Du noir au blanc. Après un passé lié au charbon, un futur plein d’hydrogène ? C’est ce qu’espère Christian Hauser, le maire (sans étiquette) de Pontpierre, un petit village de 800 habitants étendu sur moins de 9 km2 en Moselle. Dans son sous-sol, se trouve « le plus grand gisement d’hydrogène décarboné du monde », selon les estimations de La Française de l’énergie (FDE). De l’hydrogène naturel appelé aussi hydrogène blanc ou natif, et qu’un dernier forage à plus de 3.600 mètres de profondeur a permis de mettre à jour.
Un record technique tout comme un record quantitatif, car il semblerait que ce soit le plus grand au monde, avec une estimation de plus de 34.000 tonnes d’hydrogène naturel. Une source d’énergie qui n’a pas besoin d’être transformée et qui peut servir, si l’on veut schématiser, à faire rouler les voitures et les camions, de stocker de l’énergie ou bien encore de fabriquer des engrais. Depuis la confirmation le 24 mars 2026 de cette ressource décarbonée en masse, Pontpierre a acquis une petite notoriété. « On a eu les télés et tout le monde qui est venu voir, s’amuse Christian Hauser, le premier magistrat de la commune depuis vingt-sept ans. Avant, personne ne savait où était Pontpierre, c’est un village rural. Maintenant, je ne peux pas dire qu’on est presque connu dans le monde entier, mais ça fait plaisir ! »
Des retombées espérées sur toute la région
C’est sous une ancienne mine de charbon située à un kilomètre à peine du village que des molécules d’hydrogène avaient été découvertes il y a un an. Une découverte faite alors qu’un forage de la FDE cherchait du gaz de couche. Depuis, tout s’est emballé. Autorisée fin janvier 2026, une unité de forage de plus de 40 mètres de haut a permis de confirmer, avec l’appui scientifique du laboratoire GeoRessources (CNRS – Université de Lorraine), ce que pressentait l’entreprise énergétique : l’hydrogène naturel est bien présent dans les eaux souterraines du bassin lorrain, en masse même, et marque ainsi un tournant majeur pour l’évaluation de cette ressource stratégique.
« S’il y a des retombées, c’est l’ensemble de la communauté de communes du district urbain de Faulquemont [Duf] dont nous faisons partie, qui va en bénéficier, avance le maire. C’est le Duf, avec 33 communes et des zones industrielles qui comptent entre 3.000 et 5.000 employés, qui gère ça », souligne le maire de Pontpierre. Pas d’éventuelles inquiétudes non plus des habitants, qui trouveraient cela « formidable ».
« La plateforme existe depuis au moins dix ans, c’est très suivi. On avait plus un problème routier, une inquiétude d’accès à la plateforme, avec gros engins comme la machine qui fait le forage qui pèse dans les 400 tonnes qui circulent », explique Christian Hauser. « Mais c’est de l’hydrogène natif, une ressource d’avenir pour une transition énergétique locale, au service des industries, des équipements publics et de ses habitants », se réjouit-il. Et ils devraient être nombreux à en profiter, la zone de recherche s’étend sur 2.254 kilomètres carrés.
La prudence est de mise
En attendant, Christian Hauser, reste prudent. « On a une exploitation qui est encore en phase d’expérimentation. Il va falloir encore deux ans sur l’ensemble du bassin avec les travaux préparatoires et une première certification en 2027 pour une mise en service pas avant 2028 », croit savoir l’édile.
« On pense bien que ça va amener une création d’emplois pour les 23.000 habitants du Duf. Et puis il va y avoir de nouveau projets qui vont se mettre en route, nous avons encore 15 à 20 hectares de libre pour mettre des entreprises. Et même pour le village et les alentours, rien que pendant le forage pendant trois mois, il y a eu plein de monde. On a eu cinquante personnes par jour sur place, ça a fait tout bouger, les commerces de proximité, les gîtes, les hôtels des communes avoisinantes, c’est une aubaine. »
« Je ne vais pas dire que demain matin on aura 5.000 emplois de plus sur la zone, c’est encore un puits d’expérimentation, faut pas s’emballer », tempère Christian Hauser qui espère déjà : « Ça rapportera de la taxe foncière du bâti. » Le maire lorrain – qui compte déjà de nombreux équipements comme un hôtel, un golf sur 68 hectares avec 18 trous et un de 9 trous – entend bien multiplier les services aux habitants. Mais n’oublie pas pour cela l’histoire du bassin minier. « C’est vrai qu’on a été un des premiers villages à fermer la mine de charbon qui était à 3 km en 1973 et nous avions perdu 3.000 emplois. Même si tout de suite on a récréé une zone industrielle et que des entreprises se sont installées. Alors avec l’hydrogène, ça serait en quelque sorte un juste retour que nous offre la Terre. »
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