Vladimir Poutine se bunkerise par crainte d’un coup d’État

Russie : face à la crainte d’un coup d’État, Vladimir Poutine renforcerait sa sécurité personnelle depuis quelques mois.

Un rapport des services de renseignement d’un pays de l’union européenne révèle que le président de la Fédération de Russie renforcerait ses services de sécurité face à des menaces de coup d’État. Un de ses anciens ministres est particulièrement mis en cause.

Ces derniers mois, rapporte le Financial Times, le Service fédéral de protection (FSO) russe, aurait drastiquement renforcé la sécurité autour de Vladimir Poutine. Les craintes pour la sécurité du président russe s’intensifieraient dans les couloirs du Kremlin. Celui-ci passerait de plus en plus de temps dans des bunkers souterrains à se préoccuper de l’avancée de la guerre en Ukraine au point de s’être progressivement détaché des affaires civiles, révèle le journal britannique.

L’isolement de Vladimir Poutine se serait accru ces dernières années, en particulier depuis la pandémie de Covid-19. Mais depuis mars, les inquiétudes du Kremlin concernant un coup d’État ou une tentative d’assassinat se seraient fortement intensifiées. CNN ajoute que certaines de ces mesures auraient été mises en place ces derniers mois à la suite de l’assassinat d’un général de haut rang en décembre, qui aurait déclenché des tensions au sein des plus hautes sphères des services de sécurité russes. Un rapport des services de renseignement d’un pays de l’Union européenne sur la situation réelle au Kremlin et l’état de santé de Vladimir Poutine circule actuellement entre certains médias. Il viendrait confirmer ces rumeurs.

Un rapport fait état de mesures de sécurité de plus en plus drastiques
Le média russe d’opposition IStories a obtenu le rapport des services de renseignement européens sur la situation au Kremlin. Ce document lui a été transmis par une source proche des services secrets ayant rédigé ce rapport. Il y fait état des différentes mesures qui seraient prises par le Kremlin afin d’assurer la sécurité du président russe. Ainsi, la liste des lieux où Vladimir Poutine et sa famille pouvaient se rendre aurait été considérablement réduite par le FSO. De même, le président n’aurait pas effectué un seul déplacement sur des infrastructures militaires cette année, fait étonnant quand on le compare aux fréquents déplacements de l’année 2025.

L’entourage du président serait également touché par ces mesures, rapporte IStories. Au cœur de Moscou, dans les quartiers bordant le Kremlin, les réseaux de communication seraient périodiquement coupés (expliquant les nombreuses coupures d’internet qui se répètent à Moscou), et le FSO effectuerait de nombreuses patrouilles accompagnées de chiens de guerre. Tous les visiteurs du Kremlin seraient désormais intégralement fouillés à leur arrivée. Les membres du personnel du Kremlin (cuisiniers, photographes, gardes du corps) n’auraient plus le droit d’utiliser tout appareil ayant accès à Internet, en particulier les téléphones portables. Ils n’auraient pas non plus le droit de se déplacer en transports en commun et leurs maisons sont étroitement surveillées.

L’ancien ministre de la Défense visé par des rumeurs de conspiration
Selon CNN, le rapport vise notamment l’entourage de l’ex-ministre de la Défense Sergueï Choïgou. Cet ancien ami très proche de Vladimir Poutine a vu son influence diminuer après avoir été écarté du ministère de la Défense en 2024. Il avait occupé ce poste pendant une douzaine d’années. Le rapport ajoute que l’arrestation, le 5 mars dernier, de Ruslan Tsalikov, ancien adjoint et proche collaborateur de Sergueï Choïgu, est considérée comme « une violation des accords tacites de protection entre les élites, affaiblissant Sergueï Choïgu et augmentant le risque qu’il devienne lui-même la cible d’une enquête judiciaire ». Cependant, techniquement, le rapport ne fournit aucune preuve à l’appui des accusations portées contre Sergueï Choïgu

La commission d’enquête russe a déclaré dans un communiqué publié en mars que Ruslan Tsalikov avait été arrêté pour des faits liés au détournement de fonds, au blanchiment d’argent et à la corruption. Les informations faisant état de corruption au sein de l’élite militaire sont fréquentes, mais se sont multipliées depuis le début de l’invasion de l’Ukraine.

