
Le Venezuela représentait bien plus qu’un simple partenaire pour Téhéran : c’était le centre névralgique de ses activités sur le continent sud-américain. Caracas servait de plaque tournante pour le transit d’armes et de technologies iraniennes, tandis que des conseillers militaires de la République islamique apportaient leur soutien au régime de Maduro. Pour Téhéran, le Venezuela constituait un tremplin stratégique pour étendre son influence dans la région et, théoriquement, menacer les États-Unis depuis leur propre zone d’influence.
Téhéran dénonce une « agression militaire »
Le ministère iranien des Affaires étrangères n’a pas tardé à réagir, publiant un communiqué virulent dans lequel il qualifie l’opération américaine d’ »agression militaire » et de « violation flagrante de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale » du Venezuela. « L’attaque militaire américaine constitue une violation manifeste des principes fondamentaux de la Charte des Nations Unies, et en particulier de l’interdiction de recourir à la menace ou à l’emploi de la force », dénonce le texte, qui appelle l’ONU et le Conseil de sécurité à « mettre immédiatement fin à cette agression illégale » et à traduire en justice les « planificateurs et auteurs de ces crimes ».
Les intérêts iraniens au Venezuela sont à la fois économiques, sécuritaires et politiques. Le pays servait de partenaire pour l’achat et la vente de pétrole, permettant à Téhéran de contourner les sanctions internationales. Une usine de fabrication de drones y avait même été établie. L’Iran y avait également stationné des conseillers militaires et facilité l’implantation du Hezbollah, utilisant cette présence comme un levier de menace potentielle contre les États-Unis depuis l’hémisphère occidental.
Au-delà de ces aspects stratégiques, le Venezuela servait de soutien logistique aux activités terroristes iraniennes sur le continent. L’année dernière, des organisations iraniennes et du Hezbollah au Pérou, au Brésil et au Mexique ont été impliquées dans des tentatives d’attentats contre des Israéliens, notamment une agression contre l’ambassadeur d’Israël à Brasilia et une tentative d’assassinat visant son homologue au Mexique.
L’Iran avait mis en place une véritable infrastructure de « soft power » sur le continent : la chaîne HispanTV diffusant de la propagande, une influence sur la nomination des imams, des institutions universitaires comme l’université Al-Mustafa, et des centres religieux gérés par les ambassades, qui servaient en réalité de plaques tournantes pour l’espionnage et le terrorisme. Téhéran exploitait également les importantes communautés chiites au Brésil, en Argentine et en Colombie.
Une série de revers diplomatiques
La capture de Maduro s’inscrit dans une série de défaites iraniennes en Amérique latine au cours de l’année écoulée. L’élection de José Antonio Caste à la présidence du Chili en décembre a marqué un tournant majeur, s’ajoutant à l’élection de Rodrigo Paz en Bolivie, la réélection de Daniel Novoa en Équateur, et le renforcement du pouvoir de Javier Millay en Argentine. Ce dernier a fait de la lutte contre l’influence iranienne un objectif central de sa politique étrangère et œuvre activement pour traduire en justice les responsables de l’attentat contre le centre communautaire juif de Buenos Aires en 1994.
Le socle idéologique qui permettait à l’Iran de rallier certains pays d’Amérique latine reposait sur une hostilité commune envers l’Occident. Or, ces nouveaux dirigeants incarnent l’antithèse de cette vision, privilégiant le rapprochement avec les États-Unis et Israël.
Des élections doivent se tenir en Colombie et au Brésil l’année prochaine, et d’éventuels changements politiques dans ces pays pourraient porter un nouveau coup à la position iranienne sur le continent. En Colombie, le président Gustavo Petro, figure de la gauche radicale qui a rompu les relations diplomatiques avec Israël et appelé à la création d’une « armée pour la libération de la Palestine », ne pourra pas se représenter.
La source de cet article se trouve sur ce site

