Municipales à Paris, ce corner dans lequel se sont enfermés Edouard Philippe et Gabriel Attal dans le sillage de Pierre-Yves Bournazel.
À Paris, le centre politique est en train de s’autodétruire. Porté par deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron — Édouard Philippe et Gabriel Attal — il s’enfonce dans une impasse stratégique. Un véritable suicide politique, dont Pierre-Yves Bournazel semble être l’exécutant appliqué.
Avec son « ni-ni » — ni Rachida Dati pour LR, ni Emmanuel Grégoire pour les socialistes — il prétend se distinguer des extrêmes. En réalité, il s’efface. À force de ne choisir personne, il ne représente plus rien. Le vote Bournazel devient ainsi le vote inutile par excellence. Les sondages ne s’y trompent pas : il recule.
Plus inquiétant encore pour ce camp, Édouard Philippe lui-même vacille au Havre, où il est désormais donné perdant. Pour ces deux anciens Premiers ministres, l’étiquette macroniste est devenue un fardeau. Leur chute dans l’opinion pourrait ne pas être un simple passage à vide, mais le début d’un déclin durable.
Cette fragilisation ouvre un espace. Bruno Retailleau observe, en embuscade. Mais le danger est ailleurs : le vide attire les ambitions. Lorsque les candidatures se multiplient, c’est souvent le signe qu’aucune ne s’impose. Trop de prétendants, pas assez de stature. Faute d’une personnalité capable de trancher et de rassembler, la droite comme la gauche seront condamnées aux compromis mous, aux synthèses bancales, aux programmes sans colonne vertébrale.
Dans ce paysage éclaté, un seul semble aujourd’hui bénéficier mécaniquement de la confusion : Jordan Bardella, fort de ses 35 à 38 % au premier tour. La division de la droite classique pourrait bien faire son jeu.
La seule hypothèse capable de rebattre les cartes serait l’émergence d’une candidature unique de centre droit, clairement ancrée à droite, suffisamment ferme pour reconquérir un électorat dispersé. Sans légitimité forte au premier tour, il n’y aura pas de majorité solide à l’Assemblée nationale. Et sans majorité solide, l’impuissance guette.
À défaut de clarification, l’héritage macronien continuera de peser sur le pays — et le centre risque de disparaître dans l’indifférence qu’il aura lui-même fabriquée.
Pour revenir à Paris, les déclarations de Pierre-Yves Bournazel ressemblent à une stratégie d’autodestruction. En se positionnant ainsi, il pousse mécaniquement son électorat vers Rachida Dati, qui s’impose de plus en plus comme le vote utile à droite et au centre droit.
Beaucoup de centristes — y compris certains venus de la gauche modérée — ne pourront pas cautionner une alliance PS-LFI. Les prises de parole de Sophia Chikirou, perçues par certains comme excessives et provocatrices, passent d’autant plus mal dans un climat déjà tendu. Dans ce contexte, toute ambiguïté devient un repoussoir électoral.
À Paris, le socle de la gauche radicale reste toutefois suffisant pour permettre à cette dernière de franchir la barre des 10 % et de négocier ensuite sa survie politique avec le socialiste Emmanuel Grégoire. La logique d’appareil primera sur les états d’âme.
À droite, le paysage se recompose. Thierry Mariani apparaît marginalisé, tandis que Sarah Knafo progresse et capte progressivement une partie de son électorat. Certains sondages la créditent de 14 %, voire davantage. Une troisième place n’est plus hors de portée. Dans ce scénario, une alliance avec Rachida Dati deviendrait difficile à éviter, même si elle se ferait sans enthousiasme affiché.
Pour Reconquête, ce serait l’occasion d’une revanche sur le RN. Un signal clair envoyé à un partenaire jugé parfois trop hégémonique.
À Paris plus qu’ailleurs, les rapports de force évoluent vite : ceux qui s’obstinent dans des postures ambiguës risquent de disparaître, tandis que les stratégies d’alliance pourraient, elles, décider du vainqueur.
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