Négocier avec Israël n’est pas de la trahison

Négocier avec Israël n’est pas de la trahison

Au Liban, la question des négociations avec Israël vient de rouvrir une fracture politique majeure. Le président Joseph Aoun a défendu lundi l’idée que discuter avec l’État hébreu ne relevait pas de la trahison, mais d’une nécessité nationale : mettre fin à une guerre dont le prix est surtout payé par les habitants du Sud-Liban. Dans un contexte de cessez-le-feu fragile, marqué par la poursuite d’incidents militaires et de frappes israéliennes, son message vise clairement le Hezbollah, qui rejette toute discussion directe avec Israël.

La formule employée par le chef de l’État est lourde de sens. Pour Joseph Aoun, la trahison ne consiste pas à négocier pour arrêter les combats, mais à entraîner le pays dans une guerre décidée au nom d’intérêts extérieurs. Sans toujours nommer directement le Hezbollah, il remet en cause la légitimité d’un acteur armé à engager le Liban dans une confrontation majeure sans consensus national. Son argument central est simple : si le conflit avait été imposé au Liban, l’unité nationale serait justifiée ; mais si le pays est aspiré dans une guerre menée pour d’autres agendas, l’État a le devoir de reprendre la main.

Le président libanais affirme avoir transmis aux États-Unis les exigences de Beyrouth : avant toute avancée politique, Israël doit cesser ses actions militaires offensives contre des cibles libanaises, civiles comme militaires. Cette condition est présentée comme un préalable indispensable à tout processus plus large. Aoun cherche ainsi à déplacer le débat : il ne s’agirait pas de capituler, mais d’obtenir un cadre capable de protéger le Liban et d’éviter que le Sud ne reste l’éternel champ de bataille des conflits régionaux. Cette ligne est politiquement risquée, car elle touche au cœur du pouvoir parallèle du Hezbollah : sa capacité à décider seul de la guerre et de la paix.

Face à lui, Naim Qassem, secrétaire général du Hezbollah, a fermé la porte aux négociations directes. Pour le mouvement chiite armé, tout accord issu de telles discussions serait nul et sans effet. Le Hezbollah exige un retour à des négociations indirectes et affirme que sa « résistance » demeure forte. Cette position traduit une double bataille : militaire face à Israël, mais aussi institutionnelle face à l’État libanais. Le bras de fer dépasse donc la seule question diplomatique. Il pose une interrogation plus profonde : qui détient réellement l’autorité stratégique au Liban ?

Cette confrontation intervient alors que le pays reste exposé à une situation extrêmement instable. Les frappes israéliennes se sont récemment étendues à l’est du Liban, tandis que le cessez-le-feu négocié sous médiation américaine demeure fragile. Pour Beyrouth, l’enjeu est d’éviter l’effondrement d’un équilibre déjà précaire ; pour le Hezbollah, il s’agit de ne pas laisser l’État reprendre seul le contrôle du dossier israélien. Entre ces deux logiques, les civils libanais, notamment dans le Sud, restent les premiers exposés.

La déclaration de Joseph Aoun marque donc un tournant politique plus qu’un simple désaccord verbal. Elle place le Hezbollah devant une accusation directe : celle de faire primer des calculs régionaux sur l’intérêt national libanais. Reste à savoir si cette offensive politique ouvrira réellement la voie à une désescalade, ou si elle aggravera encore la fracture interne d’un pays déjà pris entre guerre, souveraineté fragile et pressions extérieures.

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