Qu’est-ce que la clause turque dans les contrats d’armement ?

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Qu’est-ce que la clause turque dans les contrats d’armement ?

La Grèce veut désormais poser des conditions strictes à ses fournisseurs d’armement. À l’origine de ce tournant : une profonde désillusion stratégique. Le ministre grec de la Défense, Nikos Dendias, promeut ce qu’il appelle une « clause turque » dans les futurs contrats militaires, afin d’empêcher que les systèmes vendus à Athènes ne soient également livrés à Ankara.

Cette nouvelle doctrine intervient alors que la marine grecque étudie l’acquisition de nouveaux sous-marins pour renforcer sa présence en Méditerranée orientale. Athènes souhaite désormais inclure, dans les contrats, une garantie formelle interdisant la fourniture simultanée d’équipements identiques à la Turquie. Pour les responsables grecs, investir des milliards d’euros n’a guère de sens si le rival historique obtient les mêmes capacités.

La crispation remonte à la vente par l’Allemagne de sous-marins de type 214 aux deux pays. Ces bâtiments, réputés pour leur propulsion anaérobie et leur discrétion acoustique, constituent un atout stratégique majeur en mer Égée et en Méditerranée. Or, la Turquie a commencé à intégrer ces unités à sa flotte : le premier, baptisé TCG Piri Reis, doit entrer en service en 2024, suivi du TCG Hizir Reis en 2025. Pour Athènes, cette situation a effacé l’avantage comparatif que lui conférait l’acquisition initiale des mêmes modèles.

Malgré des démarches diplomatiques auprès de Berlin, mais aussi de Madrid et de Rome, la Grèce n’a pas obtenu l’embargo qu’elle espérait sur les ventes à Ankara. Ce revers a profondément marqué les décideurs grecs. Selon plusieurs sources locales, le mécontentement vise non seulement la poursuite des livraisons à la Turquie, mais aussi l’absence de réponse allemande aux demandes grecques de modernisation de sa flotte existante.

Dans l’appel d’offres actuel pour de nouveaux sous-marins, plusieurs industriels européens et asiatiques sont en lice : allemands, français, italiens, sud-coréens et suédois. Athènes exige en outre qu’au moins 25 % du programme bénéficie à l’industrie nationale, afin de renforcer sa base technologique et industrielle de défense. Cette exigence reflète une volonté plus large d’autonomie stratégique, déjà visible dans les récents accords conclus avec la France pour des frégates et des avions de combat.

Parallèlement, Dendias a récemment effectué une visite aux États-Unis, où il a rencontré le secrétaire à la Défense Pete Hegseth et le sous-secrétaire à la Défense chargé des politiques, Elbridge Colby. Les discussions ont porté sur les équilibres en Méditerranée et les ambitions turques, notamment la question sensible d’un éventuel retour d’Ankara dans le programme des avions furtifs F-35. Les responsables américains auraient exprimé leur compréhension des préoccupations sécuritaires grecques.

La rivalité gréco-turque, ancienne et régulièrement ravivée par des tensions en mer Égée ou autour de Chypre, demeure un facteur structurant des choix stratégiques d’Athènes. En fixant une ligne rouge à ses partenaires industriels, la Grèce cherche à éviter qu’un épisode comme celui des sous-marins ne se reproduise. Reste à savoir si les grands fournisseurs accepteront d’inscrire dans leurs contrats une clause qui pourrait limiter leurs débouchés dans une région déjà hautement concurrentielle.

Jérémie de Jforum.fr

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