Toussaint : Mais qui sont ces gens qui photographient des tombes pour la bonne cause ?

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Certains ont comme loisir de photographier des oiseaux, des fleurs, des œuvres de street-art ou des paysages. D’autres des tombes. Comme Yoann Le Grand, qui arpente depuis plus de cinq ans les cimetières de la côte nord-est du Cotentin (Normandie) avec son appareil ou son smartphone. Yoann Le Grand n’est pourtant pas thanatophile, n’ayant aucune fascination morbide pour la mort. Son kiff à lui, c’est plutôt la généalogie. En quelques années, ce Normand installé en Angleterre a réussi à se construire un impressionnant arbre généalogique riche de 1.870 ancêtres. « Le plus ancien remonte à la fin du XVIe siècle », indique-t-il fièrement.

Comme tout bon généalogiste, Yoann Le Grand connaît comme sa poche les archives des mairies du Val de Saire, entre Cherbourg et Barfleur. « Mais c’est parfois compliqué de retrouver des infos car des registres d’état civil ont été perdus ou détruits par les bombardements lors de la Seconde Guerre mondiale », précise ce passionné de l’Histoire locale. Les tombes de ses ancêtres lui apportent aussi des informations précieuses, comme l’identité complète du défunt et du conjoint, parents ou belle-famille qui sont enterrés avec.

La mort est éternelle, pas les tombes

« En avançant dans mes recherches, je devais parfois retourner plusieurs fois dans le même cimetière, ce qui est embêtant car j’habite loin, raconte le généalogiste. J’ai donc décidé de photographier toutes les tombes dans les cimetières où je passais. D’abord pour me simplifier la tâche, mais aussi pour aider d’autres généalogistes. » Voilà comment Yoann Le Grand a rejoint l’opération « Sauvons nos tombes », lancée il y a un peu plus de dix ans par Geneanet, le leader de la généalogie en France et en Europe.

Alimenté par 32.000 bénévoles, ce projet coopératif a déjà permis de recenser et photographier 7,5 millions de tombes. Car si la mort est éternelle, les tombes ne le sont pas. Chaque année, 200.000 d’entre elles disparaissent, reprises par les mairies en cas d’abandon ou de fin de concession. « Une fois qu’elles sont enlevées, elles n’existent plus », souligne Sophie Clamaron, chargée de projets collaboratifs chez Geneanet.

Des tombes photographiées puis indexées

Pour en conserver une trace visuelle, des passionnés de généalogie comme Yoann les photographient donc avant de les indexer sur le site. Sur simple inscription, tout un chacun peut ainsi consulter si la tombe d’un lointain ancêtre a été répertoriée. « On a parfois des personnes qui nous demandent de retirer les photos mais c’est plutôt rare, indique Sophie Clamaron. On reçoit par contre beaucoup de témoignages émus de personnes qui ont réussi à retrouver la tombe d’ancêtres qu’ils n’avaient parfois jamais connus grâce au travail précieux de ces photographes. »

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A chaque fois qu’il revient dans sa Normandie natale pour les vacances, Yoann poursuit donc sa mission en appliquant quelques règles édictées par le site. « On évite de prendre en photo des tombes trop récentes pour ne pas raviver la douleur des familles, explique-t-il. Quand je vois qu’il y a des personnes à un endroit du cimetière, je m’écarte aussi pour photographier une autre partie. Mais dans l’ensemble, il y a rarement du monde dans un cimetière, donc c’est facile de se faire discret. »

Personne ne lui a d’ailleurs fait la moindre réflexion même si sa passion peut paraître étrange, voire suspecte de prime abord. Au contraire, le Normand honore même la mémoire des défunts en participant à l’entretien des tombes d’anonymes. « Si je vois en photographiant une tombe qu’un pot ou une plaque sont tombés, je vais bien sûr la ramasser et la remettre à sa place », assure le généalogiste qui veille, tel un gardien de cimetière, sur les morts.

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