L’Iran et ses villes de missiles
En Iran, les fameuses « villes de missiles » ne suscitent pas seulement la fierté martiale que le régime espérait afficher. Elles sont devenues, pour une partie de l’opinion, le symbole d’un pouvoir accusé d’avoir investi dans la guerre pendant que le pays s’enfonçait dans la crise. Sur les réseaux sociaux iraniens, de nombreux messages expriment une colère brute : ces immenses infrastructures souterraines, présentées comme des instruments de dissuasion, sont désormais associées à la pauvreté, au chômage, aux pénuries et à l’épuisement d’une société déjà sous forte pression économique. Cette contestation intervient dans un climat lourd, marqué à la fois par les séquelles des sanctions, par une guerre qui a encore fragilisé le pays, et par des restrictions d’internet qui compliquent l’accès à l’information tout en nourrissant la défiance. (Reuters)
Le décalage est d’autant plus violent que ces installations militaires sont aujourd’hui au centre d’un débat très concret sur leur efficacité et leur coût. Ces derniers jours, une enquête relayée dans la presse internationale a affirmé qu’une large partie des accès à plusieurs bases de missiles iraniennes avait été touchée, notamment autour des entrées de tunnels, des bâtiments de surface et des points logistiques. Dans le débat iranien, cette séquence a eu un effet dévastateur : des internautes ont repris l’idée que des ressources colossales avaient été englouties dans des infrastructures censées protéger le pays, mais qui exposeraient au contraire la population à un risque accru. Le sujet n’est donc plus seulement militaire. Il devient social, presque intime, parce qu’il ramène à une question simple et brutale : qu’a-t-on sacrifié pour bâtir ces arsenaux ?
Une partie des critiques va plus loin encore. Elle accuse le régime d’avoir privilégié, pendant des années, une logique de puissance régionale au détriment des besoins élémentaires du pays. Dans ces messages, les villes de missiles sont opposées aux écoles, aux hôpitaux, à l’environnement, à l’entretien des infrastructures civiles ou encore au quotidien des catégories les plus précaires. Certains dénoncent aussi l’implantation d’installations sensibles à proximité de zones habitées, y voyant la preuve que la sécurité des civils pèse moins lourd que les impératifs militaires. Cette charge n’est pas nouvelle, mais elle prend une intensité particulière dans un pays où la colère contre la vie chère et contre l’effondrement du niveau de vie s’exprime déjà depuis des mois. Le ressentiment qui s’affiche aujourd’hui ne vise plus seulement la stratégie régionale de Téhéran ; il touche au contrat même entre l’État et la population.
Ce débat en ligne révèle surtout une fracture de plus en plus visible entre le récit officiel et l’expérience vécue. D’un côté, le pouvoir met en avant la résistance, la dissuasion et la capacité de nuisance. De l’autre, une partie de la société voit dans ces tunnels, ces lanceurs et ces bases enterrées non pas un bouclier, mais l’image d’un pays dont les priorités auraient été durablement déformées. Rien ne dit que cette colère virtuelle se transformera en contestation durable, d’autant que le contrôle sécuritaire et numérique reste très fort. Mais une chose apparaît déjà nettement : ce qui devait incarner la puissance du régime est en train, pour beaucoup d’Iraniens, de résumer son échec.
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