L’Iran affirme avoir trouvé un « accord » avec les États-Unis
L’Iran assure que les discussions nucléaires indirectes menées à Genève ont débouché sur un « accord » — une formulation qui, à Washington, est plutôt présentée comme un pas en avant sans garanties de résultat. Après ce deuxième cycle de négociations, un responsable américain a reconnu des progrès, tout en insistant sur l’ampleur des divergences restantes. L’objectif immédiat, côté américain, serait de combler les écarts par des propositions plus détaillées que Téhéran promet de revenir présenter sous deux semaines.
Dans la version iranienne, le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi parle d’une entente sur des « principes directeurs » et d’un processus désormais « engagé ». Il souligne cependant que cette étape ne signifie pas qu’un accord final est proche : les points sensibles — calendrier, contrôle, périmètre exact des engagements, séquence de levée des sanctions — restent à écrire. La médiation d’Oman se poursuit, et la mécanique diplomatique ressemble à une construction par paliers : d’abord des principes, ensuite des documents, enfin une date pour un troisième rendez-vous.
Le cœur du bras de fer demeure l’enrichissement d’uranium. Téhéran refuse l’idée d’un « enrichissement zéro » et martèle que son programme est civil. Des responsables iraniens avancent néanmoins des gestes techniques possibles, comme la dilution d’une partie de l’uranium enrichi à 60%, niveau très élevé qui alimente les inquiétudes occidentales. En échange, l’Iran exige d’abord des signaux crédibles sur l’assouplissement des sanctions, condition jugée essentielle pour vendre tout compromis à l’opinion et à l’appareil politique.
Au-dessus de la table, plane la menace d’une escalade militaire. Les États-Unis ont renforcé leur posture régionale, et des responsables américains évoquent des préparatifs pour des opérations potentiellement longues si une option de force était décidée. Donald Trump, tout en disant suivre les discussions « indirectement », a laissé entendre que l’échec de la diplomatie pourrait entraîner des conséquences lourdes. Dans le même temps, les mémoires restent marquées par l’épisode de 2025, quand une confrontation ouverte avait vu des frappes contre des installations iraniennes, refermant brutalement une précédente fenêtre de dialogue.
À Téhéran, le guide suprême Ali Khamenei durcit le ton. Dans une série de messages, il présente l’industrie nucléaire comme un droit national et rejette les injonctions américaines, tout en liant la question de la dissuasion à la survie stratégique du pays. Cette rhétorique vise autant l’extérieur que l’intérieur : elle rappelle que, même si les diplomates négocient, les lignes rouges idéologiques ne disparaissent pas.
La tension s’est aussi déplacée sur mer. La veille de la reprise des pourparlers, les Gardiens de la révolution ont conduit un exercice naval dans le détroit d’Ormuz, passage vital pour le commerce énergétique mondial. Dans les rues, la nervosité se lit jusque dans les images : à la sortie de la représentation omanaise, des manifestants ont lancé des tomates sur le convoi iranien, signe que toute concession peut être dénoncée comme une capitulation.
En somme, Genève a produit une avancée de méthode plus qu’un accord verrouillé. Les deux camps testent la possibilité d’un compromis minimal : limitation et contrôle du programme contre allègement gradué des sanctions. Mais tant que l’enrichissement, les inspections et la séquence des concessions resteront contestés, la diplomatie avancera sous la même ombre : celle d’une crise qui peut, à tout moment, basculer.
Au fil des décennies, la République islamique a démontré une réelle maîtrise de l’art de la négociation. Les diplomates iraniens savent manier le tempo, multiplier les cycles de discussions, accepter des principes généraux tout en repoussant les engagements concrets à des étapes ultérieures. Cette stratégie, déjà observée lors des précédentes séquences de pourparlers, consiste souvent à prolonger le dialogue, à fragmenter les sujets techniques et à maintenir l’ambiguïté sur les concessions finales.
Depuis les premières négociations des années 2000 jusqu’à l’accord de 2015 puis aux tentatives de relance successives, les discussions avec Téhéran ont rarement débouché sur une stabilisation durable. Chaque avancée a été suivie de tensions, de désaccords d’interprétation ou de ruptures. Pour certains observateurs, cette constance interroge : s’agit-il d’une volonté réelle de parvenir à un compromis équilibré, ou d’une méthode visant avant tout à gagner du temps, à desserrer ponctuellement la pression internationale et à préserver les leviers stratégiques du régime ?
La question demeure ouverte. Les négociations actuelles peuvent-elles produire un résultat différent des cycles précédents, ou constituent-elles un nouvel épisode dans une longue série de discussions qui permettent à l’Iran de dialoguer sans s’engager irrévocablement ? Washington devra déterminer si les signaux envoyés traduisent une inflexion réelle ou relèvent d’une tactique diplomatique éprouvée.
Jérémie de Jforum.fr
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