Ce début février s’annonce comme un temps fort de la scène musicale américaine, mais aussi comme un moment éminemment politique. Le 1er février, aura lieu la 68e cérémonie des Grammy Awards à Los Angeles. Une semaine plus tard, le 8 février, le Super Bowl confiera pour la première fois son show de mi-temps – spectacle le plus regardé au monde – à un artiste hispanique. Ces deux événements pensés comme des célébrations musicales s’annoncent pourtant comme des moments hautement politiques. Car sous la présidence de Donald Trump, la musique est aussi un terrain de confrontation idéologique.
Qualifiant la programmation musicale du Super Bowl de « terrible choix », le président américain n’a pas simplement exprimé une opinion artistique, il s’attaque frontalement à Bad Bunny et Green Day, et de manière plus large, à un pouvoir culturel qu’il ne contrôle pas. « Je suis anti-eux. Je pense que c’est un choix déplorable. Tout ce que ça fait, c’est semer la haine », exprimait-il au New York Post.
Bad Bunny, un artiste engagé contre la politique de Trump
L’artiste portoricain Bad Bunny est, en 2025, l’artiste le plus écouté au monde. Avec la sortie, en début d’année dernière, de son album DTMF, il confirme un statut qui dépasse largement celui de simple star de la pop mondiale. Il figure notamment en tête des nominations aux Grammy Awards, aux côtés de Kendrick Lamar et Lady Gaga. Mais alors, pourquoi Donald Trump le déteste-t-il autant ? Tout d’abord parce qu’il n’a jamais caché son opposition à la politique migratoire de Donald Trump. Dans son clip NUEVAYoL, il apparaît perché tout en haut de la Statue de la liberté recouverte d’un drapeau portoricain. Dans la scène suivante, Bad Bunny a inséré un discours fictif du président américain, reconnaissable à son phrasé, dans lequel celui-ci « présente ses excuses aux immigrés » et affirme que les États-Unis « ne seraient rien sans les Mexicains, Dominicains, Portoricains, Colombiens, Vénézuéliens ou Cubains ». À la fin du clip, la voix parodique conclut : « Ensemble, nous sommes plus forts ».
Un pied de nez assumé dans un contexte très tendu. À l’approche du Super Bowl, des affiches anti-ICE ont été repérées dans les rues de San Francisco témoigne le San Francisco Chronicle. Elles reprennent Concho, le crapaud devenu symbole visuel de l’univers de Bad Bunny, accompagné de slogans hostiles à la police fédérale de l’immigration. Si l’origine exacte de ces affiches reste inconnue, leur diffusion intervient alors que plusieurs responsables de l’administration Trump ont annoncé un dispositif sécuritaire renforcé autour de l’événement, explique The Guardian. De son côté, Bad Bunny a pris une décision remarquée : exclure les États-Unis de sa tournée mondiale : une absence justifiée par la crainte de voir des spectateurs issus de l’immigration ciblés par des opérations de l’ICE à la sortie des concerts.
Si Kendrick Lamar avait battu un record d’audience en cumulant 135,5 millions de téléspectateurs lors du dernier Super Bowl, le show de Bad Bunny lui aussi va être scruté de très près. Interrogé sur la polémique, le patron de la NFL, Roger Goodell, a défendu un choix « mûrement réfléchi ». Bad Bunny, a quant à lui répondu à sa manière, sur le plateau du Saturday Night Live, en s’exprimant longuement en espagnol : « Notre empreinte et notre contribution dans ce pays, personne ne pourra nous l’enlever ni l’effacer ».
Green Day, l’anti-trumpisme sans détour
Aux côtés de Bad Bunny, le groupe Green Day assurera l’ouverture du Super Bowl. Un choix loin d’être anodin également : sur scène, Billie Joe Armstrong n’a jamais caché son hostilité à l’égard de Donald Trump. En avril dernier, lors du festival Coachella, le chanteur de Green Day a modifié les paroles du titre American Idiot pour viser l’« agenda MAGA ». Le 4 juillet 2025, en concert à Werchter en Belgique, il a invité le public à scander « Fuck Donald Trump ».
Le 17 janvier, devant le public d’Inglewood en Californie, il a de nouveau politisé sa performance en présentant Holiday comme une chanson « antifasciste » et « contre la guerre », faisant référence aux récentes violences de la police fédérale de l’immigration à Minneapolis et citant Stephen Miller, principal architecte de la politique migratoire de l’administration Trump, explique le magazine Rolling Stone.
Donald Trump a annoncé ne pas assister au match de la finale du tournoi NFL. De son côté, l’organisation conservatrice Turning Point USA a annoncé une contre-soirée voulant célébrer « la foi, la famille et la liberté ». Erika Kirk, veuve de Charlie Kirk et désormais PDG de l’organisation, dirige ce projet, explique DAZN.
Qui sont les prochains sur la liste noire de Trump ?
Dans les noms présents sur la liste noire de Trump, impossible de ne pas citer Taylor Swift, qui occupe une place à part. Lors des dernières élections, le bras de fer entre la pop star et le candidat à l’élection avait été scruté. Son influence auprès de millions de jeunes électeurs avait été perçue comme une menace politique directe. D’autres artistes ont également marqué leur position à Donald Trump : Beyoncé, Olivia Rodrigo, Rihanna, Neil Young et de nombreux autres artistes ont exigé que leurs chansons ne soient pas ou plus utilisées dans la communication du camp des républicains, invoquant des désaccords idéologiques ou des questions de droits.
Bruce Springsteen doit lui aussi figurer dans cette liste. Connu pour son engagement politique et son opposition à Donald Trump, il a publié mercredi le titre Streets of Minneapolis : « J’ai écrit cette chanson samedi, je l’ai enregistrée hier (mardi) et je vous la livre aujourd’hui (mercredi) en réponse à la terreur qui s’abat sur Minneapolis », a écrit le chanteur sur son site.
Dans ce contexte, la cérémonie des Grammy Awards ne devrait pas être en reste. La cérémonie, désormais scrutée autant pour ses discours que pour son palmarès, a déjà servi de tribune à des messages politiques, notamment l’an dernier lorsque Lady Gaga avait exprimé son soutien aux personnes transgenres. Cette semaine la chanteuse a interrompu son concert à Tokyo (Japon) pour dénoncer les agissements de l’ICE et apporter son soutien aux victimes de la police américaine de l’immigration. Pour cette édition, chaque prise de parole est susceptible de prendre position face à la politique répressive de Donald Trump.
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