victimes de la violence verbale de LFI, c’est défendre la santé démocratique de notre pays.
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