Municipales 2026 à Lyon : C’est quoi ce mouvement Spartacus, que Francis Lalanne a rejoint ?

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Malgré son inéligibilité – qu’il compte contester –, le chanteur Francis Lalanne a assuré lundi à 20 Minutes qu’il serait candidat aux municipales de Lyon. Longtemps du côté des écologistes, il a été approché (et convaincu) par le mouvement Spartacus pour cette élection. Mais alors, c’est quoi exactement ? On fait le point.

Un mouvement « transpartisan » avec beaucoup d’anciens encartés d’extrême droite

Spartacus a été créé en 2009 et se présente comme « transpartisan », proposant « une alternative aux partis traditionnels ». Au Progrès, le président fondateur Michel Dulac, ancien conseiller régional d’Auvergne-Rhône-Alpes du Rassemblement national, a assuré, concernant la liste aux municipales et aux métropolitaines de 2026 : « Nous voulons remettre de l’ordre, de la propreté, de la fluidité sur les routes, du dynamisme économique… Tout le monde est le bienvenu dans ce combat : Debout la France, Reconquête, mais aussi ceux qui veulent agir car le mouvement est transpartisan. »

Parmi les autres membres candidats de ce parti, Yves Duigou, qui est un ancien militant RN qui a été mis de côté par la nouvelle direction départementale du parti, selon le quotidien local. Mais aussi, Thierry Dussoud, « militant depuis l’âge de 15 ans dans des idées souverainistes », comme il est présenté sur Spartacus. Il est un ancien adhérent au Front national de la jeunesse (FNJ) en octobre 1978, jusqu’en 1995. En 2017, alors qu’il se présentait aux législatives, il assurait : « Je suis fidèle aux idées de Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front national. »

« C’est la voiture balaie de différentes organisations », résume Paul Bacot, politologue lyonnais. « C’est une sorte de nébuleuse, d’antivax, complotistes divers et variés », ajoute-t-il. Il assure que le mouvement est « très peu connu ». Aux élections régionales, le parti remportait 1,67 % des voix et n’avait plus « fait entendre parler de lui en dix ans ».

En résumé, si Spartacus se présente comme « antisystème », il est ancré à l’extrême droite, vu le parcours de ses représentants, et ses positions qui s’inscrivent clairement dans le champ d’idées de ce courant.

Quels liens entre Spartacus, le gladiateur, et ce mouvement ?

Michel Dulac a assuré, auprès du Progrès toujours, : « Nous allons nous rebeller contre les Écologistes comme Spartacus a pu se rebeller contre le pouvoir romain en place. » Le président fondateur parle aussi souvent de son « combat contre l’oligarchie » et de sa volonté de « libérer les Français », comme Spartacus l’aurait fait pour les esclaves.

Pour le spécialiste de la politique locale Paul Bacot, cette appellation est « un peu étrange » pour ce genre de parti. « Mais ça peut se justifier dans leur tête, enchaîne-t-il. Spartacus, ça renvoie à l’image d’une prétendue guerre de libération des esclaves, qui ne correspond pas à la réalité d’ailleurs. Et c’est effectivement raccord à la perspective complotiste [de ses membres] qui dirait qu’il faut se libérer de tous ces gens qui, dans l’ombre, avec des grandes griffes, nous empêchent de vivre. Je pense que c’est comme ça qu’ils voient la chose, l’idée d’être des esclaves qui se battent pour la libération. »

Mais Spartacus était-il d’extrême droite ?

Spartacus est un gladiateur thrace qui a mené la plus grande révolte d’esclaves contre la République romaine au Ier siècle avant J.-C. Il symbolise la révolte des opprimés contre un pouvoir impérial. Comme le souligne le politologue lyonnais, son nom a historiquement été utilisé par des mouvements révolutionnaires de gauche (communistes, marxistes, anticapitalistes).

Ainsi, en Allemagne, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht ont choisi son nom pour leur Ligue Spartakiste, ou « Spartakusbund », qui a donné son nom en référence à son insurrection historique lors de la Première Guerre mondiale. Quelques années plus tard, en 1942, le Communistenbond Spartacus (Union communiste « Spartacus » ), qui a des positions antifascistes, fait pareil aux Pays-Bas avec cette idée de Spartacus « anticapitaliste et antiautoritaire ». Il naît par ailleurs d’une « scission du « Marx-Lenin-Luxemburg front » », explique Courant communiste international. Il y a aussi l’OKDE-Spartakos (Organisation des internationalistes communistes de Grèce-Spartacus), un groupe grec, fondé en 1985.

Notre dossier municipales 2026

Depuis le XXe siècle, l’image de Spartacus est donc rattachée à l’émancipation collective, de la lutte des classes et de la révolution sociale. Mais comme l’indique France Culture, ce gladiateur esclave n’a pas « nécessairement défini ou promu un projet politique cohérent dans l’Antiquité ». Ce qui permet donc des réappropriations très différentes, voire contradictoires dans le cas lyonnais, pour évoquer « la rupture avec le système » ou « l’antiélitisme ».

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