Radio J, Lundi 7h05. La startup Orca AI (technologie navale). Le Waze des mers, une innovation-révolution d’Israël.

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En 2018, les deux experts en technologie navale ont ainsi fondé Orca AI, avec l’objectif d’utiliser l’intelligence artificielle pour rendre la navigation en haute mer plus sûre. Leur plateforme de navigation maritime autonome vise ainsi à éloigner les navires de diverses menaces – autres marins, missiles ou ponts -, afin de sécuriser une voie utilisée pour le commerce mondial, de plus en plus encombrée et toujours périlleuse.

« Plus de 90 % des valeurs commerciales sont transportées à bord de grands navires. C’est pourquoi nous voulons rendre le commerce maritime plus sûr, plus durable et plus protégé, pour l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement », a déclaré Raviv au Times of Israel. « Récemment, nous avons constaté la fragilité [des routes commerciales maritimes] avec les attaques des rebelles houthis du Yémen contre des navires dans la mer Rouge, et avec le blocage du canal de Suez il y a quelques années. »

Au début du mois, la start-up a lancé un nouveau système embarqué baptisé Co-Captain, que l’entreprise décrit comme le « Waze des mers ». Ce système permet le partage en temps réel entre les navires de données sur les conditions maritimes, le trafic, la météo et toutes autres perturbations, afin d’aider les équipages à anticiper les risques et à naviguer en toute sécurité dans des eaux complexes.

Les cofondateurs de la start-up israélienne Orca AI, Dor Raviv (à gauche) et Yarden Gross. 

« Nous nous sommes inspirés de notre quotidien, où nous utilisons Google Maps et Waze. Et même si, dans le secteur maritime, les types d’événements et d’itinéraires sont différents, le fait d’en prendre connaissance au préalable, comme par exemple les conditions de faible visibilité, vous permettrait d’ajuster rapidement votre itinéraire », explique Raviv, directeur technique d’Orca. « Dans le monde maritime, les navires ne communiquent pas entre eux. Ils s’appuient principalement sur des outils de navigation traditionnels tels que les systèmes radar, qui présentent des lacunes. »

La célèbre application de navigation routière participative Waze, développée en Israël et désormais détenue par Google, recommande aux conducteurs les itinéraires les plus avantageux, leur évite autant que possible les gros embouteillages, et les avertit des dangers sur leur trajet. S’appuyant sur le concept de conducteurs naviguant en s’aidant d’informations qu’ils partagent en temps réel sur les conditions de circulation, les accidents et les dangers, Orca affirme avoir développé un système participatif similaire pour les navires.

« La navigation collaborative en mer n’est plus une option. C’est désormais une nécessité en matière de sécurité, d’environnement et de sûreté », a affirmé Gross, PDG d’Orca AI. « Nous sommes en train de créer un écosystème vivant et évolutif, dans lequel chaque navire devient un maillon essentiel d’une chaîne de sécurité qui permet aux équipages de rester connectés et d’anticiper les dangers. »

Co-Captain est conçu pour s’intégrer au système d’exploitation maritime alimenté par l’IA d’Orca pour les navires commerciaux, qui collecte des données et traite de multiples sources d’informations visuelles provenant de capteurs embarqués et de caméras thermiques à l’aide de technologies de vision par ordinateur. Le système surveille les conditions météorologiques ; il identifie et classe de manière autonome les dangers et les objets alors que les navires naviguent en mer. La plateforme peut détecter les conteneurs flottants, les bateaux de pêche, les navires à quai et à voile, les bateaux à moteur, les ferries, les dangers pour la navigation, les bouées et les baleines.

Selon Raviv, chaque navire équipé de la plateforme Orca constitue un nœud de collecte de données qui télécharge automatiquement des informations vers le cloud, détectant sans cesse les cibles à risque, notamment les bateaux de pêche, les petites embarcations et les dangers pour la navigation, comme les filets de pêche.

Les navires forment ainsi un réseau fiable plus large qui transfère en temps réel des informations sur les menaces pour la sécurité, notamment les attaques de pirates, les perturbations dues à l’usurpation ou au brouillage du GPS, tout en envoyant des alertes sur des événements tels qu’une météo défavorable ou un trafic dense. Les alertes vérifiées sont envoyées aux navires évoluant sur des routes qui se croisent, leur permettant d’ajuster en temps utile leur vitesse, leur cap ou la surveillance humaine.

« Nous téléchargeons toutes ces données vers un cloud unique et unifié dans lequel nous effectuons plusieurs types de traitements, déployons des algorithmes d’IA, analysons les tendances du transport maritime, déchiffrons les zones à fort trafic et les anomalies, et évaluons la sécurité de la navigation », a expliqué Raviv.

