Le Gers et les enfants juifs : quand l’Histoire retrouve ses silences
Pendant longtemps, on a opposé une « zone occupée » à une « zone libre », laissant croire que le sud de la France avait été largement préservé des persécutions. Les recherches historiques montrent aujourd’hui une réalité plus complexe.
Dans le Gers, des familles juives réfugiées pensaient avoir trouvé un havre de paix. Beaucoup furent sauvées grâce au courage extraordinaire de citoyens anonymes, de religieux, d’enseignants et de résistants.
Mais d’autres furent arrêtées par l’administration française, puis déportées vers les camps d’extermination.
Le destin de Pierre Feigl, enfant rescapé dont les parents furent assassinés à Auschwitz, rappelle que derrière chaque archive se cache une vie, une famille, une enfance brisée.
Depuis plusieurs décennies, les travaux des historiens ont permis de mieux comprendre le rôle du régime de Vichy dans la politique antisémite menée en France. Reconnaître cette part de notre histoire n’efface ni le courage des Justes ni celui de la Résistance.
Au contraire, cela rend leur engagement encore plus admirable.
Une démocratie grandit lorsqu’elle accepte de regarder son passé dans toute sa complexité, sans occulter ni ses héros, ni ses responsabilités.
Le devoir de mémoire ne consiste pas à entretenir la culpabilité.
Il consiste à transmettre les faits, pour que les générations futures comprennent jusqu’où peuvent conduire l’antisémitisme, l’indifférence et le renoncement aux valeurs démocratiques.
N’oublions jamais: derrière les chiffres de la Shoah, il y avait des enfants, des visages, des rêves… et des vies qui auraient dû être vécues.
Valérie Perez Journaliste et www.lemonde.fr
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