Un chef marseillais réinvente la cuisine casher
À partir du 2 décembre, la bastide du Pavillon Monticelli, dans le 8ᵉ arrondissement de Marseille, va se transformer quatre soirs par semaine en scène d’un pari audacieux : Bluma, un restaurant gastronomique casher éphémère, imaginé par le chef marseillais Cyril Caurel. L’aventure est programmée jusqu’à fin février 2026, avec la volonté affichée de proposer, pendant trois mois, une expérience culinaire haut de gamme respectant strictement les règles de la cacheroute.
Dans une ville connue pour sa cuisine populaire, ses snacks méditerranéens et quelques adresses casher plutôt conviviales que gastronomiques, l’initiative détonne. Les guides consacrés à la restauration casher recensent encore peu d’établissements dans la cité phocéenne, et essentiellement des lieux de restauration rapide ou familiale.L’arrivée d’un restaurant éphémère positionné sur le très haut de gamme vient donc combler un vide, en s’adressant autant à la clientèle juive qu’aux amateurs de cuisine créative en quête de nouvelles expériences.
Un chef formé chez les grands, de Paris à Tel-Aviv
Cyril Caurel n’est pas un inconnu à Marseille : traiteur réputé, il signe depuis plusieurs années des réceptions haut de gamme pour la communauté locale comme pour une clientèle plus large. Avant de poser ses casseroles au Pavillon Monticelli, il s’est formé auprès de grands noms de la gastronomie française, au sein du groupe Bernard Loiseau, chez Guy Savoy, ou encore dans les cuisines du palace réunionnais Le Palm.
Son parcours l’a également conduit en Israël, où il a travaillé aux côtés de deux chefs emblématiques de Tel-Aviv, Meïr Adoni et Eyal Shani, figures de proue d’une cuisine israélienne moderne, végétale et très créative. Cette double culture – grande cuisine française et scène culinaire israélienne contemporaine – se retrouve au cœur du projet Bluma, pensé comme un pont entre Méditerranée française et Méditerranée israélienne.
Bluma, un restaurant éphémère pensé comme une « expérience »
À la carte, Bluma ne propose pas un simple menu, mais deux « expériences culinaires » : un parcours en trois temps et un autre en cinq temps, auxquels s’ajoute un menu enfant. L’idée est de guider le convive, plat après plat, dans une dégustation construite comme un récit, depuis les entrées jusqu’aux desserts. Le tout est accompagné d’une sélection de grands crus français et israéliens, incluant notamment des vins issus des vignobles de Hébron, réputés pour leurs rouges structurés.
Le format éphémère, limité à quelques semaines, permet au chef de prendre des risques : associations audacieuses, revisite de classiques français en version casher, clins d’œil à la street-food israélienne dans un cadre de haute gastronomie. La bastide du Pavillon Monticelli, lieu habituellement dédié aux événements privés, offre un décor raffiné, avec jardin, volumes généreux et ambiance de maison de famille, loin des codes parfois impersonnels des palaces.
Une offre taillée pour la deuxième communauté juive de France
Le choix de Marseille ne doit rien au hasard. La ville abrite l’une des plus importantes communautés juives d’Europe, estimée autour de 70 000 à 80 000 personnes, soit près de 10 % de la population locale, ce qui en fait la deuxième communauté juive de France après Paris. Dans ce paysage, la demande pour une restauration casher de haut niveau s’est longtemps heurtée à un manque d’offre structurée, alors même que la scène gastronomique marseillaise se diversifie depuis plusieurs années.
L’ouverture de Bluma s’inscrit dans un mouvement plus large : l’essor, en France, de restaurants casher cherchant à se hisser au niveau des meilleures tables non casher, tant sur le plan du service que de la créativité culinaire. Dans la cité phocéenne, d’autres projets récents de restaurants casher gastronomiques témoignent de cette tendance à tirer l’offre vers le haut, en misant sur des produits locaux, une mise en scène soignée et un service professionnel.
Un laboratoire culinaire au service d’une image nouvelle
En choisissant la formule du restaurant éphémère, Cyril Caurel transforme Bluma en laboratoire culinaire à taille réelle. Si l’expérience rencontre le succès espéré, elle pourrait préfigurer une installation plus durable de la gastronomie casher haut de gamme à Marseille, voire inspirer d’autres chefs à se lancer sur ce créneau encore peu exploré.
Pour la ville, l’enjeu dépasse la seule assiette : proposer une table casher gastronomique, ouverte à tous, s’inscrit dans l’image d’une métropole portuaire cosmopolite, où se croisent traditions, communautés et influences culinaires. Pour les convives, c’est l’occasion de découvrir une cuisine respectueuse des règles religieuses, mais débarrassée des clichés, capable de rivaliser avec les grandes tables contemporaines. Pendant quelques mois, Bluma entend démontrer qu’à Marseille, la cacheroute peut rimer avec haute cuisine, créativité et exigence.
Jforum.fr
Similaire
La rédaction de JForum, retirera d’office tout commentaire antisémite, raciste, diffamatoire ou injurieux, ou qui contrevient à la morale juive.
La source de cet article se trouve sur ce site

