Quand le front républicain s’inverse

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Quand le front républicain s’inverse

La scène politique française traverse une phase de recomposition accélérée. Ce qui fut longtemps un « front républicain » dirigé contre le Rassemblement national semble aujourd’hui se transformer en front de refus ciblant prioritairement La France insoumise (LFI). La tragédie survenue à Lyon, avec l’implication de membres liés à la mouvance dite de la « Jeune Garde » dans le meurtre de Quentin Deranque, a amplifié les tensions et placé Jean-Luc Mélenchon au cœur d’une controverse nationale.

Le leader de LFI a maintenu son soutien politique aux militants concernés, les qualifiant de « résistants » et refusant de désavouer publiquement le député fondateur de cette organisation. Cette posture de « citadelle assiégée » vise à consolider le noyau dur de son électorat. Mais elle comporte un risque : celui de freiner l’élargissement du mouvement, notamment à l’approche des élections municipales. Dans de nombreuses villes, ne pas atteindre le seuil des 10 % pourrait priver les listes insoumises de toute capacité d’influence au second tour.

Ce contexte ouvre un espace stratégique pour la gauche sociale-démocrate. Au Parti socialiste, la ligne défendue par François Hollande consiste à rompre clairement avec LFI. Pour les modérés, il est exclu de s’associer à un parti accusé d’encourager une radicalité jugée excessive. L’objectif est double : reprendre l’initiative à gauche lors des municipales et préparer la présidentielle en espérant atteindre le second tour. Cette clarification pourrait séduire un électorat lassé des tensions internes et en quête d’une offre politique plus apaisée.

À droite et au centre, la tentation est forte de désigner LFI comme nouvel adversaire prioritaire. La stratégie du « Tout sauf LFI » gagne du terrain, remplaçant l’ancien réflexe anti-RN. Cette orientation redonne un cap à un camp affaibli après près d’une décennie de macronisme. Mais elle révèle aussi des fractures : entre les partisans du « ni RN, ni LFI » et ceux qui prônent une coalition explicite contre les mélenchonistes, quitte à envisager une union des droites encore contestée par les plus modérés.

Dans ce jeu de repositionnements, le Rassemblement national pourrait tirer profit de la situation. Jordan Bardella a multiplié les appels à un front commun anti-LFI, évoquant même un « cordon sanitaire » inversé. Cette rhétorique contribue à la stratégie de normalisation engagée depuis plusieurs années par le parti, qui cherche à apparaître comme une force d’ordre face à ce qu’il décrit comme une radicalité dangereuse.

Les enquêtes d’opinion confirment l’ampleur du malaise. Selon un sondage Odoxa pour Le Figaro, 71 % des Français estiment qu’aucune alliance ne devrait être conclue avec LFI, un chiffre qui grimpe à 81 % parmi les sympathisants socialistes. Par ailleurs, 61 % des personnes interrogées se disent prêtes à voter pour une liste alternative afin de faire barrage aux candidats insoumis, même si ce choix ne correspond pas à leur préférence initiale. D’autres études, notamment celles du CEVIPOF, soulignent qu’une part significative de l’opinion considère désormais LFI comme plus préoccupante que le RN.

Les municipales constitueront un premier baromètre de cette nouvelle configuration. Elles permettront de mesurer si la stratégie de confrontation assumée par Jean-Luc Mélenchon consolide son socle électoral ou si elle favorise ses adversaires. Dans un climat politique marqué par la crispation et la défiance, les électeurs trancheront sur la voie qu’ils souhaitent voir empruntée par le pays.

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