Si l’Arabie saoudite était Israël, voici le titre de la série

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Si l’Arabie saoudite était Israël, voici le titre de la série.

Rachel O’Donoghue

Quand l’Arabie saoudite est accusée d’inciter à la poursuite de la guerre, cela est perçu comme une simple manœuvre diplomatique. Quand Israël est accusé d’en faire autant, on y voit une tentative de manipulation et de contrôle.

L’affirmation selon laquelle Israël aurait « poussé » les États-Unis à la guerre est largement répandue, malgré des preuves limitées.
Tous les gouvernements font du lobbying pour défendre leurs intérêts et tentent d’influencer le cours des événements. Ce qui est unique, ce n’est pas le comportement en lui-même, mais la manière dont les actions d’Israël sont systématiquement présentées comme sinistres.
« Trump prolonge la guerre contre l’Iran sous la pression du prince héritier saoudien »

« L’Arabie saoudite influence la décision de Trump de poursuivre la guerre contre l’Iran »

« Trump poursuit la guerre contre l’Iran pour servir les intérêts saoudiens, selon des sources »

Vous n’avez pas lu ces gros titres.

Mais vous l’auriez fait si les médias traitaient tous les pays comme ils traitent Israël.

Ce ne sont que des titres hypothétiques, une expérience de pensée. Car, s’agissant d’Israël, c’est précisément ainsi que des dynamiques géopolitiques complexes se réduisent à une accusation simple et familière : la manipulation.

Mardi, le New York Times a rapporté que le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, avait profité de récents appels avec le président Donald Trump pour le « pousser » à poursuivre la guerre contre l’Iran.

Citant des responsables américains anonymes, le rapport affirme que Ben Salmane considère le conflit comme une « opportunité historique » de remodeler la région et estime que Trump « doit tout faire pour détruire le gouvernement iranien intransigeant ».

L’article est clair : l’Arabie saoudite plaide pour un changement de régime en Iran et fait pression sur les États-Unis pour que la guerre soit menée à son terme.

Le même rapport indique que Ben Salmane a averti Trump que l’Iran représente une menace à long terme pour le Golfe, menace qui ne peut être éliminée qu’en destituant ses dirigeants actuels.

L’article établit également un contraste entre les objectifs saoudiens et israéliens. Selon le Times, Israël accepterait un Iran affaibli, en proie à des troubles internes et moins à même de projeter sa puissance à l’extérieur. L’Arabie saoudite, en revanche, considérerait une telle situation comme dangereuse : une instabilité à ses frontières plutôt qu’un adversaire neutralisé.

Le rapport note également que les responsables saoudiens et américains craignent qu’une guerre prolongée n’expose les infrastructures pétrolières saoudiennes à des représailles iraniennes soutenues et n’entraîne les États-Unis dans un conflit prolongé.

Et pourtant – malgré le poids de ces affirmations – le discours est étonnamment sobre.

Rien ne laisse penser que l’Arabie saoudite dicte la politique américaine. Point de spéculations alarmistes sur une influence indue. Point de récit simpliste selon lequel Riyad « entraînerait » Washington dans la guerre.

Les lecteurs sont plutôt confrontés à une réalité diplomatique bien connue : les alliés défendent leurs intérêts. Les dirigeants prennent la parole et des arguments sont avancés.

L’histoire reste – et c’est bien ainsi – celle d’une confrontation de perspectives stratégiques, et non celle d’un contrôle occulte.

Comparez maintenant cela à la façon dont Israël est couvert.

Depuis des semaines, un autre récit inonde les gros titres, les commentaires et les réseaux sociaux : celui selon lequel le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu aurait fait pression sur les États-Unis, voire les aurait poussés à entrer en guerre contre l’Iran.

Tapez « Netanyahu a fait pression sur Trump pour qu’il entre en guerre » et vous obtiendrez une avalanche de résultats.

Il y a quelques jours à peine, Reuters publiait un article « exclusif » affirmant que Trump avait approuvé une intervention militaire après que Netanyahu eut plaidé en faveur d’une frappe conjointe contre les dirigeants iraniens. L’implication, relayée par de nombreux médias, est sans équivoque : Israël n’a pas seulement défendu ses intérêts sécuritaires, mais a orchestré la guerre.

Ce discours est présent depuis le tout début de la guerre, il y a un mois.

Ce phénomène a été amplifié par des personnalités comme l’ancien chef de la lutte antiterroriste, Joe Kent, qui, après sa démission, s’est rapidement lancé dans le circuit des podcasts conspirationnistes, notamment en participant à l’émission de Tucker Carlson, où il a avancé des affirmations de plus en plus absurdes.

Parmi ces accusations : qu’Israël, ou des acteurs alignés sur Israël, étaient responsables du meurtre de Charlie Kirk .

Mais c’est l’affirmation plus générale de Kent – ​​selon laquelle les États-Unis sont entrés en guerre à la demande de Netanyahu – qui a réellement trouvé un écho.

Comme l’a démontré HonestReporting , cette affirmation a été rapidement diffusée par des réseaux coordonnés, notamment par des comptes non occidentaux hostiles liés à la Russie et au Pakistan, ayant un intérêt manifeste à fracturer les relations américano-israéliennes.

Et pourtant, lorsqu’on leur présente des informations similaires selon lesquelles l’Arabie saoudite encourage activement la poursuite de la guerre, la réaction est… discrète.

Pas d’indignation virale. Pas de titres accusateurs. Pas d’allégations générales de manipulation.

Quand Israël prend la parole, on le perçoit comme une force autoritaire ; quand d’autres s’expriment, on parle de diplomatie. Quand Israël défend sa sécurité, on y voit une forme de coercition ; quand d’autres font de même, on y voit une stratégie.

La réalité est simple : les dirigeants mondiaux défendent leurs intérêts nationaux, présentent leurs arguments à leurs alliés et tentent d’influencer le cours des événements. Ce n’est pas propre à Israël. C’est le fondement même des relations internationales. Et dans le cas d’Israël, il n’est même pas certain que de telles pressions se soient exercées comme cela a été affirmé avec tant d’assurance.

Ce qui est unique, c’est la façon dont les actions d’Israël sont systématiquement reformulées, sorties de leur contexte, exagérées et présentées comme bien plus sinistres. Si les mêmes critères étaient appliqués de manière équitable, les gros titres seraient tout autres. Mais ce n’est pas le cas. Et cela en dit long.

Photo de Rachel O'Donoghue

Née à Londres, en Angleterre, Rachel O’Donoghue s’est installée en Israël en avril 2021 après avoir travaillé pendant cinq ans pour différents titres de presse nationaux au Royaume-Uni. Elle a étudié le droit à l’Université de droit de Londres et obtenu une maîtrise en journalisme multimédia à l’Université du Kent.

JForum.fr avec HonestReporting

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