Vladimir Poutine sous pression : ces rumeurs de coup de d’Etat qui agitent le monde du renseignement européen (et le président russe lui-même ?)

Un ex-ministre de la Défense marginalisé, un proche collaborateur arrêté, des purges militaires à répétition, près de mille gardes du corps pour un seul homme : les signaux qui s’accumulent autour de Poutine ressemblent moins à ceux d’un régime triomphant que d’un pouvoir qui se barricade. Les services de renseignement européens évoquent désormais un risque de coup d’État. Est-ce un scénario crédible, ou la projection de nos propres espoirs sur une forteresse qui tient encore ?

Voici les 4 points clés à retenir de cet entretien :

Des soupçons occidentaux autour d’un coup d’État contre Vladimir Poutine se sont fait entendre ces derniers jours.

Les purges, rivalités et mesures de sécurité extrêmes traduisent un affaiblissement structurel d’un régime en proie à la paranoïa plus qu’une maîtrise de la situation par le maître du Kremlin.

Un coup d’État impliquerait militaires, oligarques ou services, déclenché par échec militaire, crise économique ou nouvelles purges.

L’Occident doit rester prudent et préparé : une mauvaise lecture pourrait soit renforcer Poutine, soit manquer une transition décisive.

Atlantico – Le rapport des services de renseignement européens affirme que Sergueï Choïgou est associé à un risque de tentative de coup d’État. Cette association s’appuie-t-elle sur des preuves tangibles (comme des contacts suspects ou des préparatifs logistiques) ou sur une interprétation des tensions internes au sein du régime russe ?

Louis Duclos : Il est difficile de déterminer si ce rapport repose sur des preuves concrètes ou sur une interprétation des dynamiques internes. Si des preuves tangibles existaient – par exemple, des contacts suspects ou des préparatifs logistiques avérés –, Vladimir Poutine aurait probablement déjà agi. Dans un système comme le sien, un rival aussi influent que Sergueï Choïgou, accusé de fomenter un coup d’État, aurait été arrêté, voire éliminé sans délai.

En revanche, ce qui semble certain, c’est que la paranoïa de Poutine s’intensifie. Depuis le début de la guerre en Ukraine, près de 1 000 personnes seraient exclusivement dédiées à sa sécurité personnelle. Ses résidences secondaires, comme celle de Sotchi, ont été équipées de systèmes de défense antiaérienne sophistiqués, tels que le Pantsir, alors que ces ressources seraient bien plus utiles sur le front ukrainien. Ces mesures révèlent une peur croissante : Poutine sait qu’il est une cible, non seulement pour l’Ukraine – qui a déjà éliminé plusieurs généraux russes –, mais aussi pour d’éventuels traîtres au sein de son propre entourage.

L’arrestation de Rouslan Tsalikov (5 mars 2026) est-elle un élément déclencheur d’un coup d’État, ou une manœuvre du Kremlin pour discréditer Sergueï Choïgou et justifier son éviction ?

Louis Duclos : Cette arrestation s’inscrit dans une série de purges qui touchent l’armée russe depuis plusieurs années. Sergueï Choïgou lui-même a été progressivement marginalisé, tout comme de nombreux généraux. Dans ce contexte, l’arrestation de Tsalikov, un proche collaborateur de Choïgou, pourrait être une manœuvre délibérée pour affaiblir sa position.

Il est possible que le Kremlin cherche à envoyer un message clair : « Un de tes hommes est tombé. Le prochain pourrait être toi. » Cela pourrait aussi servir à tester la loyauté de Choïgou et à le forcer à se soumettre davantage.

Cependant, un point est indéniable : si la Russie était réellement en train de gagner la guerre, comme elle le prétend, ces purges internes n’auraient pas lieu. Ces tensions trahissent plutôt un affaiblissement structurel du régime, où la méfiance et les luttes de pouvoir priment sur l’efficacité militaire.

