Un milliard pour entrer au Conseil de Gaza
Les débats autour de l’avenir de la bande de Gaza prennent une dimension nouvelle, à la croisée de la sécurité régionale et d’une recomposition diplomatique mondiale impulsée par Donald Trump. Selon des informations relayées par Bloomberg, le président américain conditionnerait l’adhésion au futur Conseil de la paix à une contribution financière d’un milliard de dollars, tout en se réservant une présidence à vie de cette instance. Une approche qui suscite de fortes réticences, notamment en Israël, où les responsables sécuritaires s’opposent fermement à l’implication du Qatar et de la Turquie dans la reconstruction et la gouvernance de Gaza.
Dans les milieux militaires israéliens, le souvenir des années ayant suivi l’opération « Bordure protectrice » de 2014 reste vif. Le chroniqueur militaire Yoav Zeitoun, citant des sources sécuritaires, rappelle que l’afflux de fonds qatariens destinés à la reconstruction civile a paradoxalement contribué à renforcer le Hamas. Officiellement orientés vers la réhabilitation des infrastructures, ces financements auraient permis, dans les faits, de développer un vaste réseau souterrain. Pour chaque bâtiment reconstruit, plusieurs tunnels auraient été creusés, transformant Gaza en une zone lourdement militarisée.
Cette situation n’était pourtant pas ignorée. Selon ces mêmes sources, le gouvernement israélien a longtemps toléré, voire encouragé, le transfert de fonds vers Gaza, dans l’espoir de contenir le Hamas par des incitations économiques. Cette stratégie d’apaisement s’est révélée contre-productive, renforçant une organisation devenue, aux yeux des responsables militaires, plus dangereuse que jamais. Dans ce contexte, l’idée de voir le Qatar jouer à nouveau un rôle central dans la reconstruction apparaît inacceptable pour une large partie de l’appareil sécuritaire israélien.
Les discussions actuelles sur un futur gouvernement de Gaza ne dissipent pas ces craintes. Même si une administration technocratique, proche de l’Autorité palestinienne, est évoquée comme solution par défaut, la présence d’acteurs liés au Hamas reste jugée inévitable. Pour les responsables cités par Zeitoun, la disqualification formelle du Hamas ne réduirait en rien son influence réelle, surtout si son principal soutien financier indirect demeure impliqué.
Sur le plan politique, le chef de l’opposition Yair Lapid a vivement critiqué la situation. Il accuse le gouvernement de Benjamin Netanyahu de laisser la Turquie et le Qatar s’imposer comme acteurs incontournables à Gaza. Selon Lapid, une alternative existait : confier un rôle central à l’Égypte, en coordination étroite avec Israël sur les questions sécuritaires. À défaut, estime-t-il, l’actuel scénario était inévitable.
Reste la question du financement. Les projets de reconstruction évoqués par les proches de Trump, notamment Steve Witkoff et Jared Kushner, nécessitent des investissements colossaux. Ni l’Égypte ni la Jordanie, confrontées à leurs propres difficultés économiques, ne semblent en mesure d’assumer une telle charge. Le Qatar apparaît ainsi comme l’un des rares acteurs capables de mobiliser des milliards, renforçant son poids politique malgré l’opposition israélienne.
À Washington, le ton se durcit. Une source haut placée a récemment laissé entendre que l’administration américaine poursuivrait son plan pour Gaza indépendamment des réserves israéliennes, invitant Netanyahu à se concentrer sur le dossier iranien. Cette fermeté s’inscrit dans une vision plus large : le Conseil de la paix voulu par Trump ne se limiterait pas à Gaza, mais ambitionnerait de traiter d’autres conflits majeurs, de l’Ukraine au Venezuela.
Le projet de charte, tel que décrit, prévoit des mandats limités pour les États membres, sauf pour ceux acceptant de verser un milliard de dollars dès la première année. Trump conserverait un contrôle étendu sur les fonds et sur la direction de l’institution, alimentant la crainte de voir émerger un organisme concurrent des Nations Unies. Pour de nombreux diplomates, la question de Gaza n’est ainsi que le premier acte d’une réorganisation géopolitique bien plus vaste.
Jérémie de Jforum.fr
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