Un rachat stratégique secoue l’audiovisuel israélien
Le paysage audiovisuel israélien s’apprête à connaître un nouveau bouleversement. Le propriétaire de la Treizième chaîne a accepté l’offre de l’homme d’affaires franco-israélien Patrick Drahi, malgré une proposition financièrement plus généreuse émanant d’un groupe concurrent issu de la high-tech. Cette décision, attribuée à des considérations réglementaires et politiques, marque une étape décisive pour une chaîne en difficulté depuis plusieurs années.
La société Access Industries, contrôlée par le milliardaire Len Blavatnik, aurait privilégié la sécurité et la rapidité d’exécution plutôt que le montant global de l’investissement. L’accord prévoit une entrée progressive de la famille Drahi au capital, avec un premier versement immédiat d’environ 25 millions de dollars pour une participation minoritaire, avant une montée à hauteur de 75 % pour un montant total estimé entre 40 et 50 millions de dollars. Cette structure financière permettrait d’injecter rapidement des liquidités dans une chaîne fragilisée par des pertes chroniques.
L’opération reste néanmoins suspendue à l’aval des autorités de régulation et de la concurrence. Dans un marché audiovisuel israélien fortement encadré, la concentration des médias demeure un sujet sensible. Patrick Drahi est déjà propriétaire de la chaîne câblée HOT ainsi que de la chaîne d’information i24NEWS, ce qui complique juridiquement une prise de contrôle directe. Selon plusieurs observateurs, la solution retenue serait une détention indirecte des actions, confiées formellement à la direction actuelle, tout en faisant de Drahi l’investisseur central et l’actionnaire de fait.
Face à cette offre, un consortium de figures majeures de la tech israélienne, issues notamment de l’écosystème Wiz, avait proposé un plan bien plus ambitieux : près de 100 millions de dollars d’investissements étalés sur trois ans pour une participation équivalente. Leur projet affichait clairement l’objectif de renforcer l’indépendance éditoriale et de consolider une rédaction affaiblie. Mais cette proposition se heurtait à un obstacle majeur : l’incertitude sur les délais d’approbation réglementaire et l’absence d’injection immédiate de fonds, dans un contexte où la chaîne joue sa survie à court terme.
Selon plusieurs sources concordantes, des messages informels auraient circulé laissant entendre que l’offre de Patrick Drahi bénéficierait d’un feu vert politique accéléré. Proche de longue date du Premier ministre Benjamin Netanyahu, l’homme d’affaires apparaissait comme un choix plus « prévisible » aux yeux du pouvoir. Cette perception a pesé lourdement dans la balance, au détriment d’une proposition pourtant plus élevée financièrement.
La perspective d’un rapprochement entre la Treizième chaîne et i24NEWS suscite toutefois de vives inquiétudes en interne. Plusieurs scénarios évoquent des restructurations sévères, voire une vague de licenciements massifs, si des synergies éditoriales et techniques étaient mises en place. La Treizième chaîne a déjà été marquée par des accusations récurrentes de pressions politiques, certains journalistes affirmant avoir été écartés pour leurs positions critiques à l’égard du gouvernement.
Au-delà des chiffres, cette opération illustre les tensions profondes qui traversent le paysage médiatique israélien : fragilité économique des chaînes généralistes, poids du politique dans les décisions stratégiques, et affrontement entre deux visions opposées du journalisme. D’un côté, une approche industrielle et pragmatique visant la stabilité financière rapide ; de l’autre, une ambition affichée de renforcer l’indépendance éditoriale sur le long terme. L’issue de ce rachat pourrait durablement redessiner l’équilibre de l’information télévisée en Israël.
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