Lors d’un entretien sur la radio 103fm, l’expert Benny Sabti a affirmé que des éléments pro-iraniens à Washington freinent l’escalade américaine. Il estime cependant que l’élimination continue des hauts dirigeants du régime pourrait provoquer un changement majeur dès les prochains jours.
Rédaction 103FM
Alors que la confrontation avec l’Iran atteint son point d’ébullition, les critiques se multiplient sur la prise de décision à Washington, malgré les succès opérationnels attribués à Tsahal. Au micro de Barak Seri et Eli Ohana sur 103fm, Benny Sabti, chercheur sur l’Iran à l’Institut d’études sur la sécurité nationale (INSS), a dressé un portrait pessimiste des influences entourant le président américain Donald Trump, lesquelles empêcheraient une offensive décisive menant à l’effondrement du régime de Téhéran.
« J’ai vu un rapport indiquant que des chercheurs et conférenciers iraniens, véritables agents du régime, siègent encore actuellement au Département d’État et à la Maison Blanche », a affirmé Sabti. Selon lui, il s’agit de membres de l’administration datant de l’ère Obama qui continuent d’influencer les centres de décision. « Beaucoup de gens murmurent à l’oreille de [l’émissaire] Witkoff et de Trump pour freiner des quatre fers. C’est ainsi que cela se gère : un pas en avant, un pas en arrière. Malheureusement, ma prédiction sur la chute du régime ne s’est pas encore réalisée. »
« Israël donne 250 % »
Selon l’expert, l’inconstance de Trump — notamment son recul face à des frappes stratégiques comme celles visant les installations gazières — résulte de ces pressions intenses. « Il ne va pas jusqu’au bout, il est constamment en proie aux doutes », explique-t-il.
À l’inverse, il décrit l’action israélienne comme d’une ampleur sans précédent : « Israël donne 250 %. Ils ont attaqué un port sur la mer Caspienne — celui-là même qui fournit aux Russes des pièces de drones ou reçoit d’eux des matériaux essentiels. Jamais une attaque n’avait eu lieu là-bas, même pas du temps des Mongols. Israël fait ce qu’il veut », affirme-t-il.
« Les Iraniens se sont « Hamas-isés » »
Analysant la structure actuelle du pouvoir, Sabti a comparé le fonctionnement des Gardiens de la Révolution au modèle décentralisé du Hamas à Gaza. « Khamenei a dispersé le pouvoir en disant : « Feu libre, quand vous voulez ». Le lien entre les unités et le commandement central n’est plus obligatoire. Les Iraniens sont devenus des « Hamasniks » dans leur structure de force. Même si le régime tombe, nous aurons des cellules terroristes résiduelles. »
Il note également que malgré l’élimination de nombreux cadres, Téhéran tente de combler les vides en rappelant d’anciennes figures, mais avec une baisse spectaculaire de la qualité du commandement : « Ils ramènent des gens d’entre les morts. »
L’échéance de samedi : le Nouvel An iranien
Malgré tout, Sabti estime qu’un effondrement reste possible, particulièrement à l’approche du Nouvel An iranien (Norouz). « Cela peut arriver. Ce samedi marque l’anniversaire du calendrier iranien, et cela pourrait être une opportunité pour les citoyens. »
Selon lui, la rue iranienne attend un signal clair de Washington : « Dès que Trump s’appropriera la contestation, tout le monde attendra son ordre. Ils sont chez eux, affamés et assoiffés. Pour eux, rester chez soi à mourir de faim vaut mieux que de sortir et prendre une balle. Quelqu’un doit leur donner de l’inspiration et de l’espoir. »
« Un changement dramatique d’ici une semaine »
Concernant la peur des citoyens de manifester, Sabti précise qu’il ne s’agit pas d’un manque de courage, mais du résultat de décennies d’oppression. « En tant qu’enfant ayant grandi en Iran, je vous le dis : ils ne croient plus à la sécurité, ils vivent dans l’oppression depuis toujours. »
En conclusion, il appelle à maintenir la pression sur les têtes pensantes du régime plutôt que sur les seules infrastructures physiques. « Je pense que les installations gazières sont moins importantes que les dirigeants — il faut en éliminer d’autres. Ils nomment des remplaçants qui n’ont pas le même niveau, et c’est ce qui affaiblira encore plus le régime. Si la pression est maintenue sans recul, il est possible que nous voyions un changement dramatique dans l’action d’ici une semaine. »
Explications
Le Norouz (le Nouvel An iranien) est bien plus qu’une simple fête calendaire ; c’est le pilier central de l’identité culturelle persane. Dans le contexte de tensions extrêmes que traverse l’Iran en ce mois de mars 2026, cette date revêt une dimension politique et symbolique explosive.
Voici pourquoi ce moment est considéré comme une charnière potentielle :
1. Le symbolisme du renouveau et du triomphe sur l’hiver
Le Norouz correspond à l’équinoxe de printemps (généralement le 20 ou 21 mars). Historiquement, il célèbre la victoire de la lumière sur les ténèbres et le renouveau de la nature.
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Le message politique : Pour l’opposition et les manifestants, l’analogie est immédiate : le « printemps » représente la liberté, et « l’hiver » symbolise le régime actuel. C’est une période où l’espoir de changement est culturellement ancré.
2. Une fête « pré-islamique » en opposition au régime
Le Norouz puise ses racines dans le zoroastrisme (bien avant l’arrivée de l’Islam en Perse).
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Un acte de défi : Depuis 1979, la République islamique a souvent tenté, sans succès, de minimiser l’importance de cette fête au profit des célébrations religieuses. Célébrer Norouz avec ferveur est, en soi, une affirmation de l’identité iranienne face à l’idéologie du régime. C’est un moment d’unité nationale qui transcende les divisions religieuses.
3. Le rassemblement des foules
Le Norouz est marqué par des traditions de rassemblements publics, notamment le Chaharshanbe Suri (la fête du feu), qui a lieu le dernier mercredi avant le Nouvel An.
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L’aspect sécuritaire : Les gens sautent par-dessus des feux dans les rues. Ces rassemblements sont extrêmement difficiles à contrôler pour les forces de l’ordre. Par le passé, ces fêtes ont souvent dégénéré en manifestations antigouvernementales, les cris de joie se transformant en slogans politiques.
4. Le bilan économique de fin d’année
Le passage à la nouvelle année est traditionnellement le moment où les Iraniens font leurs comptes.
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La colère sociale : Avec l’inflation galopante, les sanctions et les pénuries liées au conflit actuel, de nombreuses familles ne peuvent plus se permettre les célébrations traditionnelles. Cette frustration économique atteint souvent son paroxysme juste avant Norouz, créant un terrain fertile pour des émeutes de la faim ou des protestations sociales d’envergure.
5. L’opportunité d’une « grève générale »
Le Norouz marque le début de deux semaines de vacances scolaires et administratives en Iran.
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La paralysie du pays : Si un mouvement de contestation parvient à s’enclencher à ce moment-là, il bénéficie d’un pays déjà à l’arrêt. Les activistes tentent souvent d’utiliser ce calme administratif pour lancer des appels à la désobéissance civile prolongée.
En résumé
Comme le soulignait Benny Sabti dans l’article ci-dessus, le Norouz est le moment où le peuple attend une étincelle. C’est une période de grande vulnérabilité pour le pouvoir, car il ne s’agit pas d’une manifestation politique organisée qu’on peut interdire, mais d’une tradition millénaire que chaque Iranien pratique.
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