Surveillance policière en Israël : un rapport accablant
Un rapport spécial du contrôleur d’État israélien met en lumière des dérives préoccupantes dans l’utilisation par la police d’outils de surveillance technologique. Publié par Matanyahu Engelman, ce document dresse un constat sévère : au fil des dernières années, les forces de l’ordre ont eu recours à des méthodes d’espionnage des citoyens sans cadre juridique suffisamment clair, parfois en violation directe de la loi.
Le rapport analyse en profondeur les pratiques liées aux écoutes clandestines, à la collecte de données de communication – les métadonnées – et à l’utilisation de logiciels espions installés sur les téléphones portables. Il examine également les mécanismes de contrôle internes, le rôle du système judiciaire et l’usage d’injonctions de confidentialité destinées à empêcher la publication d’éléments sensibles d’enquêtes. L’audit couvre une période longue, remontant à 2009, et met en évidence l’impact d’une modernisation technologique rapide, menée sans adaptation équivalente du droit.
Les chiffres évoqués sont considérables. Des centaines de milliers de demandes et d’ordonnances judiciaires ont été examinées, des milliers de téléphones auraient été infiltrés par des logiciels espions, et des millions de données de communication collectées. Ces opérations concernent des centaines d’enquêtes criminelles et de dossiers de renseignement. Selon le contrôleur d’État, certaines de ces activités ont été menées sans base légale solide, voire en dehors des autorisations accordées par les tribunaux.
Matanyahu Engelman évoque des « lacunes fondamentales » nécessitant des réformes structurelles urgentes. Il souligne que des pratiques interdites ont été rendues possibles par l’absence de législation adaptée, par le manque de sanctions dissuasives et par des instructions internes floues ou incohérentes. Le rapport pointe également la responsabilité du ministère de la Justice et du procureur général, accusés de ne pas avoir engagé de réflexion de fond sur l’encadrement juridique de ces outils.
Parmi les problèmes majeurs identifiés figure l’absence de réglementation claire. Les technologies de surveillance ont été déployées plus vite que les lois censées les encadrer. Le rapport dénonce aussi des retards importants dans la formulation d’avis juridiques et dans l’examen des projets de loi, en raison de procédures mal organisées et d’un manque d’initiative institutionnelle. Cette inertie a fragilisé la protection du droit à la vie privée.
Autre constat alarmant : des pratiques policières destinées à contourner les procédures légales. Ces méthodes ont réduit le besoin de validations hiérarchiques, judiciaires ou juridiques, affaiblissant les mécanismes de contrôle. À cela s’ajoutent des problèmes de communication entre la police et le ministère de la Justice, chacun reprochant à l’autre un manque de transparence et de coordination.
Le rapport met également en avant une pénurie de personnel qualifié. Les institutions manquent de spécialistes capables de maîtriser à la fois les dimensions juridiques et techniques de la cybersurveillance. Ce déficit complique la supervision efficace des outils technologiques et accroît le risque d’abus.
Enfin, le contrôleur d’État appelle les responsables politiques et institutionnels – ministres, procureurs et hiérarchie policière – à agir rapidement. L’enjeu est central : trouver un équilibre entre une lutte efficace contre la criminalité et le respect des droits fondamentaux des citoyens. Selon le rapport, l’échec à atteindre cet équilibre pourrait soit affaiblir l’État de droit, soit laisser le crime prospérer sans contrôle.
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