Que faut-il à la rue iranienne pour renverser le régime ?

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Sous le radar : la stratégie qui transformera la protestation en Iran en révolution

Les manifestations à Téhéran sont différentes cette fois-ci. Les protestations sont explosives et, selon les experts, elles ont franchi un seuil critique et menacent le régime. Pour qu’elles se transforment en un soulèvement qui renversera le régime, les États-Unis, l’Occident et Israël doivent intervenir. Il faut laisser le mouvement de contestation prendre une ampleur irréversible, au point où le régime sera en quasi-impossibilité de réagir.

Khamenei et les manifestations en Iran . Photo : AFP, EPI

Dans le Téhéran glacial de décembre 2025, Ahmad, un chauffeur routier expérimenté, est assis dans sa cabine, les yeux rivés sur l’écran de son téléphone. « Encore ? Après que notre dernière grève cette année se soit soldée par un échec, avec des arrestations et des factures vides ? » marmonne-t-il.

Des manifestants ont attaqué le bureau du gouverneur de la ville de Fasa, dans le centre de l’Iran. // Crédit : Réseaux sociaux

Mais cette fois, c’est différent. Les réseaux sociaux regorgent de vidéos virales, les travailleurs du secteur pétrolier se joignent aux étudiants, les commerçants des bazars ferment leurs marchés. Ahmed se souvient du proverbe persan : « L’eau rencontre l’eau et devient plus forte. »

Il rejoint un convoi qui bloque la route. Les manifestations font rage, mais pour qu’elles se transforment en un soulèvement capable de renverser le régime, les États-Unis, l’Occident et Israël doivent agir discrètement, non pas en leaders, mais en éclaireurs sans jamais prendre la parole.

Leçons douloureuses

L’histoire montre pourquoi les manifestations ont échoué. En 2009, le « Mouvement vert » a éclaté après des élections frauduleuses : Mir Hossein Mousavi a recueilli des millions de voix, mais Khamenei a proclamé Ahmadinejad vainqueur. Une répression violente a fait des dizaines de morts, des procès-spectacles ont conduit à l’emprisonnement de milliers de personnes, et Mousavi et ses proches ont été assignés à résidence. En l’absence d’une direction unifiée, le blocage des SMS a empêché toute coordination, et le « soutien ouvert » occidental a fourni au Corps des gardiens de la révolution islamique un prétexte pour massacrer des « agents étrangers ».

Le principal candidat modéré en Iran en 2009 (quoique aile d’un même pouvoir islamique, ou soft Power issu du même tronc commun) : Mir-Hossein Mousavi, s’adressant aux journalistes. Photo : Reuters

Entre 2017 et 2018, des manifestations économiques contre l’inflation et la corruption ont éclaté dans 150 villes. Spontanées et sans commandement central, elles ont été réprimées brutalement par les Gardiens de la révolution et les milices Bassidj, qui ont massacré 25 personnes, arrêté des milliers de personnes et bloqué l’accès à Internet. Le gouvernement, quant à lui, a dénombré « seulement 42 000 manifestants ». Les contre-manifestations ont perdu de leur élan et l’absence de stratégie politique a permis une répression rapide.

La manifestation Mahsa Amini de 2022, sous le slogan « Femme, Vie, Liberté », a duré des mois et a fait 500 morts et 20 000 arrestations. L’absence de leadership populaire a dissuadé les libéraux religieux de s’y joindre, par crainte de violences et faute de vision d’après-crise politique. Les grèves de camionneurs (2018, 2022, 2025) ont nui à l’économie – touchant 163 villes en 2025 – mais les concessions partielles (prix du diesel, assurances) ont fragmenté le mouvement, brisé son élan et manqué de soutien politique.

Passer inaperçu

Si l’on veut que le sort des manifestations actuelles soit différent, l’Occident frileux et collaborationniste, doit changer d’attitude. Les opérations clandestines sont essentielles : il faut avant tout déstabiliser le pouvoir en place de l’intérieur. Pour ce faire, on incite les gens à faire défection des groupes du régime, comme les Gardiens de la révolution par l’intermédiaire d’exilés, on garantit l’asile aux familles des hauts dignitaires en échange de leur coopération, on libère les avoirs gelés en échange de la désobéissance aux ordres de massacrer les gens dans la rue, par voie de fusillade, et on encourage les candidatures anonymes à un réseau de défection (un réseau recrute des collègues et ainsi de suite).

Des étudiants manifestent contre la situation économique et le régime en Iran. Photo : AFP

Il est probable que le régime coupe internet, et nous serons donc obligés de créer un VPN de remplacement, des satellites de communication, un réseau peer-to-peer – il est nécessaire de financer les grévistes car leur argent sera bientôt épuisé, par le biais de fonds d’aide hawala, de crypto-monnaie pour les travailleurs du pétrole, les enseignants, les commerçants via des ONG.

Il y a là un dilemme. Le régime lutte pour sa survie, tel un animal blessé. Une attaque créerait un « ennemi extérieur », rallierait les masses autour du drapeau (comme en 2022) et pourrait interrompre les troubles internes. Ces dernières riposteraient spontanément, ce qui mettrait à l’épreuve le système de défense israélien et dégénérerait en une guerre sur plusieurs fronts (Hezbollah, Houthis).

En revanche, une frappe précise est essentielle : le système de missiles balistiques iraniens représente une menace existentielle pour Israël, et l’Iran produit actuellement environ 50 missiles par mois. Une attaque menée maintenantpourrait s’avérer efficace, alors que le régime est occupé à assurer sa survie (défections, affrontements). Cette attaque affaiblirait les Gardiens de la révolution sans faire de victimes civiles, préservant ainsi la dissuasion.

La solution, comme toujours, réside dans le timing. Il faut laisser le mouvement de contestation prendre une ampleur irréversible, permettre à d’autres groupes de s’y joindre et de l’aider, accélérer le processus d’effondrement, puis exploiter le point faible du régime pour une attaque ciblée – à un moment où le régime aura du mal à réagir – comme le dit le proverbe persan : « Une pierre lancée au bon moment vaut mieux que de l’or. »

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