Depuis le 2 mars, l’armée de l’Etat hébreu progresse dans le Sud-Liban, tout en pilonnant de vastes zones ainsi que la capitale. De telles attaques s’inscrivent dans la volonté israélienne d’occuper une partie du sud du pays.
Le spectre d’une occupation israélienne au Liban se précise. Le 31 mars, le ministre de la Défense israélien a annoncé que l’Etat comptait s’établir durablement dans le sud du Liban jusqu’au fleuve Litani à l’issue de la guerre. Une volonté de prise de contrôle qui a confirmé les craintes d’un projet israélien de « zone tampon » au Liban de manière à sécuriser sa frontière nord. Pour y parvenir, Israël mène une offensive d’ampleur dans le sud du Liban depuis le 2 mars, après avoir été atteint par des tirs du Hezbollah en réponse aux attaques israélo-américaines en Iran.
Dans le sud du pays, les bombardements se sont progressivement intensifiés puis étendus de plus en plus au nord. Du nombreuses frappes ont été recensées en dehors du premier ordre d’évacuation, au-delà du fleuve Litani, avant que la zone ne soit étendue jusqu’à la rivière Zahrani. La capitale, Beyrouth, est aussi intensément pilonnée, y compris dans des secteurs situés dans le nord qui échappent au contrôle du Hezbollah.
Si les tirs ont touché des cibles militaires liées au Hezbollah, des bombardements ont aussi atteint des centres de santé de l’Autorité islamique de santé, une organisation civile liée au Hezbollah. Le 13 mars, 12 professionnels de santé y ont été tués dans une frappe israélienne. Face au tollé, le porte-parole de l’armée israélienne a justifié l’attaque sur X en accusant le Hezbollah d’utiliser les ambulances « à des fins militaires ».
La guerre ne se joue pas uniquement dans les airs. Depuis le 4 mars, de premiers affrontements au sol ont eu lieu entre le Hezbollah et des membres des forces armées israéliennes. Dès le début du conflit, la ville de Khiam, située dans le sud-ouest du pays et en-dehors de la zone sous ordre d’évacuation, a été au centre de nombreuses batailles. « Située en hauteur, elle permet d’avoir accès au sud du Liban, mais aussi à la Bekaa (à l’est) », expliquait la spécialiste du Hezbollah Erminia Chiara Calabrese à franceinfo, le 19 mars. Au moins 14 incidents ont été enregistrés par l’Acled, dont des tirs de roquettes et d’artillerie.
Au fur et à mesure, l’armée a progressé en territoire libanais depuis la frontière partagée entre les deux pays, comme en attestent les affrontements avec le Hezbollah qui s’affichent en vert sur la carte.
Selon le journal libanais L’Orient-Le Jour, 25 localités ont ainsi été conquises par Israël au cours des dernières semaines. La majorité d’entre elles sont situées dans la « zone tampon » décrétée par Israël, entre le fleuve Litani et la frontière israélienne, à l’exception de deux autres villes, Khiam et Ghajar.
« Toutes les maisons » des villages libanais à proximité de la frontière seront détruites, a affirmé le ministre de La Défense israélien. Une déclaration qui atteste de la volonté de « rendre inhabitable » la région.
Faire du Sud-Liban un no man’s land ?
Depuis le 4 mars, les populations vivant au sud du fleuve Litani, qui sépare le sud du Liban de la vallée de la Bekaa, ont été contraintes par l’Etat hébreu de quitter leur lieu de vie. A Beyrouth, la banlieue sud de la capitale libanaise a aussi été visée par un tel ordre le 5 mars. Bien que ces consignes soient illégales au regard du droit international, Israël a étendu l’ordre d’évacuation le 12 mars jusqu’à la rivière Zahrani, située encore un peu plus dans le nord du Liban. Ces directives israéliennes concernent 13% de la superficie totale du Liban. Une telle zone est légèrement plus étendue qu’un petit département français comme le Val-d’Oise. Selon les Nations unies, plus d’un million de personnes ont ainsi été déplacées.
Parmi les nombreuses frappes aériennes israéliennes, plusieurs ont visé sept ponts qui permettaient de traverser le fleuve Litani. Celui situé à Qasmiyeh, sur la principale route côtière reliant la région de Tyr au reste du pays, a ainsi été démoli le 22 mars après plusieurs tirs. Comme le rapporte Le Monde, ce point de passage stratégique était emprunté à la fois par les Libanais fuyant les bombardements israéliens pour se diriger vers le nord du pays et, dans le sens inverse, pour acheminer des ravitaillements au sud. Ces édifices sont accusés par le ministre de la Défense israélien de servir à « des activités terroristes ».
Cette stratégie israélienne s’inscrit dans la droite ligne de la création d’une « zone tampon » au Sud-Liban. Une dynamique qui n’est pas sans rappeler de mauvais souvenirs aux Libanais. En 1982, l’armée avait déjà envahi le Liban, parvenant jusqu’à Beyrouth avant de lentement se retirer jusqu’en 2000.
A l’issue de son offensive au Liban, l’Etat hébreu envisage ainsi de prendre le contrôle « des ponts restants sur le Litani », a déclaré mardi son ministre de la Défense. De l’autre côté du fleuve, les habitants encore sur place sont pris au piège(Nouvelle fenêtre). Selon Karolina Lindholm Billing(Nouvelle fenêtre), représentante au Liban de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés, ces destructions ont « coupé des quartiers entiers du reste du pays » et isolé « plus de 150 000 personnes ».
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