Trump presse Carlson de s’apaiser
À Jérusalem, la venue de Tucker Carlson n’a pas seulement l’allure d’un déplacement médiatique. Elle s’inscrit dans une tentative de désamorçage d’une querelle devenue brûlante à droite aux États-Unis : comment parler d’Israël, et comment nommer – ou éviter de nommer – l’antisémitisme, sans fracturer davantage la coalition conservatrice.
D’après Melissa Francis, ancienne présentatrice de Fox News et Fox Business engagée depuis le 7 octobre dans la défense d’Israël, Donald Trump a directement exhorté Carlson et d’autres figures influentes à baisser la température. L’objectif, selon elle, est simple : empêcher que le dossier israélien se transforme en champ de bataille permanent entre partisans d’une ligne « America First » plus réticente aux engagements extérieurs et conservateurs pro-israéliens qui veulent maintenir un soutien ferme.
Le point d’orgue de cette initiative est l’entretien public entre Carlson et l’ambassadeur des États-Unis en Israël, Mike Huckabee. La rencontre doit se tenir sur un site lié au complexe de l’aéroport Ben-Gourion. Elle intervient alors que les réseaux sociaux, les podcasts et les formats courts récompensent l’affrontement, rendant chaque désaccord instantanément viral. Francis décrit une escalade partie d’une dispute numérique, devenue une guerre par procuration sur le Moyen-Orient et sur ce qui serait un débat « acceptable » au sein du camp républicain.
En coulisses, Francis dit avoir tenté de sortir la confrontation du registre des punchlines pour la ramener vers une discussion structurée. Elle affirme que Carlson était prêt à venir rapidement, mais souhaitait une invitation « légitimante ». Selon elle, des approches répétées pour obtenir un accueil au plus haut niveau israélien n’auraient pas abouti. La solution aurait alors été une invitation de l’ambassadeur américain, Huckabee, qui a accepté de s’exposer à une interview à forte portée symbolique.
Ce face-à-face s’insère aussi dans un contexte diplomatique particulier : Huckabee, figure évangélique et ancien gouverneur, a été confirmé par le Sénat américain en 2025 et occupe depuis un poste où il incarne une ligne très favorable à Israël. Il présente l’exercice comme une manière de répondre à ce qu’il juge être des contre-vérités, plutôt que laisser le récit se construire sans contradiction.
Francis souligne que le nœud du problème est moins le désaccord sur Israël que la mécanique des étiquettes. Dans son analyse, l’accusation d’antisémitisme, lorsqu’elle est employée comme raccourci politique, coupe la conversation net : la personne visée se raidit, se replie, puis le débat se dégrade en procès d’intention. Elle ne nie pas la présence d’un antisémitisme réel dans le discours américain, mais estime que l’outil rhétorique peut se retourner contre ceux qui l’utilisent, surtout dans des milieux déjà méfiants envers les injonctions venues des « institutions ».
Pourquoi Israël suit-il cela de si près ? Francis avance une raison générationnelle : Carlson conserverait une audience importante chez les moins de 30 ans, qui s’informent davantage via des personnalités en ligne que par la presse traditionnelle. Autre paramètre, selon elle : depuis le 7 octobre, l’un des soutiens pro-israéliens les plus mobilisés aux États-Unis viendrait de publics chrétiens, portés par une lecture morale du conflit. Mais ce soutien, prévient-elle, peut être fragilisé si Israël devient un test de loyauté interne dans la guerre culturelle américaine.
Personne ne s’attend à ce qu’un seul entretien dissolve des divergences profondes. L’enjeu est plutôt de créer une soupape : remplacer l’escalade numérique par un échange où chacun peut préciser ses positions et recadrer des approximations. Car la question n’est plus seulement ce qui sera dit, mais ce que les extraits deviendront une fois commentés et disputés en ligne.
Jérémie de Jforum.fr
Similaire
La rédaction de JForum, retirera d’office tout commentaire antisémite, raciste, diffamatoire ou injurieux, ou qui contrevient à la morale juive.
La source de cet article se trouve sur ce site


