Les États-Unis et Israël doivent s’en tenir à leurs objectifs de guerre initiaux.
La pression sur le détroit d’Ormuz est bien réelle, mais laisser Téhéran dicter l’ordre du jour serait une erreur stratégique.
par Ariel Kahana
Lorsque les États-Unis et Israël ont lancé l’opération Lion rugissant, ils ont défini leurs objectifs avec précision. « Nous détruisons les capacités balistiques de l’Iran et son aptitude à produire de nouveaux missiles. Deuxièmement, nous éliminons sa marine. Troisièmement, nous veillons à ce que le principal État parrain du terrorisme au monde ne puisse jamais se doter de l’arme nucléaire. Et quatrièmement, nous nous assurons que le régime iranien ne puisse plus armer, financer et diriger des groupes terroristes au-delà de ses frontières », a déclaré le président Trump le 2 mars.
Dès le départ, Netanyahu a ajouté à cette liste l’ambition de « créer les conditions optimales pour renverser le régime ». Mais ni lui, ni Trump, ni Vance, ni le secrétaire d’État Rubio, ni le secrétaire à la Défense Hegseth n’ont jamais évoqué la suppression de l’emprise iranienne sur le détroit d’Ormuz comme un objectif de la guerre. Cette mission n’était tout simplement pas prévue au début.
Un pétrolier en feu après une attaque près du détroit d’Ormuz (Photo : AP)
L’emprise de l’Iran sur le détroit n’est pas surprenante et constitue assurément une source de souffrance pour la communauté internationale. Il était clair que, dos au mur, l’Iran utiliserait ce levier – pratiquement le seul dont il dispose encore. L’Iran s’y était préparé politiquement, stratégiquement et tactiquement, et agit en conséquence.
D’un autre côté, la pression exercée par les médias occidentaux sur le détroit d’Ormuz et la volonté du président Trump de s’y impliquer ne font pas partie de ses plans de guerre déclarés. Le président souhaite faire baisser les prix du carburant aux États-Unis et dans le monde, ce qui est compréhensible. Mais comme il l’a lui-même affirmé, ce problème concerne bien plus le monde que les Américains. Si le monde – c’est-à-dire les pays affectés par la fermeture du détroit – souhaite sa réouverture, il doit y contribuer. Or, jusqu’à présent, ce n’est pas le cas, et c’est ce qui alimente la frustration américaine.
À ce jour, 22 pays se sont déclarés prêts à escorter des convois à travers le Golfe, mais ces déclarations sont restées lettre morte. La passivité des États arabes du Golfe est particulièrement troublante : ils souffrent davantage des agissements de l’Iran qu’Israël, et pourtant, ils ne contribuent en rien à l’effort de guerre.
Un bombardier B-2 (Photo : CENTCOM USAFCENT)
Non seulement ils ne ripostent pas au pays qui détruit leurs infrastructures critiques, mais même sur le plan diplomatique, l’Arabie saoudite, Bahreïn, le Koweït, le Qatar, et bien sûr Oman et même les Émirats arabes unis restent largement passifs. Aucune rupture de relations diplomatiques, aucun rappel d’ambassadeur, aucune initiative à l’ONU, aucun effort pour rallier d’autres nations contre l’Iran. Au contraire, ils adoptent une attitude attentiste, signalant à l’Iran et au monde entier que, pour eux, toutes les options restent ouvertes.
Il est légitime de se demander : si, même dans ces conditions, les États du Golfe ne lèvent pas le petit doigt pour rouvrir le détroit – cette étendue d’eau dont ils ont le plus à perdre –, pourquoi d’autres devraient-ils faire le travail à leur place ?
Il existe une autre considération, ancrée dans l’un des principes fondamentaux de la doctrine de sécurité israélienne : « porter le combat en territoire ennemi ». Plutôt que d’affronter l’Iran sur un terrain qu’il a préparé et dans une arène où il détient l’avantage, les États-Unis et Israël devraient se concentrer sur leurs propres atouts et sur les faiblesses de l’Iran. C’est un chemin long qui, en réalité, s’avère le plus court. Autrement dit, tout ce qui a été accompli jusqu’à présent – et peut-être une pression diplomatique internationale encore inexploitée – pourrait bien être la voie à suivre pour briser l’Iran et, à terme, ouvrir le détroit d’Ormuz.
En définitive, il convient de rappeler que cette guerre est asymétrique, tout comme la bataille pour le contrôle du détroit. Du point de vue des ayatollahs, « gagner » cette campagne se résume à survivre. Ce qui n’est pas particulièrement difficile quand la vie du peuple iranien n’est pas leur priorité. De même, fermer le détroit d’Ormuz exige de l’Iran qu’il lance un seul drone explosif sur un seul navire par jour.
Ce sont précisément les équations dans lesquelles l’Iran tente d’entraîner les États-Unis et Israël – mais la sagesse consiste à refuser de se prêter à son jeu. La réponse des deux alliés doit être de s’en tenir fermement aux objectifs initiaux, sans se laisser emporter par les provocations iraniennes.
Le plan initial était d’infliger de lourds dégâts aux capacités militaires de l’Iran, dans l’espoir d’un changement de régime à court ou à long terme, et c’est ce plan qu’il faut suivre.
Si le régime tombe, le détroit s’ouvrira de lui-même – et s’il ne tombe pas, il sera toujours temps de se battre pour l’obtenir.
JForum.fr avec ILH
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