Pour la première fois, l’Eurovision se délocalise en Asie… Pourquoi ?

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En août, BBS, chaîne télé du Bhoutan, a diffusé un télécrochet de sélection pour la première édition de l’Eurovision Asia Song Contest, avançant que le concours se tiendrait quelques mois plus tard à Mumbai (Inde). Une information sortie de nulle part, suscitant l’étonnement de la communauté de fans de l’Eurovision, et qui s’est révélée être un pétard mouillé ne reposant sur rien de concret.

La chaîne bhoutanaise est allée plus vite que la musique. Car la version asiatique du concours Eurovision de la chanson va devenir une réalité cette année. La première édition se tiendra le 14 novembre à Bangkok (Thaïlande), annonce ce mardi l’Union européenne de radiotélévision (UER) qui détient la marque Eurovision.

Refléter « les voix, les identités et les ambitions » de la région

« Alors que nous célébrons le 70e anniversaire du concours Eurovision de la chanson, cela fait particulièrement sens d’ouvrir ce nouveau chapitre avec l’Asie, une région riche en culture, en créativité et en talent, avance Martin Green, le directeur de l’Eurovision, cité dans le communiqué de presse. Il s’agit […] de construire un événement qui reflète les voix, les identités et les ambitions de la région, tout en restant fidèle à ce qui a toujours fait la singularité du concours. Eurovision Song Contest Asia sera façonné par les artistes, les diffuseurs et le public qui se l’approprieront, poursuivant ainsi notre aventure commune, unis par la musique. »

Pour l’heure, dix pays ont officialisé leur participation. Outre la Thaïlande, la Corée du Sud, le Vietnam, les Philippines, le Népal, la Malaisie, le Laos, le Cambodge, le Bangladesh et le (si impatient) Bhoutan, seront de la partie. D’autres pourraient rejoindre le projet en cours de route. L’UER estime à plus de 600 millions de personnes le public potentiel dans la région concernée. Cette nouvelle compétition pourrait ainsi battre l’Eurovision et ses 160 millions de téléspectateurs et téléspectatrices en tant qu’événement non sportif le plus suivi au monde.

Les éléments de langage du communiqué font écho à ceux que l’UER utilise actuellement pour parler de l’Eurovision, dont la 70e édition se tiendra en mai à Vienne (Autriche). L’éventuelle dimension politique est balayée et l’accent est mis sur le rapprochement par le partage musical. « Bangkok est un lieu où tradition et innovation ne sont pas antinomiques. Elles se nourrissent l’une l’autre. C’est l’esprit même de l’Eurovision, qui célèbre l’unité des voix musicales d’Asie et d’ailleurs », affirme Chuwit Sirivajjakul, directeur adjoint de l’Autorité thaïlandaise de tourisme. Et d’ajouter que « le voyage fait partie de ces moments qui nous ressourcent, nous inspirent et nous relient à quelque chose de plus grand que nous. L’Eurovision Song Contest Asia incarne parfaitement ces valeurs. »

Pour certains pays participants, tels que la Malaysie ou le Népal, régulièrement épinglés par les associations de défense des droits humains, voilà une opportunité « soft power ». C’est-à-dire profiter de cette vitrine de divertissement pour se présenter sous le meilleur jour possible.

Longtemps un serpent de mer

Ce concours Eurovision d’Asie n’est pas né en un claquement de doigts. Sa version occidentale a souvent intrigué les diffuseurs asiatiques. La chaîne chinoise Mango TV avait ainsi envoyé une délégation à Lisbonne lors de l’édition 2018. Mais, après qu’elle a censuré les tatouages du chanteur albanais et les deux danseurs évoquant un couple gay dans la prestation irlandaise, l’UER a suspendu les accréditations et lui a retiré ses droits de diffusion.

La chaîne australienne SBS avait envisagé en 2016 la création d’une compétition inspirée de l’Eurovision à laquelle pourraient participer les pays d’Asie et du Pacifique. Mais le projet a progressivement été mis de côté avant de redevenir « une priorité », dixit Paul Clarke, ancien chef de délégation de l’Australie, en 2022. Dans un communiqué relayé par le site aussievision.net, SBS a déclaré que l’Australie ne serait pas en lice dans la première édition de l’Eurovision Song Contest Asia mais n’exclut pas d’y prendre part à l’avenir.

Un caillou dans la chaussure de l’Intervision de Poutine

Le succès du concours Eurovision de la chanson peut-il être répliqué en Asie ? Ce n’est pas gagné d’avance, notamment au regard de l’échec de sa déclinaison états-unienne, l’American Song Contest, qui a fait un flop en 2022.

L’Eurovision Song Contest Asia pourrait par ailleurs mettre des bâtons dans les roues de l’Intervision. Cette compétition musicale a été relancée l’an passé sous l’impulsion de Vladimir Poutine comme une réponse à l’Eurovision – d’où la Russie est exclue depuis 2022 – et ce qu’il appelle « ses valeurs décadentes ». Le Vietnam l’avait emporté face à vingt-deux autres pays.

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L’Intervision 2026 devrait se tenir en Arabie saoudite mais, pour l’instant, seuls le pays hôte, la Russie, le Bélarus et le Brésil ont confirmé leur participation. La Thaïlande et le Vietnam, eux, n’ont pas encore répondu à l’invitation. Tout semble indiquer que leurs efforts se concentreront plutôt sur l’Eurovision Asie… Ça, c’est un couac pour le « soft power » du Kremlin.

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