Les mesures de sécurité renforcées autour de Poutine (bunkers, doubles contrôles, téléphones isolés) sont-elles une réponse à des menaces avérées (comme des complots ou des tentatives d’assassinat), ou une stratégie préventive pour tester la loyauté de son entourage et éliminer ses rivaux sous couvert de sécurité ?

Louis Duclos : Les mesures de sécurité autour de Poutine ont indéniablement été renforcées de manière drastique. Il existe des menaces avérées contre lui, non seulement de la part de l’Ukraine – qui a tout intérêt à l’éliminer –, mais aussi potentiellement de la part de cercles internes. Comme pour tout chef d’État, même en temps de paix, il existe toujours des individus prêts à passer à l’acte par extrémisme. Mais dans le cas de Poutine, la situation est paradoxale : il est à la fois extrêmement menacé et extrêmement protégé.

Près de 1 000 personnes veillent à sa sécurité, et chaque aspect de sa vie quotidienne – ses déplacements, sa nourriture, son eau – fait l’objet de vérifications constantes. Pourtant, dans un système aussi opaque, il est impossible de garantir qu’aucun traître ou espion ne se cache parmi ses proches. Cela crée une atmosphère généralisée de paranoïa.

En Ukraine, la situation est différente : malgré les divisions, l’unité nationale derrière le président Zelensky reste solide. En Russie, en revanche, cette méfiance systématique affaiblit la cohésion du régime.

Certains observateurs évoquent une stratégie préventive de Poutine pour tester la loyauté de ses proches et écarter ses rivaux. Cette hypothèse est-elle crédible ?

Louis Duclos : Oui, cette hypothèse est tout à fait crédible. L’exemple de la révolte de Evgueni Prigojine en juin 2023 en est la preuve : pour la première fois, Poutine a vu son autorité directement contestée. La marche sur Moscou, bien qu’interrompue in extremis, a révélé une fragilité inattendue du système. Prigojine a été éliminé peu après, mais son action a montré que le sang avait coulé, et que d’autres « requins » pourraient être tentés de profiter de la situation.

Poutine sait que des acteurs, au sein même de son entourage, attendent le bon moment pour agir. Sa paranoïa n’est donc pas infondée : dans l’ombre, certains espèrent sa disparition pour prendre le contrôle du pays selon leurs propres intérêts.

Le rapport révèle un conflit ouvert entre Gerasimov (armée) et Bortnikov (FSB) après l’assassinat du général Sarvarov (décembre 2025), ainsi qu’un renforcement du FSO (Service fédéral de protection) ordonné par Poutine.

Louis Duclos : Ce renforcement du FSO marque-t-il un déséquilibre durable en faveur des services de protection, au détriment de l’armée et du FSB ?

Cette crise révèle-t-elle une faiblesse structurelle du système sécuritaire russe, où les rivalités internes nuisent à son efficacité ?

Plutôt que de parler d’un déséquilibre institutionnel, il est plus juste d’y voir une réaction à la paranoïa croissante de Poutine. Si l’on en croit le rapport, il se terre de plus en plus dans des bunkers et impose à son cercle restreint des mesures de sécurité extrêmement contraignantes. Dans ce contexte, la protection du président devient une priorité absolue, au point de sacrifier l’efficacité globale du système.

Cela révèle une faiblesse structurelle : les rivalités internes entre l’armée, le FSB et le FSO minent la cohésion du régime. Au lieu de collaborer, ces entités se livrent à des luttes de pouvoir, ce qui affaiblit la Russie dans son ensemble.

Si le rapport confirme un risque réel de coup d’État en Russie, quels en seraient les acteurs principaux, les déclencheurs possibles et les conséquences potentielles sur la stabilité du régime.

Louis Duclos : Si l’on part du principe que le risque de coup d’État en Russie est bien réel, plusieurs éléments méritent d’être analysés en détail.

Tout d’abord, les acteurs les plus probables : Plusieurs groupes pourraient être à l’origine d’une telle tentative. La faction militaire proche de Sergueï Choïgou reste une candidate sérieuse. Bien que marginalisée, elle conserve une influence non négligeable au sein de l’armée, et son mécontentement face à la gestion désastreuse de la guerre en Ukraine pourrait la pousser à agir.

