Moselle : « Un carnage annoncé »… L’abattage de nuit des sangliers inquiète défenseurs de l’environnement et chasseurs

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C’est un arrêté préfectoral autorisant la chasse des sangliers la nuit en Moselle, même avec un fusil à lunette thermique, qui a mis le feu aux poudres et qui est dénoncé par l’association de défense des animaux One Voice. Un arrêté valable jusqu’au 14 avril, soit au-delà de la période de chasse qui s’est terminée ce 1er février en Moselle.

« C’est une autorisation de chasse administrative déguisée », regrette Manon Delattre, responsable juridique de l’association. Mais ce que dénonce surtout One Voice, c’est l’autorisation donnée aux chasseurs d’utiliser ce qu’elle qualifie « des armes de guerre », comme des « fusils à lunette à visée thermique, qui peuvent porter jusqu’à 4 km ! », s’indigne la juriste. « C’est une véritable mise à mort ! »

L’arrêté en question autorise en effet le « tir de destruction de nuit » « avec l’usage d’une source lumineuse, d’un adaptateur de visée à intensification de lumière, d’une lunette de visée à intensification de lumière ou d’un appareil de visée thermique ».

Des « animaux qui n’ont aucun répit »

Objectif affiché de la préfecture : réduire le surnombre des sangliers, les dégâts agricoles, les risques sanitaires, de sécurité publique… Dès cet arrêté qui date de mi-décembre, One Voice a contesté en urgence cette décision auprès du tribunal administratif de Strasbourg pour le suspendre et déposé concomitamment un recours pour demander aussi son illégalité. Pour l’heure, l’association a été déboutée sur sa demande de suspension en urgence mais espère que l’illégalité de l’arrêté, si elle était reconnue, puisse dissuader les autorités à prendre un arrêté similaire en Moselle, voire dans d’autres départements.

Reste que pour One Voice, cette autorisation ressemble à « un carnage annoncé », avec la possibilité d’abattre facilement des centaines de sangliers, voire beaucoup plus, chaque nuit en toute légalité, assure Manon Delattre. Mais aussi un enfer assuré pour les animaux, la nature. « Cette période est normalement une période de repos pour les sangliers, de reproduction aussi. Mais là, ils n’ont aucun répit, c’est une tension permanente. »

Une chasse de nuit avec visée nocturne qui interpelle également de nombreux chasseurs mosellans. « Cela a été fait à la demande pressante des syndicats, de certains représentants d’agriculteurs de la FDSEA », souligne Pierre Lang, président de la Fédération de chasse de la Moselle. « Je peux comprendre qu’ils veulent tirer le sanglier de nuit, au moment du mûrissement des récoltes, et que les sangliers font beaucoup de dégâts. Par contre, nous avons des réserves sur cet arrêté, pour lequel nous ne sommes pas allés contre au tribunal, mais pour qui nous avons exprimé un avis réservé », poursuit-il.

Des réserves sur l’utilisation de la visée thermique

Sa crainte, « c’est qu’un certain nombre de chasseurs dont l’éthique serait un peu douteuse pourraient se servir de cet équipement pour aller tirer la nuit autre chose que des sangliers, notamment des cerfs, des chevreuils, des biches. Et ça, nous ne le voulons absolument pas », martèle le chasseur. Autre sujet d’inquiétude, l’efficacité réelle des lunettes thermiques pour identifier le bon gibier. « Il y a des règles à respecter avant de tirer, notamment pour bien identifier l’animal, s’il s’agit d’une femelle avec ses petits, on ne tire pas. C’est moins précis avec la lunette thermique de nuit qu’avec une lunette optique ou des jumelles le jour, on voit surtout une forme qui ne permet pas de faire certains diagnostics, et ce n’est pas vraiment l’esprit de la chasse, il y a une certaine éthique. »

Pour l’association One Voice, la solution « des éventuels problèmes » n’est pas « la mise à mort, des tirs ». « On sait très bien, annonce Manon Delattre, que c’est l’effet inverse : il y a un effet rebond, c’est scientifiquement prouvé. Plus on va tuer des sangliers, plus le nombre de naissance va augmenter. […] Il faut donc trouver des solutions alternatives à la mise à mort, comme limiter la nourriture disponible, protéger les cultures, l’arrêt de l’agrainage, pour qu’ils ne se reproduisent plus. C’est là-dessus qu’il faut se pencher. »

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Des réserves qui se traduisent finalement sur le terrain. Seulement « trois sangliers depuis la mi-décembre ont été tués de nuit, selon les premiers chiffres datant de la semaine dernière, tempère Pierre Lang, mais cela peut changer, on verra ça au 14 avril prochain ».

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