Rafah a rouvert ses portes — et les médias ont passé sous silence les raisons de sa fermeture.
Dr Rinat Harash
La réouverture de Rafah est une mesure de cessez-le-feu conditionnée par des raisons de sécurité, et non un geste humanitaire, Israël imposant des inspections strictes en raison des risques de contrebande et de terrorisme.
Les médias ont présenté Rafah comme un point de passage stratégique pour Israël, tout en omettant les restrictions parallèles imposées par l’Égypte.
En occultant le rôle de l’Égypte et l’histoire de Rafah, les reportages induisent les lecteurs en erreur en leur faisant croire qu’Israël « piège » arbitrairement les Gazaouis plutôt que de gérer une menace sécuritaire de longue date.
Le point de passage de Rafah est la principale voie d’accès entre la bande de Gaza et l’Égypte. Sa réouverture partielle cette semaine n’est pas censée être une « percée » réjouissante. Il s’agit d’un dispositif de sécurité strictement encadré, intégré à un cessez-le-feu négocié par les États-Unis. Israël limite explicitement la circulation et contrôle les voyageurs par crainte que des terroristes ou des armes ne transitent par ce corridor.
Voilà les faits essentiels. Et ils sont importants, car la manière dont Rafah est présenté dans les médias internationaux donne souvent l’impression qu’Israël « piège » les Gazaouis sans raison apparente, comme si ce point de passage était une simple soupape humanitaire qu’Israël peut ouvrir ou fermer à sa guise. Ce n’est pas le cas.
Mesures de sécurité
La position d’Israël est claire : le pays autorise la réouverture, mais sous contrôle. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a décrit la condition essentielle : « Toute personne entrant ou sortant du territoire est soumise à une inspection complète. » Selon Reuters , la réouverture est qualifiée, à juste titre, de limitée et conditionnelle, liée à des contrôles de sécurité et à des contraintes opérationnelles.
Cette logique sécuritaire n’est pas abstraite. Rafah est depuis longtemps un haut lieu de la contrebande et du terrorisme. Un article de l’Associated Press souligne même que, pendant des années, « l’Égypte a imposé un blocus à Gaza », tandis qu’une économie souterraine prospère sous la frontière, permettant aux groupes terroristes palestiniens de constituer leurs arsenaux. Ce contexte historique explique en partie pourquoi toute réouverture est contestée et pourquoi les autorités israéliennes insistent sur le maintien de restrictions.
Mais le Washington Post, par exemple, a effacé le rôle de l’Égypte et a inclus le paragraphe suivant, donnant l’impression qu’Israël « piégeait » les Gazaouis à l’intérieur de l’enclave sans raison :
« En mai 2024, l’armée israélienne s’empara de la frontière en traversant Rafah, dans le sud de Gaza, déplaçant près d’un million de personnes qui y avaient trouvé refuge. Elle ferma ensuite le point de passage aux piétons et à toute autre circulation, piégeant ainsi les quelque deux millions d’habitants de Gaza — y compris les personnes gravement malades ou blessées — pendant la majeure partie du conflit. »
Le New York Times n’a fait mention ni du blocus partiel imposé par l’Égypte par le passé, ni du risque de tunnels terroristes. De même, le Wall Street Journal a omis le contexte égyptien crucial, laissant entendre qu’Israël avait fermé le point de passage alors qu’il était resté grand ouvert pendant des années.
CNN a débuté par la phrase suivante, ignorant complètement le point de vue de l’Égypte :
Ce point de passage crucial, largement fermé depuis sa prise de contrôle par Israël en mai 2024, a fait l’objet d’une série de préparatifs…

France24 a également omis de mentionner le rôle historique de l’Égypte. Au lieu de cela, la chaîne a donné la parole à des Gazaouis malades attendant de traverser la frontière, imputant implicitement leur sort à Israël.
Les reportages qui passent sous silence les risques sécuritaires liés à Rafah et ne la présentent que comme un moyen de pression israélien occultent le fait que Le Caire a maintes fois considéré ce point de passage comme un enjeu de sécurité nationale, et non comme une simple voie d’accès humanitaire. Même les agences de presse l’ont mentionné, ne laissant aucune excuse aux médias pour l’omettre, si ce n’est l’ignorance, la négligence ou – plus probablement – la partialité.
L’enjeu n’est donc pas simplement qu’Israël restreint la circulation à Rafah. Il s’agit plutôt de comprendre que cette restriction est liée depuis longtemps au trafic d’armes, aux activités terroristes et aux infrastructures terroristes – des risques qui ont motivé non seulement les contrôles israéliens, mais aussi des années de restrictions parallèles de la part de l’Égypte.
Cette distinction est cruciale. Lorsque les médias s’appuient sur des affirmations émotionnellement chargées selon lesquelles Gaza serait bouclée, sans aborder les réalités sécuritaires qui ont fait de Rafah un point chaud dès le départ, ils laissent les lecteurs avec une compréhension incomplète des raisons pour lesquelles ce point de passage n’a jamais fonctionné comme une frontière civile normale.
En définitive, la réouverture partielle de Rafah ne se résume pas à une simple histoire humanitaire d’ouverture ou de fermeture de portes. Il s’agit d’une mesure limitée et conditionnelle, inscrite dans un cadre de cessez-le-feu façonné par des préoccupations sécuritaires reconnues depuis longtemps par Israël et l’Égypte. Les reportages qui mettent en avant les limites imposées par Israël tout en minimisant les risques, ou qui occultent le rôle historique de l’Égypte, ne font pas que simplifier les choses ; ils les déforment. Le contexte n’efface pas les difficultés, mais sans lui, le journalisme cesse d’expliquer et commence à induire en erreur.
Rinat Harash, docteure en philosophie, est une professionnelle chevronnée des médias, forte de quinze années d’expérience chez Reuters en tant que journaliste, monteuse vidéo et productrice, couvrant Israël et les territoires palestiniens.
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