NEW YORK — Plus de 680 rabbins ont diffusé, dans la journée de vendredi, une lettre ouverte où ils dénonçent le discours qui a été prononcé la semaine dernière par le maire de New York, Zohran Mamdani, qui a comparé l’AIPAC à des « monstres ». Ils affirment, dans leur tribune, que ces propos mettent en danger les Juifs américains. Ils exigent des excuses.
Les rabbins à l’origine de ce texte sont originaires de New York et de différentes régions des États-Unis. Ils représentent un large éventail de courants – réformiste, conservateur, orthodoxe ou reconstructionniste.
« Le récent discours qui a été prononcé par Mamdani sur le mouvement civique pro-israélien est dangereux ; il est inacceptable et il est indigne de la fonction qu’il occupe », indique la lettre ouverte qui a été rédigée à l’initiative du groupe de défense The Jewish Majority.
Les Juifs sont depuis longtemps accusés de complots, de bellicisme, de malversations financières et de tirer les ficelles du pouvoir dans l’ombre.
Après avoir été accusé d’avoir utilisé des clichés antisémites historiques dans son allocution, Mamdani a maintenu ses propos.
La lettre des rabbins indique que la rhétorique qui a été utilisée est « déshumanisante » et que « lorsque les cibles de cette déshumanisation sont majoritairement associées à la communauté juive, les conséquences en deviennent particulièrement dangereuses ».
L’antisémitisme a tendance à devenir violent lorsque les Juifs sont à la fois perçus comme une menace et qu’ils sont déshumanisés, dénonçent-ils.
« Les propos qui ont été tenus par Mamdani font écho à un discours bien connu sur le pouvoir juif, sur l’argent juif et sur la manipulation de la vie publique par les Juifs », poursuit la tribune. « En présentant la participation civique pro-israélienne comme monstrueuse, conspirationniste et antidémocratique, Mamdani prend pour cible les Juifs américains et leurs alliés ».
Parmi les signataires, des représentants d’éminentes congrégations new-yorkaises – notamment la Stephen Wise Free Synagogue, le Temple Emanu-El, le Temple Israel of the City of New York, la Lincoln Square Synagogue, Romemu, Kehilath Jeshurun et la Park Avenue Synagogue.
Les rabbins évoquent également les récents actes de violence meurtriers qui ont visé des Juifs dans le Colorado et à Washington, DC, ainsi que les complots violents qui avaient pris pour cible l’AIPAC et qui ont été déjoués par les forces de l’ordre.
Des organisations juives traditionnelles comme l’American Jewish Committee et l’Anti-Defamation League, qui sont souvent en désaccord avec Mamdani, ont dénoncé son discours, tout comme des groupes juifs de gauche plus favorables au maire.
Eric Dinowitz, membre du Conseil municipal de New York – un démocrate modéré qui préside le Caucus juif de la ville et le groupe de travail bipartite de lutte contre l’antisémitisme – a estimé que ces propos « ont repris des clichés antisémites séculaires tout en ignorant la réalité des dépenses des super PAC dans l’ensemble de notre système politique. »
La lettre des rabbins met également en cause un « deux poids, deux mesures » à l’égard de l’AIPAC, soulignant que la politique américaine est submergée par les dépenses de groupes – qu’il s’agisse des entreprises, des super PAC idéologiques et des groupements d’affaires.
« Lorsque les manifestations d’indignation ne portent que sur le militantisme pro-israélien, lorsque ce militantisme est décrit en termes d’argent occulte, de contrôle secret et de pouvoir, cela a l’arrière-goût de l’antisémitisme. Pire encore, cela met les Juifs en danger », explique la lettre, qui exige des excuses de la part de Mamdani.
« Critiquer la politique israélienne n’est pas antisémite. Considérer des millions de Juifs sionistes comme moralement suspects, politiquement illégitimes ou moins dignes de participer à la vie publique sur un pied d’égalité, ça l’est », notent les rabbins.
Cette lettre a fait suite à un sondage qui a été réalisé le mois dernier par Jewish Majority – qui a révélé que la grande majorité des Juifs new-yorkais – soit 82 % – se disaient très ou assez préoccupés par la montée de l’antisémitisme dans la ville. 17 % seulement se disaient légèrement inquiets, ou pas du tout.

Dans cette enquête d’opinion, l’antisionisme a été perçu comme un facteur contribuant à l’antisémitisme : 58 % des personnes interrogées ont dit que la montée de l’antisémitisme était « liée à la normalisation de l’antisionisme », contre 25% qui ont indiqué ne pas être d’accord avec ce postulat.
Mamdani s’est engagé à lutter contre la discrimination à l’égard des Juifs et il a condamné à plusieurs reprises l’antisémitisme « classique » – tel que les graffitis représentant des croix gammées. Il ne considère pas comme discriminatoire, en revanche, la rhétorique touchant à Israël ou au sionisme. Les sondages ont montré à maintes reprises qu’une grande majorité de Juifs se sentent liés à Israël.
Après que l’Anti-Defamation League a constaté l’année dernière que certaines des personnes qu’il avait nommées avaient tenu des propos antisionistes, affirmant notamment que « le sionisme est du racisme », qualifiant le sionisme « d’idéologie génocidaire » ou déclarant que « les sionistes sont pires que les nazis », Mamdani avait défendu cette rhétorique.
« Il faut distinguer l’antisémitisme de la critique du gouvernement israélien », avait-il dit.
Mamdani s’est déclaré antisioniste et il a présenté l’antisionisme comme un « mouvement politique moderne » face à l’oppression, distinct du judaïsme. S’opposer à des mouvements politiques n’est pas considéré comme discriminatoire aux États-Unis.
« On nous accuse souvent d’antisémitisme, mais soyons clairs : l’antisionisme n’est pas l’antisémitisme », avait affirmé Mamdani devant un public en 2023. « Nous ne céderons pas à la peur au point de croire que c’est le cas, car nous savons qu’il s’agit d’une accusation à motivation politique qui vise à nous réduire au silence ».
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