Macron l’homme dont la parole coûte 1 milliard

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Communication de l’État : Sébastien Lecornu taille dans le milliard

TRONÇONNEUSE. Dans un projet de circulaire que le JDD révèle, le Premier ministre acte que la communication de l’État a englouti 1 milliard d’euros en 2024. Sébastien Lecornu impose 300 millions d’économies dès 2026 et orchestre une reprise en main sans précédent du pilotage de la communication publique.

Monsieur « pognon de dingue »

C’est un chiffre que personne, jusqu’ici, n’avait osé assumer. Dans un projet de circulaire que nous révélons, Matignon reconnaît que la communication de l’État a coûté 1 milliard d’euros en 2024. Soit plus du double des estimations officielles qui l’évaluaient à 450 millions. Il faut dire que le périmètre réel – ministères, opérateurs, agences, communication numérique, productions audiovisuelles, prestations externalisées, études et sondages – n’avait jamais été consolidé. Depuis des années, la Cour des comptes dénonce cette incapacité chronique de l’État à mesurer ses propres dépenses de communication. Sébastien Lecornu, qui présentera la circulaire dans les prochains jours, choisit d’assumer ce diagnostic brut. Et ce n’est qu’un début : le texte prévoit qu’au premier trimestre 2026, la mission « État Efficace » et le Service d’information du gouvernement (SIG) remettront un projet complet de réforme structurelle de la communication gouvernementale et étatique.

La seconde bombe, c’est le montant des économies exigées : 300 millions d’euros dès 2026, soit près d’un tiers de l’ensemble des dépenses de communication de l’État. La circulaire est sans ambiguïté : – 20 % pour les ministères, – 40 % pour les opérateurs, dont les subventions seront ajustées en conséquence. Les campagnes institutionnelles, la production numérique, les partenariats, l’événementiel seront les premiers sacrifiés ; seuls les champs régaliens – santé, sécurité, prévention, recrutement – devraient être préservés. Lecornu assume pleinement cette logique de rigueur conformément à ses premières décisions à Matignon, lorsqu’il avait gelé toutes les nouvelles dépenses de communication jusqu’à la fin de l’année. Avec cette circulaire, il entend montrer que l’État commence par s’appliquer à lui-même les efforts qu’il demandera bientôt aux autres.

La réforme ne se limite pas à un coup de rabot : elle promet une recentralisation en règle de la communication publique. La circulaire prévoit une « réallocation des ressources au sein d’une unité centralisée » chargée de piloter l’ensemble du dispositif. Le SIG, jusqu’ici simple coordonnateur, redevient le véritable chef d’orchestre. Chaque ministère devra désormais présenter un plan annuel de communication conforme au cadre fixé par Matignon et validé par le porte-parole du gouvernement. Le texte acte aussi la création d’un pôle événementiel unique, destiné à absorber les missions aujourd’hui dispersées entre une myriade de prestataires privés. Le cap est clair : uniformiser, contrôler, rationaliser. « L’idée, c’est de faire moins, mais de le faire mieux », résume un interlocuteur au fait des discussions.

La coupe sombre fait déjà grincer des dents. En première ligne, les opérateurs publics sont sommés de réduire leurs dépenses de communication de 40 %. Tous devront couper – et parfois dans le dur. Les agences de communication et d’événementiel seront elles aussi touchées : la circulaire impose une chute drastique du recours aux prestataires externes, longtemps bras armé de la com’publique et parfois de l’élaboration même des politiques. En 2021, les dépenses de conseil de l’État dépassaient 1 milliard d’euros. Sous pression parlementaire, ces montants ont reculé en 2022 et 2023… avant de repartir à la hausse en 2024. Pour beaucoup, le choc annoncé va assécher des rentes à l’œuvre depuis vingt ans, au cœur des ministères comme des opérateurs. « C’est une vraie révolution copernicienne », reconnaît un conseiller directement touché.

Cette réforme cumule trois dimensions rarement associées : des économies massives, une réorganisation en profondeur et une transparence totale des dépenses
Mesure la plus structurante du texte : la transparence totale. À partir de 2026, toutes les administrations centrales et déconcentrées devront rendre public le détail complet de leurs dépenses de communication : montants engagés, nature des actions, noms des prestataires. L’ensemble sera consolidé dans une annexe spécifique au projet de loi de finances, publiée chaque année. Une première. Depuis vingt ans, toutes les tentatives de centralisation ont échoué, coincées entre la fragmentation des budgets, la résistance des ministères et l’absence d’outils de suivi fiables. En imposant un reporting obligatoire, Matignon veut briser cette opacité structurelle. « On saura enfin qui dépense quoi, où et pourquoi », se félicite un haut fonctionnaire. L’État, qui communiquait trop, communique désormais sur sa propre communication.

Cette réforme cumule trois dimensions rarement associées : des économies massives, une réorganisation en profondeur et une transparence totale des dépenses. En annonçant 300 millions d’euros de coupes et en recentralisant l’appareil de communication, Sébastien Lecornu rompt avec dix ans de laisser-faire. « C’est une réforme profonde, ça va secouer », confie un haut fonctionnaire. Une réforme-étendard, qui dit beaucoup de sa méthode : verticale, assumée, sans fioritures. Elle lui permet aussi de reprendre la main sur un chantier stratégique : la façon dont l’État parle, se montre et se met en scène.

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