« Nos danseurs sont des penseurs du corps » : Portrait de (LA) HORDE, le collectif derrière les derniers clips d’Angèle

Comment parler du monde sans prononcer un discours politique ? Chez (LA) HORDE, la réponse passe par les corps et un art pluridisciplinaire. Depuis plus de dix ans, Marine Brutti, Jonathan Debrouwer et Arthur Harel transforment la danse en un outil d’observation de notre époque.

À la tête du Ballet national de Marseille depuis 2019, le trio s’est imposé comme l’une des signatures majeures de la scène chorégraphique européenne, jusqu’à séduire Madonna, Rosalía ou, plus récemment Angèle. Cet été, il dévoile Après moi, le déluge, une troisième création pour le Ballet national de Marseille, présenté le 30 juin et le 1er juillet a Montpellier danse, puis du 5 au 8 juillet au Festival de Marseille. De passage à Paris, 20 Minutes a pu rencontrer (LA) HORDE.

« Notre écriture vient réellement du pluriel »

Dès sa création en 2013, tout s’est construit autour d’une idée simple : « On avait envie de construire quelque chose de plus grand que nous. Dans La Horde du Contrevent, il y a un groupe qui avance ensemble malgré le vent. On aimait cette idée d’un collectif composé de personnalités différentes qui avancent dans une même direction. »

Parmi les souvenirs fondateurs, un moment revient immédiatement, leur participation au concours Danse Élargie : « On garde un souvenir très ému de ce concours. Voir quelqu’un comme Vincent Macaigne regarder notre travail et comprendre cette colère d’une jeunesse européenne qui cherche à se révolter, c’était un immense privilège. On s’est sentis profondément compris. » Deux ans plus tard, en 2019, un autre tournant bouleverse leur trajectoire, leur nomination à la direction du Ballet national de Marseille :

« C’était la première fois que nous dirigions une institution de cette ampleur. Nous avons toujours travaillé avec des communautés. Notre écriture vient réellement du pluriel. Avec la compagnie permanente du Ballet national de Marseille, nous avons trouvé un laboratoire exceptionnel. Nos danseurs ne sont pas seulement des interprètes, ce sont des penseurs du corps. »

Marseille devient alors bien plus qu’un lieu de travail : « C’est une ville de contradictions, d’énergie et de créativité. Elle nous permet de regarder la France autrement. C’est une terre d’accueil où beaucoup de choses peuvent encore se réinventer. »

De Madonna à Angèle, en passant par Rosalía

« Nous ne travaillons pas avec des produits de la pop, mais avec celles et ceux qui la fabriquent ». Une phrase qui résume bien la manière dont (LA) HORDE envisage ses collaborations avec Madonna, Rosalía, Sam Smith ou Angèle. « Nous avons la chance de pouvoir circuler entre différents univers. Ce qui nous intéresse, c’est de rencontrer des artistes qui sont réellement à l’origine de leur projet. »

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Après les deux derniers clips d’Angèle, What You Want et Dis-le, et une collaboration avec Rosalía sur son LUX Tour récemment, (LA) HORDE poursuit cette même recherche : « Comprendre comment on construit un immense show ou trois minutes de clip nourrit directement notre travail. Tous ces détours nous servent énormément. On revient ensuite dans nos spectacles avec toutes ces expériences. »

Une danse qui prend position

Chez (LA) HORDE, chaque spectacle part d’une question. Avec Room With a View, le collectif s’intéresse à l’effondrement écologique. Avec Age of Content, il interroge notre rapport aux écrans et aux réseaux sociaux : « Nous essayons toujours de penser avec des marqueurs contemporains. Les phénomènes de société modifient nos corps. Les monstres politiques, la viralité des images, le biohacking… Tout cela raconte quelque chose de notre époque. »

Et si pour eux la danse libère les corps, le collectif défend une vision profondément politique de la fête, notamment lorsqu’ils sont interrogés sur les projets visant à restreindre les free parties : « Les espaces d’expression doivent rester libres. Des gens qui ne sont plus en mouvement sont des gens qui s’enferment sur eux-mêmes. Nous croyons profondément que la danse permet d’exorciser. Ce sont des espaces de rencontre où chacun peut être qui il veut ». Le diagnostic est plus large encore : « Une société qui décide d’annuler ces espaces de célébration et de liberté, c’est extrêmement symptomatique. Les politiques savent très bien ce qui s’y passe : ce sont des lieux où l’on peut repenser la société autrement. Une société qui va bien est une société qui conserve ces espaces. »

Plonger dans les monstres de notre époque

Avec Après moi, le déluge, (LA) HORDE signe sa troisième création pour le Ballet national de Marseille et poursuit le cycle entamé avec Room With a View puis Age of Content. Au cœur de cette nouvelle pièce, il est question de soins, de monstruosité, de bunkers, de transhumanisme, de technologies ou encore des promesses d’immortalité :

« Nous déconstruisons l’image du monstre, qu’il soit intérieur ou politique. Le décor devient progressivement un bunker et traverse différents niveaux qui racontent notre époque. »

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Mais derrière cette plongée dans les zones les plus sombres de notre société, portée par une scénographie en perpétuelle transformation et un important travail sur les costumes, le collectif refuse tout fatalisme : « Nous sommes allés dans les souterrains et les abysses de notre société pour essayer de la soigner autant que de la confronter. La danse reste un langage politique qui passe avant tout par l’émotion. »

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