« Ne pas bâcler de vivre, c’est un bon conseil », estime Catherine Ringer

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Panique ! On ne pourra pas être à l’heure là où on devait la retrouver pour l’entretien. Catherine Ringer accepte alors de faire l’interview par téléphone. On lui présente nos excuses tout en déplorant de devoir se passer de la spontanéité du face-à-face. Elle propose d’activer la vidéo pour que l’on puisse se voir. Soulagement ! Dès la première réponse, la franchise et l’authenticité sont au rendez-vous, elles. L’artiste parle de L’érotisme de vivre, le recueil de poèmes d’Alice Mendelson paru aux éditions Points. Elle a déclamé et chanté sur scène un grand nombre d’entre eux, dans le spectacle du même titre qui mettait en lumière la beauté et la sensualité des mots de la poétesse décédée l’an passé à 100 ans…

En 1995, Alice Mendelson est intervenue dans la classe de votre fille Ginger et lui a dit, « Ton nom, c’est Ringer ? Mais ton grand-père, c’était mon grand ami ! » C’est de cette manière que vous avez fait sa connaissance et que vous êtes devenues amies. Pour vous, c’est un hasard de la vie ou est-ce le destin qui vous signifiait que cette rencontre devait avoir lieu ?

Je ne peux pas juger ce genre de question philosophique. Je ne sais pas.

Quel souvenir gardez-vous de votre première rencontre avec elle ?

Tout de suite, une belle amitié entre nous est née, de par sa joie, sa présence, sa façon d’être. Du fait, aussi, qu’elle ait beaucoup aimé mon père, mais surtout de sa précision, de son élégance avec les mots, du fait qu’elle adorait la poésie. Mais on n’était pas tout le temps en train de se voir non plus, hein.

Vous avez écrit la chanson « Leur amour » sur ses conseils. D’une certaine manière, Alice Mendelson a-t-elle imprégné votre écriture ?

J’étais allée chez elle pour finir les textes de l’album Chroniques et fantaisies qui est sorti en 2017. J’avais une mélodie et je ne savais pas quoi écrire là-dessus, je faisais les paroles en « lalala ». Je lui ai demandé un thème, elle m’a dit : « un homme qui attend une femme », et j’ai écrit cette chanson. Ce n’était peut-être pas ce qu’elle imaginait mais ça m’a donné une ligne directrice. Est-ce que son écriture m’a imprégnée ? Là, ça fait pas mal de fois que je dis ses poésies – depuis trois ans, on a fait presque 60 dates. Peut-être que ça imprègne mais je ne me rends pas vraiment compte.

Qu’est-ce qui vous touche dans ses poèmes ?

La simplicité de la façon dont elle écrit tout en étant complexe, avec des images, belles, qui nous touchent au cœur.

Sa vie a été marquée par des tragédies (la guerre, l’antisémitisme, la mort de son père à Auschwitz…). Mais ce qui ressort de ses mots est lumineux. Elle avait comme une gourmandise de vivre…

Vous le dites tout à fait bien. Elle était capable de voir le mauvais côté des choses pénibles quand ça lui arrivait, mais elle était une femme qui aimait voir le bon côté, apprécier la beauté. Mes parents étaient comme ça aussi.

Elle écrivait que pour bien vieillir, il fallait avoir « le vice de la joie ». Vous l’avez, ce vice ?

Comme beaucoup de monde, j’adore rire. Mais, parfois, je suis bien bien triste. Ça m’arrive souvent d’avoir le cafard.

Qu’est-ce que vous faites pour y remédier ?

Du sport. Enfin, de l’exercice, des choses physiques, qui fait que ça ouvre la cage thoracique. Aussi, aider les autres, ça vous sort de vous-même. On ne pense pas qu’à soi. Sinon, on peut aussi prendre parfois des antidépresseurs (elle rit), ça m’est déjà arrivé.

Elle a aussi écrit : « Ne pas bâcler de vivre ». C’est une maxime que vous pourriez faire vôtre ?

Oui ! C’est un bon conseil, de ne pas bâcler les choses en général. L’amour du travail bien fait, des relations, des échanges avec les autres… C’est pas toujours facile.

Quelle est votre plus grande réussite ?

Je suis incapable de vous le dire.

Parce qu’il y aurait trop de choix, ou parce que…

J’ai trop réussi ! (elle éclate de rire) Je ne réfléchis pas en disant « C’est le plus grand truc que j’ai fait », ce n’est pas du tout ma tournure d’esprit. Pour vous, quelle est ma meilleure réussite, si vous me connaissez un peu ?

Je dirais d’avoir fait cette carrière avec intransigeance et sans vous compromettre tout en trouvant le succès auprès du grand public. Vous êtes encore là aujourd’hui, alors que, parmi les artistes musicaux apparus dans les années 1980, beaucoup n’ont pas perduré.

Merci !

Le spectacle « L’érotisme de vivre » était une lecture musicale. C’est un exercice facile ?

Cela a été merveilleusement agréable avec le pianiste Grégoire Hetzel, qui joue une musique romantique. Les chansons qu’il a tirées des poèmes, avec le metteur en scène Mauro Gioia, sont belles. On pourrait peut-être en sortir une en single.

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Quels sont vos projets ?

Je me laisse un peu vivre, là, en ce moment. Je fais des concerts à droite à gauche. Depuis un an et demi, j’ai arrêté le cycle « album puis tournée ». J’ai fait quelques chansons qu’on pourra sortir une à une, comme ça.

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