Pourquoi le chavisme embarrasse le débat politique
Dans le débat politique français, certaines propositions faites par Jean‑Luc Mélenchon ont suscité de fortes réactions. Déjà en 2017, dans le cadre de sa campagne présidentielle, il défendait l’idée d’un rapprochement de la France avec l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA), un bloc idéologique impulsé par le Venezuela à l’époque chaviste. Cette approche n’était pas un simple slogan, mais un axe politique affirmé, visant à valoriser un modèle alternatif au capitalisme occidental.
Pourtant, le Venezuela qui servait alors de référence traverse depuis des années une crise économique profonde. Pays doté des plus vastes réserves de pétrole prouvées au monde, estimées à plus de 300 milliards de barils, il a connu une chute spectaculaire de sa production pétrolière et de son économie, après des décennies de politique étatique centralisée du secteur énergétique. La production, tombée à environ 1,1 million de barils par jour récemment, reste bien en deçà des pics dépassant 3 millions dans les années précédentes, et ce malgré l’intérêt international croissant pour ses ressources.
Le rôle central du pétrole dans l’économie vénézuélienne a contribué à fragiliser l’ensemble des structures productives du pays. L’État, particulièrement via l’entreprise publique Petróleos de Venezuela (PDVSA), est devenu l’acteur dominant du secteur, ce qui a découragé l’investissement privé et entraîné des inefficacités profondes. Ajouté à cela un manque d’entretien des infrastructures, des sanctions internationales et une corruption persistante, le résultat a été une érosion majeure de la capacité productive du pays.
La dépendance à l’exportation du pétrole a aussi fragilisé les revenus publics. À son apogée, cette ressource représentait jusqu’à 90 % des exportations et une fraction significative du budget de l’État, mais la chute des prix mondiaux et l’effondrement de la production ont réduit drastiquement ces revenus. Cette situation a précipité une crise monétaire et une hyperinflation qui ont décimé les salaires, épargne et pouvoir d’achat des Vénézuéliens.
Les conséquences sociales en sont dramatiques. La dégradation économique a été un moteur majeur d’une crise migratoire exceptionnelle. Plus de 7,9 millions de personnes ont quitté le Venezuela ces dernières années, soit près d’un quart de sa population, en quête de conditions de vie viables ailleurs. Les voisins sud-américains et les routes migratoires vers l’Amérique centrale et le Mexique ont été fortement impactés par cet exode massif.
Plus récemment, la situation politique et économique a été secouée par des événements internationaux. L’arrestation du président Nicolás Maduro par des forces américaines en 2026 a déclenché une onde de choc géopolitique. Les États-Unis ont depuis exprimé leur volonté d’intégrer le pétrole vénézuélien dans leurs circuits énergétiques, avec des projets d’augmentation de la production et des discussions avec des compagnies pétrolières pour relancer le secteur. (Reuters) Pour autant, la remise en état de l’industrie nécessite des investissements colossaux — estimés à des dizaines de milliards de dollars sur une décennie — et des réformes structurelles profondes, ce qui laisse planer un doute sur une reprise rapide. (Le Monde.fr)
Dans ce contexte, la comparaison que certains acteurs politiques européens faisaient du modèle vénézuélien avec une forme de « solidarité » alternative au capitalisme montre les risques de simplification idéologique face à une réalité économique plus complexe. Au fil des années, la transformation d’une économie autrefois prospère en un État dépendant du pétrole, et l’impact social qui en découle, ont fait du Venezuela un cas d’école des limites d’une gestion étatique excessive couplée à une dépendance énergétique extrême.
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