«L’Amérique aux Américains. » Quelques heures seulement après l’enlèvement de Nicolás Maduro à Caracas (Venezuela), Donald Trump, le président des Etats-Unis a rappelé dans une conférence de presse sa volonté d’appliquer une mainmise sur tout le continent américain. Parce que oui, par « Américains », il faut bien entendre « Etats-Uniens ». « Dans le cadre de notre nouvelle stratégie de sécurité nationale, la domination américaine dans l’hémisphère occidental ne sera plus jamais remise en question », a-t-il précisé.
L’utilisation du terme « hémisphère occidental », terme nord-américain sans réelle existence scientifique, préface ce que le président US précisera plus tard : La remise en route de la doctrine Monroe, « trop longtemps oubliée » selon lui.
Fini les colonies, les Amériques prennent leur indépendance
Sans aucun lien avec Marylin, cette doctrine a été instaurée le 2 décembre 1823, par le cinquième président des Etats-Unis, James Monroe. Indépendant depuis moins de cinquante ans, le pays, comme le monde entier évolue très rapidement à l’époque et voit ses voisins d’Amérique latine arracher leur indépendance auprès des puissances coloniales européennes.
Le principe est simple : Les Etats-Unis s’engagent à ne pas intervenir dans les affaires des pays européens et de leurs colonies en contrepartie de quoi, le continent américain n’est plus ouvert à la colonisation et toute tentative d’ingérence d’une puissance extérieure serait perçue comme un acte hostile envers les Etats-Unis. L’ancien monde d’un côté, le nouveau de l’autre, et les vaches seront bien gardées.
Le tournant Roosevelt
Mais en 1904, le corollaire Roosevelt ajouté à la doctrine Monroe qu’en cas d’actes répréhensibles commis par une nation d’Amérique Latine, les Etats-Unis se réservent le droit d’intervenir dans les affaires internes de ce même pays. Une manière de se positionner en gendarme des Amériques et surtout de s’octroyer un droit d’ingérence dans tous les Etats d’Amérique latine selon son bon vouloir et une prééminence sur tout le continent.
Premier exemple en 1898 quand Washington intervient militairement à Porto Rico. Durant la guerre froide, la doctrine Monroe sert de prétexte aux différents présidents américains pour s’attaquer au communisme en Amérique Latine et les interventions que ce soit par l’US Army ou, surtout, la CIA, sont légion : Guatemala (1954), Cuba (1961), République dominicaine (1965), Chili (1973), Panama (1989), font partie de ceux qui ont vu les Etats-Unis agir sur leur territoire pour protéger leurs propres intérêts.
La nouvelle « Stratégie de sécurité nationale » ou « Donroe »
Ce samedi 4 janvier, Donald Trump s’est une nouvelle fois saisi de la doctrine, jusqu’à la renommer « Donroe » (ajoutant sa propre initiale à la mesure) pour justifier son intervention au Venezuela.
La « Stratégie de sécurité nationale » des Etats-Unis présentée au début du mois de décembre l’explique clairement au sujet de l’Amérique latine. Elle affirme notamment que les Etats-Unis doivent chercher à accéder aux ressources et aux emplacements stratégiques et veiller à ce que les gouvernements de la région soient « suffisamment stables et bien gouvernés pour prévenir et décourager les migrations massives vers les Etats-Unis ».
Aussi, les États-Unis « refuseront aux concurrents non hémisphériques la possibilité de positionner des forces ou d’autres capacités menaçantes, ou de posséder ou de contrôler des actifs stratégiques » dans la région, selon le document, en allusion à la Chine, principal acheteur du pétrole vénézuélien.
Un dangereux précédent dans lequel peuvent s’infiltrer la Chine et la Russie
L’opération au Venezuela pourrait ainsi servir d’avertissement aux alliés des Etats-Unis, notamment la Colombie, Cuba ou le Mexique, directement cités par Donald Trump dans son discours, et inquiets des menaces américaines de s’approprier des ressources stratégiques, à commencer par sa volonté déclarée d’annexer le Groenland, territoire autonome danois. Après avoir déjà menacé le Canada d’en faire « le 51e Etat américain », Trump avait, en début d’année 2025, menacé de s’emparer du canal de Panama.
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Jennifer Kavanagh, directrice de l’analyse militaire Defense Priorities, un groupe de réflexion qui prône une politique internationale américaine moins interventionniste, longtemps sceptique sur la réalité des intentions de Donald Trump quant au Groenland, dit maintenant s’interroger. « Il ne serait pas très difficile pour les Etats-Unis d’envoyer quelques centaines ou quelques milliers de militaires au Groenland et je ne vois pas bien qui pourrait s’y opposer », dit-elle.
Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres s’est d’ailleurs inquiété du « dangereux précédent » que constitue l’intervention américaine. Cette posture agressive pourrait encourager des rivaux des Etats-Unis, Chine et Russie en tête, à adopter une attitude similaire dans leur zone d’influence, en particulier vis-à-vis respectivement de Taïwan et de l’Ukraine.
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