Tsahal confrontée à un vide de commandement

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Tsahal confrontée à un vide de commandement

Alors que les regards restent tournés vers la menace iranienne et les tensions régionales, une autre inquiétude gagne du terrain en Israël : la crise profonde des officiers de carrière au sein de Tsahal. Moins visible qu’un missile balistique, cette fragilité interne pourrait pourtant peser lourd sur la sécurité nationale.

L’armée israélienne repose sur un équilibre délicat entre conscrits, réservistes et militaires de carrière. Ces derniers constituent l’ossature professionnelle de l’institution : ils forment les jeunes recrues, encadrent les unités de réserve et assurent la continuité opérationnelle. Or, depuis plusieurs années, ce socle s’érode.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2022, 609 commandants ont quitté l’armée. En 2024, 550 majors ont démissionné volontairement, contre 543 en 2025 et 428 en 2023 — année durant laquelle la guerre avait temporairement freiné les départs. Le phénomène touche également les capitaines : environ 4 100 d’entre eux ont quitté le service chaque année en 2024 et 2025. Au grade de lieutenant-colonel, l’augmentation est tout aussi préoccupante, avec une hausse d’environ 30 % des départs entre 2023 et 2024, puis près de 50 % supplémentaires l’année suivante.

Cette vague de démissions s’ajoute aux pertes subies au combat. De nombreux officiers expérimentés, souvent en première ligne, ont été blessés ou ne sont plus aptes au service actif. Ceux qui sont revenus indemnes ont parfois payé un lourd tribut psychologique après deux années d’opérations intensives. Pour éviter un effondrement humain, l’armée a orienté certains cadres vers des formations universitaires ou des postes moins exigeants.

Paradoxalement, la crise actuelle trouve aussi ses racines dans des décisions antérieures. Avant le 7 octobre, Tsahal avait réduit ses effectifs permanents sous pression budgétaire et dans un contexte où l’opinion publique appelait à redéployer les ressources vers d’autres secteurs. Des unités avaient été dissoutes et des milliers de militaires de carrière remerciés.

L’attaque du 7 octobre a bouleversé cette logique. L’armée a dû changer de cap, rouvrir des unités fermées et en créer de nouvelles. Les effectifs permanents sont passés d’un peu plus de 40 000 militaires avant la guerre à près de 50 000 aujourd’hui, dont un nombre croissant engagé sous contrats à court terme. En parallèle, environ 600 nouveaux postes d’officiers supérieurs et 500 postes de sous-officiers ont été ouverts.

Le problème est que le nombre de candidats ne suit plus. Il y a quatre ans, près de 800 officiers se disputaient environ 400 postes de lieutenant-colonel. Aujourd’hui, pour un nombre équivalent de postes, seuls 500 candidats environ sont en lice. Dans certains cas, un seul postulant se présente pour une fonction clé.

Pour combler les vides, Tsahal accélère les promotions. Des officiers accèdent à des responsabilités majeures plus tôt que prévu, parfois sans l’expérience complète requise. Cette stratégie permet de maintenir l’organigramme, mais elle comporte des risques : fatigue prématurée, pression accrue et difficulté à fidéliser les talents.

Si la plupart des postes sont actuellement pourvus, la question centrale demeure celle de la qualité et de l’expérience. Une armée peut disposer d’équipements de pointe, de systèmes antimissiles sophistiqués et d’avions de combat modernes. Mais sans un corps d’officiers solide, formé et motivé, la supériorité technologique ne suffit pas.

La crise des cadres militaires ne fait pas la une des journaux internationaux. Pourtant, pour Israël, elle représente un défi stratégique de long terme, dont les effets pourraient se mesurer bien au-delà des champs de bataille actuels.

Jérémie de Jforum.fr

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