Les oligarques marginalisés forment un autre groupe à surveiller. Beaucoup ont vu leur pouvoir et leur richesse diminuer sous le régime de Poutine, et certains pourraient chercher à le renverser pour rétablir leur emprise sur l’économie et la politique russes.

Enfin, certains éléments au sein du FSB ou du SVR (les services de renseignement) pourraient estimer que Poutine représente un danger pour la stabilité du pays. Dans un contexte de crise économique, militaire et politique, ces acteurs pourraient juger nécessaire de l’écarter pour éviter un effondrement total.

Ensuite, les déclencheurs immédiats : Plusieurs événements pourraient servir de catalyseur à un coup d’État. Une purge ciblée contre Choïgou ou ses partisans pourrait radicaliser ses soutiens et les inciter à passer à l’action par désespoir. Un échec militaire majeur en Ukraine, comme la perte d’un territoire stratégique ou un effondrement du front, affaiblirait considérablement Poutine et créerait une opportunité pour ses opposants.

Enfin, un effondrement économique, marqué par des sanctions accrues, des pénuries généralisées ou une crise financière, pourrait exacerber le mécontentement au sein de l’élite et de la population, rendant un coup d’État plus probable.

Enfin, les conséquences sur la stabilité du régime : Si un coup d’État venait à réussir, les conséquences pourraient être catastrophiques pour la Russie. Le risque d’implosion du pays serait élevé. Une guerre civile pourrait éclater, avec des gouverneurs locaux – notamment dans des régions comme la Tchétchénie ou la Mordovie – refusant d’obéir aux ordres de Moscou et déclarant leur indépendance.

Par ailleurs, des mouvements indépendantistes pourraient émerger dans différentes républiques ou régions, profitant du chaos pour proclamer leur autonomie. Enfin, en l’absence d’un successeur clair et légitime, la Russie pourrait sombrer dans un chaos politique total, avec des luttes de pouvoir internes et une incapacité à maintenir l’ordre.

Poutine a toujours appliqué une politique de répression systématique, éliminant toute opposition avant qu’elle ne devienne une menace. Cependant, si son régime venait à s’effondrer, c’est l’ensemble de la Russie qui pourrait se désagréger, plongeant le pays dans une période d’instabilité sans précédent.

Face à ces signaux de fragilité interne en Russie, l’Occident (UE, OTAN, États-Unis) doit-il anticiper activement des scénarios de transition (contacts discrets avec l’opposition, sanctions ciblées), adopter une posture prudente pour éviter de provoquer un rassemblement nationaliste autour de Poutine, ou les deux ? Quels risques une mauvaise évaluation de la situation pourrait-elle engendrer ?

Louis Duclos : Pour l’instant, l’observation et la préparation doivent primer. Jusqu’à présent, l’Occident a adopté une position relativement prudente, évitant de franchir les lignes rouges en Ukraine pour ne pas risquer une escalade incontrôlable.

En cas de guerre civile en Russie, une intervention directe de l’Occident semble peu probable, du moins de la part des Européens. Les États-Unis, en revanche, pourraient être tentés d’influencer les événements pour faire pencher la balance en leur faveur, selon leurs intérêts stratégiques.

Ce rapport met en lumière un point crucial : Poutine s’isole de plus en plus. L’Histoire nous a montré que lorsqu’un dictateur commence à se terrer dans des bunkers, cela peut souvent annoncer le début de la fin. Il est donc essentiel de rester vigilant et de se préparer à tous les scénarios possibles.

Une mauvaise évaluation de la situation pourrait avoir des conséquences désastreuses. Sous-estimer la résilience du régime pourrait conduire à des décisions prématurées, tandis que surestimer son instabilité pourrait inciter à une passivité dangereuse. Dans les deux cas, les risques sont réels : soit provoquer un rassemblement nationaliste autour de Poutine, soit rater une opportunité cruciale pour influencer positivement l’évolution de la situation.

JForum.Fr – Le Figaro & ATLANTICO

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