Lettre d’une Grenobloise à Emmanuel Macron, le 16 mars 2026
Monsieur le Président,
La guerre illégale déclenchée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, au beau milieu d’un processus de négociations diplomatiques à Oman, n’est pas notre guerre. Elle n’est dans l’intérêt d’aucun peuple. Nous refusons que la France se tienne aux côtés des va-t-en-guerre Trump, Netanyahou et leurs suiveurs.

Quand la France soutient l’agresseur
Depuis le début de ce conflit, votre parole est incompréhensible, et par là même la voix de la France dans le monde. L’Iran est attaqué, purement et simplement, en pleine violation du droit international. Vous dites « nous ne pouvons pas approuver ». Mais plutôt que de condamner les agresseurs et d’envisager des sanctions à leur encontre, vous déclarez aussitôt que « la responsabilité première de cette situation » incombe à l’Iran, estimant que la République islamique « a développé un programme nucléaire dangereux et des capacités balistiques inédites, qui a armé et financé des groupes terroristes dans les pays voisins ».
Finalement, vous donnez raison à l’agresseur, qui réitère après une première attaque contre l’Iran en juin 2025 à la veille de négociations. Voilà qui ressemble furieusement à une non-envie d’aboutir par la voie diplomatique. C’est d’ailleurs bien Donald Trump qui a rompu l’accord de 2015 sur le programme nucléaire iranien conclu entre l’Iran, les États-Unis, la France, la Russie, la Grande-Bretagne, la Chine, l’Allemagne et l’Union européenne, et qui a rétabli le régime de sanctions contre l’Iran qui affecte collectivement toute la population. Et ce, alors que l’Iran en avait respecté les termes (1).
Quant au terrorisme qu’on prétend combattre, les bombes « libératrices » des démocraties occidentales sur les populations civiles en sont le meilleur ferment. La désignation même des « terroristes » par l’Occident est une arme politique pour justifier la destruction d’un adversaire en dehors de tout cadre légal.
Vous déployez une armada dans la zone du conflit en envoyant huit frégates, deux porte-hélicoptères et le porte avion Charles-de-Gaulle, évoquant aussi la « mobilisation de forces aériennes et terrestres » dans la région, tout en parlant contre toute évidence d’une mission « purement défensive ». Dans le même temps, vous permettez à des avions militaires États-Uniens d’utiliser la base française d’Istres dans les Bouches-du-Rhône, facilitant ainsi les opérations de l’agresseur et envoyant à l’Iran le message clair que la France a choisi le camp de l’attaquant, malgré les risques connus de représailles qu’elle encourt.
Vous dites que « le Hezbollah a commis la faute majeure de frapper Israël et de mettre les Libanais en danger », passant sous silence les innombrables violations (2) par Israël de l’accord de cessez-le-feu depuis novembre 2024 ayant provoqué la mort de centaines de personnes. Ce faisant, vous vous rangez aux côtés du premier ministre israélien Netanyahu visé par un mandat de la Cour pénale internationale depuis le 21 novembre 2024 (3) pour son action à Gaza, « suspecté d’être responsable des crimes de guerre consistant à affamer délibérément des civils comme méthode de guerre et à diriger intentionnellement une attaque contre la population civile ; et des crimes contre l’humanité de meurtres, de persécutions et d’autres actes inhumains ». Vous lui avez même permis de survoler notre espace aérien en dépit du mandat d’arrêt le visant. (4)
Israël, menace nucléaire
Pourquoi ne pas rappeler qu’Israël est le seul pays de la région qui possède l’arme nucléaire (5), acquise grâce à la France, et qu’il a toujours, contrairement à l’Iran, refusé de signer le Traité de non-prolifération nucléaire (6) ? Et comment ne pas s’inquiéter qu’Israël se réserve le droit, à travers sa doctrine dite de l’« Option Samson », d’utiliser cette arme contre un pays non doté plutôt que de subir une défaite conventionnelle ?
Israël attaque l’ensemble des pays voisins et assassine leurs dirigeants tout en invoquant sa légitime défense. Cette posture n’est plus tenable, à l’heure où la destruction de Gaza et le génocide de ses habitants se poursuit, là encore en violation flagrante du cessez-le-feu du 10 octobre 2025 entre Israël et le Hamas et malgré les promesses maintes fois répétées que « tout s’arrêterait » une fois les derniers otages israéliens rentrés ; à l’heure où les exactions contre les habitants de Cisjordanie sont exponentielles et où la torture des Palestiniens est banalisée dans les prisons israéliennes ; à l’heure où des écoles, des hôpitaux et des universités sont désormais aussi bombardés en Iran et au Liban, et où les populations civiles, prises pour cible, fuient en masse dans l’espoir d’échapper aux bombes.
La condition de la paix : mettre fin à l’occupation de la Palestine
Vous ne pouvez pas ignorer que la fin de l’occupation de la Palestine a totalement disparu du discours des dirigeants israéliens qui assument désormais au grand jour leur volonté de créer le « Grand Israël » (7) du Nil à l’Euphrate, avec l’assentiment des États-Unis, comme l’a récemment confirmé l’ambassadeur à Jérusalem, Mike Huckabee dans une interview (8). L’application du droit international en faveur des Palestiniens est LE préalable à tout règlement des conflits dans la région. Pourtant, ce point fondamental a presque disparu lui aussi des discours politiques et médiatiques.
Monsieur Macron, le droit international n’existe pas s’il est à géométrie variable, c’est le fondement de son principe. L’honneur de l’Europe est aujourd’hui porté par l’Espagne qui par la voix de son premier ministre Pedro Sanchez a catégoriquement refusé l’accès à ses bases militaires aux avions des États-Unis, essuyant seule les menaces de Donald Trump à son encontre. L’Espagne, qui a mis fin aux fonctions de son ambassadrice en Israël, dit fermement « Non » à cette guerre illégale. Nous attendons de vous le même courage, au nom de la France, pour refuser d’être entraînés dans cette guerre qui menace l’humanité toute entière.
Leïla Shahshahani, Grenoble, le 16 mars 2026
Les liens ci-dessous sont donnés à titre informatif mais ne constituent pas une source unique de référence.
(1) https://news.un.org/fr/story/2018/05/1013402
(2) https://www.lorientlejour.com/article/1486124/infographies-plus-de-12-000-violations-israeliennes-au-liban-en-un-an-de-cessez-le-feu.html
(3) https://www.icc-cpi.int/fr/defendant/netanyahu
(4) https://jurdi.fr/ressources/lettre-du-president-de-jurdi-au-president-de-la-republique-emmanuel-macron-7-avril-2025/
(5) https://www.radiofrance.fr/franceculture/comment-israel-a-secretement-acquis-la-bombe-nucleaire-4796724
(6) https://www.france24.com/fr/20100529-israel-tnp-traite-non-proliferation-armes-nucleaire-accord-resolution-refus-aiea-netanyahou
(7) https://www.timesofisrael.com/liveblog_entry/netanyahu-says-hes-on-a-historic-and-spiritual-mission-endorses-vision-of-greater-israel/
(8) https://www.youtube.com/watch?v=NJKPdvu2lNk
Source Overblog : https://degrenobleagaza.over-blog.com/2026/03/m.le-president-la-france-ne-doit-pas-entrer-en-guerre-contre-l-iran.html
CAPJPO-EuroPalestine
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