Une fois les données analysées, la plateforme fournit des alertes et des conseils personnalisés pour aider les équipages à prendre des décisions de navigation éclairées et opportunes.

D’après Raviv, la plateforme de navigation intelligente basée sur l’IA a pour objectif d’apporter une réponse à la hausse du nombre d’événements, accidents et incidents liés à la sécurité maritime, dus à la congestion croissante et aux menaces pour la sécurité sur les routes maritimes.

En 2024, le nombre d’accidents ou incidents maritimes signalés dans le monde a augmenté d’environ 10 % par rapport à l’année précédente, selon le rapport d’Allianz sur la sécurité et le transport maritime. Le nombre d’événements entraînant une perte totale a toutefois fortement diminué ces dernières années.

Un incident très médiatisé s’est produit le 26 mars 2024. Un porte-conteneurs qui naviguait au large de Baltimore, dans le Maryland, a perdu toute sa puissance, venant heurter un pylône du pont Francis Scott Key, entraînant la chute de la grande travée dans le port, en contrebas, et causant la mort de six ouvriers chargés de la maintenance.

Selon Raviv, qui est un skipper accompli, la plateforme fournie par Orca permet de réduire le nombre de collisions imminentes ou de quasi-collisions en pleine mer d’environ 50 à 60 %.

Les attaques menées ces dernières années par les rebelles houthis du Yémen contre des navires naviguant en mer Rouge ou dans l’océan Indien ont également mis en évidence les problèmes de sécurité maritime. Plusieurs navires ont en effet subi de graves dommages causés par des missiles ou des drones tirés par le groupe soutenu par l’Iran en appui au Hamas.

De nombreux armateurs ont alors décidé d’éviter complètement la route reliant l’Asie et l’Europe ale canal de Suez, préférant faire un long détour par la corne de l’Afrique. D’après les experts, ces trajets plus longs entraînent une usure accrue des navires, un facteur qui augmente les problèmes de maintenance et aggrave les facteurs de stress existants dans le secteur.

Les attaques des Houthis ont cessé depuis qu’Israël et le Hamas ont conclu un cessez-le-feu, au mois d’octobre.

Orca affirme que son système de navigation maritime autonome est installé sur plus de 1 000 navires, et notamment sur ceux des plus grandes compagnies maritimes et flottes du monde, parmi lesquelles MSC, Maersk, Seaspan et NYK.

« Nous avons collecté des données provenant de plus de 100 millions de milles marins pour entraîner notre modèle d’IA. Désormais, celui-ci ne cesse de s’enrichir, avec davantage de centrioles, davantage de conditions de visibilité et davantage d’attributs spécifiques aux opérations maritimes, grâce à l’entraînement de 1 000 navires naviguant quotidiennement », a fait savoir Raviv.

Toutes les données sont entièrement anonymisées. Seuls l’emplacement et les conditions observées sont rapportés, garantissant une confidentialité totale, a ajouté Raviv.

Cette start-up fait partie des nombreuses entreprises proposant des solutions d’IA au secteur du transport maritime ou aux activités marines. On peut notamment citer l’entreprise israélienne Windward, qui utilise l’apprentissage automatique pour analyser le secteur du fret, et SeaEra, qui développe des systèmes permettant d’identifier les dangers sous-marins.

Selon l’International Institute of Marine Surveying (IIMS), quelque 420 entreprises ou organisations du secteur maritime ont adopté des solutions d’IA en 2024, contre 276 en 2023. Le secteur est désormais évalué à plus de 5,5 milliards de dollars dans le monde.

Orca emploie 110 personnes dans ses centres d’expédition de Londres, Athènes, Singapour et Tel Aviv. À ce jour, l’entreprise a levé 111 millions de dollars.

À l’instar des systèmes pour voitures qui ont inspiré Orca pour sa version maritime de Waze, Raviv considère la conduite autonome comme la prochaine frontière, un domaine dans lequel l’industrie maritime peut réellement dépasser les véhicules qui circulent dans des rues chaotiques.

« Nous sommes convaincus que l’industrie maritime sera l’une des premières à adopter la pleine autonomie. Tout y évolue plus lentement, les distances sont un peu plus longues, et il n’y a pas d’enfants qui courent et jouent au ballon dans les rues », a affirmé Raviv. « C’est un problème un peu plus simple. Certes, il possède ses propres défis, mais investir dans le transport maritime autonome présente un avantage considérable pour la croissance de tous : nous sommes tous concernés par le commerce mondial. »

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