L’Iran « s’engage directement avec des réseaux criminels à l’étranger pour mener des attaques contre des cibles juives et rendre les Juifs en Europe dangereux », selon le rapport de juillet sur l’Iran de la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (USCIRF).
Le rapport évalue les violations persistantes de la liberté de religion ou de conviction par la République islamique d’Iran, tant sur le plan national qu’international. Il accorde une attention particulière aux récentes attaques du gouvernement contre les minorités religieuses, notamment les bahaïs, les juifs, les chrétiens, les sunnites et d’autres groupes minoritaires non musulmans, à la suite de l’ escalade militaire de juin 2025 .

Tuer des rabbins, attaquer des synagogues

Selon le rapport, l’Iran continue de promouvoir et d’inciter à l’antisémitisme à l’étranger, à la fois via des réseaux criminels, en ligne et via les réseaux sociaux.
Le rapport donne comme exemple la tentative d’assassinat d’un rabbin en Azerbaïdjan en janvier 2025 par un trafiquant de drogue géorgien que l’Iran avait engagé. Si les forces de sécurité ont déjoué le complot, on a rapporté ultérieurement que des membres de la Force Al-Qods iranienne avaient versé 200 000 dollars à l’homme pour perpétrer l’attentat et recruté un Azerbaïdjanais local afin de surveiller ses déplacements. Puis, en juillet, les autorités danoises ont arrêté un homme recruté par les services de renseignement iraniens pour recueillir des informations en vue d’éventuelles attaques contre des cibles juives telles que des synagogues et des dirigeants juifs en Allemagne
Selon l’USCIRF, les autorités iraniennes ont activement recruté des gangs dans toute l’Europe « pour mener des attaques contre des ambassades israéliennes et des sites juifs, notamment des lieux de culte, des centres commémoratifs, des restaurants et des centres communautaires ».
Des manifestants pro-palestiniens se sont allongés sur une plage près de La Haye pour manifester contre Israël, en marge d'un sommet de l'OTAN, le 24 juin 2025. (crédit : THILO SCHMUELGEN/REUTERS)
Des manifestants pro-palestiniens se sont allongés sur une plage près de La Haye pour manifester contre Israël, en marge d’un sommet de l’OTAN, le 24 juin 2025. (crédit : THILO SCHMUELGEN/REUTERS)

Les gangs basés en Suède aux premières loges 

Le rapport souligne spécifiquement que la Suède est le pays privilégié de l’Iran pour le recrutement de gangs.
Le rapport note également que les attaques de l’Iran contre des sites et des individus juifs se sont intensifiées depuis l’escalade militaire régionale de juin 2025.
L’espace numérique est également devenu un lieu privilégié pour la propagation de l’antisémitisme iranien, a ajouté l’USCIRF. L’USCIRF affirme que la chaîne de télévision de la République islamique d’Iran utilise les médias hispanophones pour promouvoir des mythes et des idées antisémites, « notamment la domination juive sur Hollywood et le révisionnisme de la Shoah ». Par l’intermédiaire de PressTV, la chaîne d’IRIB, et de son homologue hispanophone, HispanTV, « les autorités iraniennes alimentent également le complot du « Plan Andinia » ».

Un deuxième Israël en Pantagonie ?

Le mythe du Plan Andinia repose sur la croyance selon laquelle les Juifs accumulent le pouvoir, l’argent et l’influence et complotent un « plan secret » pour établir un deuxième État sioniste dans la région de Patagonie en Argentine et au Chili.
Bien que leurs concepteurs aient abandonné les premiers projets du mouvement sioniste visant à créer un État en Argentine depuis longtemps, certains groupes complotistes d’extrême droite continuent de croire que les sionistes souhaitent le concrétiser. Certains partisans de cette théorie estiment que les nombreux Israéliens qui se rendent en Amérique du Sud après leur départ de l’armée cherchent en réalité à repérer l’espace nécessaire au nouvel État.

L’antisémitisme en Iran

En Iran même, on observe également une montée du discours antisémite, note l’USCIRF. Elle cite un clip de propagande publié par une agence de presse iranienne en juillet, dont les paroles « menacent explicitement les Juifs ».

« Cette rhétorique incendiaire a fait que les Juifs d’Iran se sentent de plus en plus en insécurité et menacés », ajoute le rapport.
Une telle rhétorique a eu un impact sur la population juive du pays, forte de 8 500 personnes, indique le rapport, notant que « la situation actuelle des Juifs iraniens reste précaire ».

Les Juifs Iraniens ont une cible dans le dos

Alors que « le gouvernement iranien reconnaît officiellement le judaïsme », il « diabolise publiquement les Juifs en les qualifiant d’ennemis de l’Islam, nie et déforme l’histoire de la Shoah, surveille les lieux de culte juifs, établit des bureaux de vote réservés aux Juifs pour intimider les membres de la communauté, contraint les représentants de la communauté à exprimer leur soutien au gouvernement et tient les Juifs collectivement responsables des actions militaires israéliennes. »
L’USCIRF écrit également qu’en promouvant des idées antisémites et en tolérant les attaques contre les lieux saints juifs en Iran, « les autorités ont nourri un environnement hostile dans lequel les Juifs iraniens se sentent de plus en plus menacés ».
Ces idées antisémites ont gagné en prévalence et en usage lors de l’escalade régionale de juin 2025, les dirigeants gouvernementaux, les médias d’État et les religieux utilisant à plusieurs reprises des tropes pour promouvoir une « rhétorique incendiaire et intolérante à l’égard des Juifs », comme l’idée que les Juifs sont des sous-humains, poursuit le rapport.
À titre d’exemple, en janvier, les autorités iraniennes ont organisé le troisième concours annuel de dessins animés, de caricatures et d’affiches sur la Shoah, qui promeut la déformation et le déni de la Shoah.
En mars 2025, à l’occasion de la Journée internationale de Qods, l’ayatollah Ahmad Alam Al-Hoda, imam de la prière du vendredi pour la ville de Mashhad, a affirmé que la Shoah était un « mensonge » inventé par le Royaume-Uni.

Les chrétiens d’Iran 

Un autre point frappant du rapport est l’analyse du traitement réservé par l’Iran à sa minorité chrétienne, souvent accusée d’être « sioniste » et punie pour cela. Les chrétiens représentent moins de 1 % de la population iranienne.

« Le régime cible [les chrétiens] en raison de leur activité religieuse et de la promotion du soi-disant « christianisme sioniste » dans le but de lier largement les chrétiens à Israël », déclare l’USCIRF.
À titre d’exemple, les autorités de la prison d’Evin ont refusé, en avril 2025, tout traitement médical à Laleh Saati, une Iranienne convertie au christianisme. Celle-ci avait été condamnée en 2024 pour « atteinte à la sécurité nationale par ses liens avec des organisations chrétiennes sionistes ». Le régime l’a condamnée ainsi que d’autres convertis au christianisme, en vertu de l’article 500 du Code pénal, pour « propagande de croyances chrétiennes sionistes déviantes opposées au système de la République islamique d’Iran ».
« Le gouvernement iranien demeure un violateur flagrant de la liberté de religion ou de conviction », conclut le rapport avec une sombre conclusion. « Les politiques et actions systématiques, continues et flagrantes de l’Iran confirment sa désignation comme pays particulièrement préoccupant par le Département d’État américain. »