Peine de mort; L’Europe hausse brutalement le ton
Alors que la Knesset s’apprêtait à voter un texte rétablissant la peine de mort pour certains actes terroristes, la pression européenne est brusquement montée d’un cran. Derrière les échanges diplomatiques, le message est clair : pour plusieurs responsables européens, cette réforme ne serait pas un simple durcissement pénal, mais une rupture politique et juridique majeure. Le sujet ne porte donc plus seulement sur la lutte contre le terrorisme, mais sur la place d’Israël dans ses cadres de coopération avec l’Europe.
Le projet examiné à Jérusalem prévoit la peine capitale pour des auteurs d’attentats ayant intentionnellement tué dans le cadre d’un acte terroriste. Le texte a été remanié ces derniers jours : dans sa version la plus récente, un juge pourrait choisir entre la peine de mort et la prison à vie dans certains cas, mais d’autres dispositions restent beaucoup plus dures, notamment pour des terroristes issus de Judée-Samarie, qui seraient exposés à une application quasi automatique, sauf recours spécifiques. L’exécution serait réalisée par pendaison, dans un délai pouvant aller jusqu’à 90 jours après la condamnation. Ce n’est pas un détail technique : c’est précisément ce type de mécanisme qui nourrit les critiques les plus sévères, y compris en Israël, où certains élus dénoncent une loi “immorale”, inefficace sur le plan sécuritaire et dangereuse pour l’équilibre institutionnel.
Ce qui donne à cette séquence une portée internationale, c’est la réaction du Conseil de l’Europe. Son secrétaire général, Alain Berset, a appelé publiquement les autorités israéliennes à abandonner ces projets, estimant qu’ils marqueraient un recul grave par rapport au moratoire de fait observé depuis des décennies. Le Conseil rappelle qu’Israël a aboli la peine de mort pour les crimes ordinaires en 1954 et n’a procédé à aucune exécution depuis 1962. Surtout, les instances européennes ont déjà enclenché une mobilisation formelle : les délégués des ministres ont exprimé leur “profonde préoccupation” le 25 mars, et l’Assemblée parlementaire doit examiner le sujet en avril dans le cadre d’un débat plus large sur l’abolition universelle de la peine capitale.
C’est ici que le débat devient plus rude. Certains responsables israéliens présentent la loi comme une réponse de dissuasion après des années d’attentats meurtriers et d’échanges de prisonniers qui ont, selon eux, vidé les peines de leur sens. Mais les Européens ne voient pas un simple instrument pénal : ils y lisent un basculement de principe. En filigrane apparaît aussi une accusation plus sensible encore, celle d’un système différencié selon les populations concernées. Même sans attendre l’issue complète du processus, l’avertissement européen vise déjà à peser sur le vote et à signaler que les conséquences pourraient dépasser la seule rhétorique diplomatique, en touchant au dialogue politique et à la relation institutionnelle d’Israël avec certaines structures européennes. Cette menace n’est pas encore une sanction actée, mais elle n’a plus rien d’abstrait.
Au fond, la bataille autour de cette loi révèle un affrontement entre deux logiques. D’un côté, une partie de la classe politique israélienne veut afficher une fermeté absolue face au terrorisme. De l’autre, les Européens considèrent que la peine de mort franchit une ligne rouge incompatible avec les standards qu’ils défendent. La suite dépendra moins des déclarations martiales que d’une question simple : jusqu’où Israël est-il prêt à aller, si le prix à payer devient diplomatique et institutionnel ?
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