« Une très forte similitude d’approche dans la diplomatie »… De quoi Emmanuel Macron et le pape Léon XIV vont parler ?

Ce vendredi, Emmanuel Macron sera reçu au Vatican pour la première fois par Léon XIV. Une visite du président français au souverain pontife, élu en mai 2025, qui intervient en pleine guerre au Moyen-Orient, et alors que le pape affiche une position tranchée sur la politique de Donald Trump. Les sujets de discussion ne devraient pas manquer. François Mabille, chercheur au CNRS et directeur de l’Observatoire géopolitique du religieux à l’IRIS, décrypte pour 20 Minutes les enjeux de cette visite.

Quels sujets seront abordés, selon vous, entre le président de la République et le Pape ?

Il y a, d’un côté, les questions conjoncturelles et de l’autre, celles plus structurelles. Les premières, concernent bien évidemment le Proche et le Moyen-Orient avec les bombardements israéliens au Liban et plus globalement la guerre en Iran. On voit qu’il y a une très forte similitude d’approche entre la diplomatie du Saint-Siège et celle de l’Union européenne, et donc de la France : respect du droit international, multilatéralisme, refus de la guerre illégale…

Ils vont donc s’atteler à voir comment les diplomaties peuvent s’articuler. Le Saint-Siège peut, par exemple, tenter d’apaiser ou de faciliter un dialogue interreligieux et la France agir au niveau politique. La discussion peut aussi tourner sur les aspects humanitaires et l’accès aux blessés. Le pape peut plaider dans ce cadre-là pour que les chrétiens du Proche-Orient fassent l’objet d’une attention particulière.

Il peut également y avoir des sujets plus spécifiques comme celui de Christophe Gleizes, le journaliste détenu en Algérie où le pape se rend la semaine prochaine. Le Saint-Siège a une longue tradition de médiation entre les pays et pourrait faire baisser les tensions entre les deux pays.

Léon XIV pourrait-il tenter d’influer la politique intérieure ?

Il y aura probablement plusieurs sujets abordés. La discussion semble plus ouverte qu’avec le pape François sur les questions relatives à l’avortement ou à la fin de vie. Mais on ne parle pas nécessairement d’ingérence. Cela dépend beaucoup des papes. Jean-Paul II, par exemple, intervenait assez volontiers dans les politiques intérieures de manière assez frontale. Léon XIV est plus subtil. Si vous reprenez l’ensemble de ses déclarations, il rappelle le droit, la position de l’Eglise, mais sans utiliser de mots qui heurtent.

Regardez à Monaco, un Etat catholique. Tout le monde pensait qu’il soulignerait l’importance de cet encadrement et le refus de l’avortement. Pourtant, il n’a jamais prononcé ce mot. Il a simplement dit que l’Église était pour la vie du début de la création jusqu’à la fin de la vie.

Son prédécesseur François disait que les femmes qui avortaient étaient les femmes qui faisaient appel, je le cite, à des « tueurs à gages ». Vous mesurez la violence du langage !

On entend encore l’adage selon lequel la France est « la fille aînée de l’Eglise ». Y a-t-il un lien particulier entre notre pays et le Vatican ?

Non, c’est un legs de l’Histoire. Ça revient à chaque fois qu’un pape est élu et doit venir en France. On veut alors savoir s’il est francophile, s’il s’intéresse à notre pays et on trouve toujours des fausses réponses ou de lointaines origines généalogiques.

Ce qui est plus intéressant c’est de se dire que c’est un Américain qui a vécu au Pérou et en Europe. Comment perçoit-il la France ? Il doit en avoir une image. Est-ce que sa perception a été changée par les relations qu’il peut avoir avec tel ou tel cardinal français ? Il a un parcours assez classique d’une église mondialisée mais c’est un Américain et le catholicisme américain est très particulier. Son rapport à la diversité du catholicisme est fort. Et cela compte sur les sujets dont nous avons parlé.

Il est Américain mais ses récentes déclarations contre la guerre n’ont pas été très appréciées par l’administration Trump…

Et c’est un sujet intéressant pour Emmanuel Macron de savoir comment un catholique américain perçoit la politique de Trump et surtout le mouvement MAGA. Sachant que l’un des enjeux du pape, c’est précisément de dissocier ou de faire sortir les catholiques américains du mouvement MAGA. On voit bien que les mois s’écoulant, les contentieux entre le Saint-Siège et l’Amérique de Trump ne cessent de s’accroître.

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Un pape américain qui a la culture américaine, qui sait déchiffrer les codes américains, peut donner des éléments d’information pour comprendre la politique américaine, le profil d’un Trump.

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