Une polémique de trop pour Rima Hassan
La décision du ministère de l’Intérieur de classer La France insoumise dans la catégorie « extrême gauche » au sein de la nomenclature électorale officielle a provoqué une levée de boucliers immédiate chez les dirigeants du mouvement. Accusations de manipulation politique, dénonciation d’un coup de force administratif, soupçons d’arrière-pensées électorales : les protestations n’ont pas tardé. Pourtant, au même moment, certaines prises de parole publiques émanant du parti venaient renforcer, paradoxalement, le bien-fondé de cette classification.
Sur le plan institutionnel, la décision portée par le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez s’inscrit dans un cadre administratif précis, régulièrement mis à jour avant chaque échéance électorale afin d’harmoniser la présentation des forces politiques. Certes, le choix des mots n’est jamais neutre. Mais la surprise affichée par La France insoumise interroge. Peut-on réellement s’étonner d’un tel classement lorsqu’un mouvement revendique la conflictualité permanente, récuse les formes classiques de compromis démocratique et érige la mobilisation de rue en levier politique central ?
Depuis plusieurs années, LFI assume un positionnement radical sur de nombreux sujets internationaux et institutionnels. Le soutien affiché au régime chaviste au Venezuela, la réticence à qualifier la Chine de dictature, ou encore les hésitations prolongées à désigner le Hamas comme organisation terroriste après les attaques du 7 octobre ont nourri un malaise bien au-delà de ses rangs. À cela s’ajoute une organisation interne fortement centralisée, souvent critiquée pour son absence de pluralisme réel.
Mais c’est surtout l’actualité récente qui éclaire la polémique sous un jour nouveau. Les déclarations de Rima Hassan, figure médiatique et députée du mouvement, ont suscité une onde de choc. En réaction à la tentative du sénateur Duplomb de relancer un projet de loi abandonné quelques mois plus tôt, l’élue a choisi l’invective et l’accusation personnelle, évoquant une supposée corruption par les lobbies de l’agro-industrie, sans apporter le moindre élément étayant ces propos. Une méthode qui s’inscrit dans une rhétorique de confrontation assumée.
La séquence suivante a aggravé la controverse. Visant un journaliste du Parisien dont l’analyse ne lui convenait pas, Rima Hassan a insinué une manipulation liée aux services israéliens, assortie d’une attaque financière directe. Ces propos ont conduit la société des rédacteurs du quotidien à réagir officiellement, dénonçant une mise en cause infondée et dangereuse du travail journalistique.
Mais ce sont surtout certains messages publiés sur les réseaux sociaux qui ont marqué un point de rupture. En s’adressant aux « sionistes » dans des termes assimilant leur sort à celui des nazis, l’élue a franchi une ligne symbolique lourde de conséquences. Cette assimilation, largement critiquée par des historiens et des observateurs, repose sur une confusion volontaire entre judaïsme, sionisme et idéologie criminelle nazie, au mépris de la réalité historique.
Le contraste est d’autant plus frappant que l’histoire rappelle des épisodes bien documentés des relations entre certains dirigeants palestiniens des années 1930-1940 et l’Allemagne hitlérienne, faits rarement évoqués dans ce type de discours. Ce rappel n’exonère personne, mais souligne la fragilité intellectuelle de comparaisons hâtives.
Les déclarations de Rima Hassan ne peuvent être tenues pour l’origine directe de la décision administrative, mais elles en renforcent clairement la cohérence a posteriori. Par leur tonalité, leur charge symbolique et les références historiques qu’elles mobilisent, elles s’inscrivent dans un registre de radicalité déjà régulièrement reproché à La France insoumise. Leur large diffusion publique a ainsi contribué à rendre plus lisible, pour une partie de l’opinion, le classement opéré par le ministère de l’Intérieur.
Dès lors, la controverse dépasse la seule querelle sémantique. Le débat n’est peut-être pas tant de savoir si La France insoumise est « extrême », que de s’interroger sur la cohérence entre certaines pratiques, certains propos, et l’héritage politique que le mouvement prétend incarner.
Jérémie de Jforum.fr
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