Un renversement historique pour les Juifs en Hongrie
Longtemps associée à un passé sombre marqué par l’antisémitisme et les tragédies du XXᵉ siècle, la Hongrie connaît aujourd’hui une transformation remarquable de sa vie juive. Selon le grand rabbin Slomó Köves, figure centrale de la renaissance communautaire, le pays est passé en quelques années d’un environnement hostile à un véritable pôle du judaïsme européen.
Impliqué depuis plus de trois décennies dans la vie juive locale, Köves explique n’avoir jamais imaginé un tel retournement. Il évoque un changement profond, tant dans les infrastructures que dans le climat social. Là où l’expression religieuse était autrefois discrète et parfois entravée, elle est désormais visible et assumée. Cette évolution s’est accélérée ces cinq dernières années, avec une amélioration notable de l’accès à la nourriture casher, la multiplication des mikvés et la réouverture ou la restauration de nombreuses synagogues.
Les données européennes confirment cette perception. Alors que la Hongrie figurait autrefois parmi les pays les plus mal classés en matière de harcèlement antisémite, elle affiche aujourd’hui des niveaux inférieurs à la moyenne de plusieurs grands États d’Europe occidentale. Le rabbin souligne d’ailleurs le contraste avec des capitales comme Paris ou Londres, où la pression sécuritaire sur les communautés juives est devenue une réalité quotidienne. À Budapest, les manifestations hostiles à Israël sont restées marginales après le 7 octobre, les autorités ayant adopté une ligne ferme face aux rassemblements perçus comme favorables au terrorisme.
Pour Köves, cette évolution n’est pas le fruit du hasard. Il estime que la stratégie consistant uniquement à protéger les communautés, héritée d’une logique post-Holocauste, a montré ses limites. À l’inverse, la Hongrie aurait misé sur la visibilité, l’éducation et l’intégration. Rendre la culture juive familière, ouverte et contributive à la société serait l’un des leviers les plus efficaces contre l’hostilité.
Un autre facteur clé réside dans la relation étroite entre la Hongrie et Israël. Ce partenariat pragmatique a favorisé les investissements, les échanges économiques et touristiques, ainsi que la coopération dans des secteurs stratégiques. Budapest est ainsi devenue une destination prisée pour les visiteurs israéliens, attirés par des infrastructures casher modernes et une atmosphère perçue comme plus sereine qu’ailleurs en Europe.
La capitale hongroise s’appuie aussi sur un héritage historique exceptionnel. Le père du sionisme politique, Theodor Herzl, est né à Pest, tandis que le fondateur du mouvement hassidique Satmar, Yoel Teitelbaum, entretenait des liens étroits avec la région. Des synagogues emblématiques, comme celle de la rue Dohány, ont retrouvé leur splendeur et accueillent aujourd’hui fidèles et visiteurs dans un cadre assumant pleinement l’identité juive.
Sur le plan communautaire, les progrès sont tangibles. Le nombre de restaurants casher a doublé, une laiterie casher est sur le point d’ouvrir, et de nouveaux projets voient le jour, comme un glacier respectant les règles de la cacheroute. Des institutions éducatives et religieuses modernes ont émergé, à l’image du centre Zsilip, pensé pour les familles et les jeunes, ou encore du tribunal rabbinique établi récemment.
Malgré cet optimisme, Köves appelle à la prudence. Les équilibres politiques peuvent évoluer, et la vigilance reste indispensable. L’un des défis majeurs demeure l’assimilation : une large partie des Juifs hongrois, issus de familles laïques, reste éloignée des structures communautaires. À travers des écoles comme le lycée Maimonidesz, la transmission d’une identité juive assumée et positive devient un enjeu central.
« Il y a quelques années, personne n’aurait imaginé la Hongrie comme un centre de la vie juive », observe le rabbin. Aujourd’hui, ce constat s’impose comme l’un des paradoxes les plus marquants du judaïsme européen contemporain.
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