Syrie : une version inattendue de la guerre
Un journaliste syrien dévoile une autre réalité du régime
Dans un entretien longuement attendu, Rida al-Basha, journalistе syriennе qui a travaillé pendant des années au cœur du réseau médiatique pro-gouvernemental, a livré un récit radicalement différent de l’histoire officielle entourant Bachar al-Assad et ses relations avec l’« axe de la résistance ». Jusqu’ici, les médias favorables au régime syrien, ainsi que ceux alignés avec ses alliés régionaux, avaient maintenu une ligne de communication unifiée, évitant toute critique directe du président syrien, même au plus fort des tensions internes et externes.
Dans cet entretien, diffusé dans le podcast Rawaiya, al-Basha s’appuie à la fois sur son expérience personnelle et sur des sources proches du pouvoir pour expliquer comment la guerre qui a débuté en 2011 aurait été orientée très tôt vers un conflit armé en engageant l’armée. Selon lui, des figures militaires initialement opposées à une répression meurtrière ont été rapidement écartées au profit de responsables plus enclins à une solution sécuritaire, ce qui a contribué à transformer une contestation civile en une guerre à grande échelle.
Une implication iranienne au centre des tensions
Selon le récit d’al-Basha, l’entrée en force de l’Iran dans le conflit syrien, dès 2013, a été un tournant stratégique majeur, avec le déploiement de milices et d’éléments du Hezbollah, organisation libanaise chiite soutenue par Téhéran. Cette présence étrangère s’est manifestée sur plusieurs fronts du conflit, à une époque où Damas cherchait à maintenir son emprise sur le territoire face à la fragmentation du pays. En parallèle à cette dynamique, des interventions militaires extérieures ont visé à affaiblir les positions iraniennes et leurs alliés : Israël, par exemple, a mené ces dernières années une série de frappes contre des positions liées à ces forces en Syrie, contribuant à modifier l’équilibre de puissance sur le terrain.
Dans son témoignage, al-Basha affirme que l’assassinat de Qassem Soleimani, commandant influent des forces iraniennes dans la région, a marqué un moment clé. Après cette mort, il soutient qu’Assad aurait progressivement pris ses distances, voire entamé un processus de retrait de l’influence iranienne et du Hezbollah du territoire syrien, remaniant les structures sécuritaires et renseignement du régime pour réduire leur impact. Selon ce récit, des données détaillées sur le positionnement et les infrastructures de ces forces auraient été collectées par le régime syrien, puis utilisées dans des opérations ciblées.
Renégociation des alliances et survie politique
Al-Basha avance que la priorité d’Assad n’aurait pas été de réformer le pays ou d’apaiser les tensions, mais plutôt d’assurer sa propre survie politique face à l’effondrement progressif de son régime. Il met en lumière des décisions stratégiques, telles que des restrictions sur le transfert d’armes vers le Hezbollah, et des renversements d’alliances conditionnés par des impératifs de conservation du pouvoir. Dans ce contexte, il remet en question la version officielle d’un front uni contre des ennemis externes, expliquant que des calculs pragmatiques ont dicté des choix qui ont surpris alliés et opposants.
D’autres événements évoqués dans l’entretien incluent l’éviction de hauts responsables des services de renseignement autrefois proches d’Assad, et une réorganisation interne qui aurait modifié la manière dont des décisions militaires et politiques sont prises. Selon certains analystes, cette évolution reflète également des changements plus larges dans la région, où des puissances externes redéfinissent leurs engagements au Moyen-Orient à mesure que des régimes et des équilibres se transforment.
Un contexte géopolitique en mutation
Les allégations d’al-Basha s’insèrent dans un paysage géopolitique syrien et régional en pleine transformation, où l’héritage de la guerre civile, l’effritement du soutien extérieur, et les aspirations à une reconstruction nationale pèsent lourdement. Alors que certains rapports font état d’un retrait progressif des forces étrangères du territoire syrien, notamment en raison de pressions militaires et diplomatiques, d’autres observateurs soulignent que la Syrie demeure un lieu de rivalités entre puissances régionales et internationales, chacun poursuivant ses objectifs propres.
Quoi qu’il en soit, le témoignage d’un insider, jusqu’ici aligné avec le régime, jette une lumière nouvelle sur des années de conflit et sur les interactions complexes entre Damas et ses anciens alliés. Ce récit contribue à enrichir la compréhension d’un conflit qui reste l’un des plus meurtriers et des plus intriqués du XXIᵉ siècle.
Jforum.fr
Similaire
La rédaction de JForum, retirera d’office tout commentaire antisémite, raciste, diffamatoire ou injurieux, ou qui contrevient à la morale juive.
La source de cet article se trouve sur ce site

