L’Iran a survécu — mais que vaut réellement cette survie ?

Analyses et Opinions

Ni victoire absolue, ni défaite stratégique : un accomplissement important sur un long chemin

Amit Segal | N12

La leçon tirée par Israël du 7 octobre est que la question des intentions n’a aucune importance, seule compte celle des capacités. Pendant des années, Tsahal a ignoré le monstre terroriste qui grandissait à ses frontières, préférant se demander si l’ennemi avait l’intention d’attaquer ou s’il y avait intérêt. De la même manière, bien qu’il soit tentant d’analyser les sentiments à Téhéran, cela n’a aucune importance. La seule question est de savoir si l’Iran a désormais la capacité de poser une menace réelle à Israël. La réponse, après 40 jours de guerre, est : moins qu’il y a 40 jours.

À l’épreuve des faits, l’Iran avait promis de ne pas signer de cessez-le-feu temporaire — il l’a signé. Que le détroit d’Ormuz ne rouvrirait pas — il va rouvrir. Téhéran avait juré d’inclure l’arrêt de la guerre au Liban — pourtant, le Hezbollah a dénombré aujourd’hui des dizaines de morts. Cela ressemble à un accord d’armistice entre les États-Unis et l’Iran qui permettrait aux Ayatollahs de continuer à attaquer Israël. Voilà ce qu’il reste de l’axe iranien qui, autrefois, terrorisait le Moyen-Orient.

L’image de « victoire » iranienne, encouragée par de larges pans des médias internationaux, prétend ceci : l’Iran a survécu à 10 rounds face au champion du monde poids lourds. La question est : que vaut cette survie ?

Un chèque en blanc

Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait profité du match nul avec Israël lors de la seconde guerre du Liban en 2006 pour obtenir un chèque en blanc de ses patrons iraniens et bâtir un axe de résistance redoutable. Que fera l’Iran maintenant avec ce sentiment, réel ou feint, de survie ?

Après l’opération « Comme un lion » (Am KeLavi), chaque rial disponible en Iran a été investi dans la reconstruction du système de missiles balistiques, perçu comme la seule réponse à Israël. Le résultat fut une reconstruction relativement rapide, mais au prix d’une colère populaire immense, réprimée seulement par des massacres.

Désormais, il y a beaucoup à reconstruire et beaucoup moins de rials : faut-il acheter une nouvelle marine ? Une armée de l’air ? Investir dans les missiles ? Reconstruire le Hezbollah qui gémit sous un déficit abyssal ? Ou investir sur le front intérieur pour calmer une population dont la situation ne fait qu’empirer ? L’état de l’ex-empire iranien est critique, et aucun signe d’amélioration n’est à l’horizon.

La leçon n’est pas oubliée

Les pays du Golfe attaqués par l’Iran n’ont pas oublié la leçon. Ils ne sont pas comme Israël, habitué aux « rounds » tous les un ou deux ans. Des générations d’Émiriens, de Qataris et de Saoudiens porteront le traumatisme de la fuite vers les abris alors que le tourisme, la stabilité et l’énergie partaient en fumée.

Israël profitera grandement de cette coalition anti-iranienne qui a été forcée de sortir de sa neutralité et qui ne compte pas y retourner de sitôt. Il faut espérer que Trump et Netanyahou lient les pays du Golfe dans une alliance plus stable et publique, pour le bien des générations futures.

L’enjeu politique

La fin (temporaire ?) de la guerre marque aussi l’ouverture de la campagne électorale pour la Knesset. Netanyahou, qui espérait surfer sur la chute du régime iranien pour se maintenir au pouvoir en Israël, fait face à une tâche plus complexe que prévu.

Il existe au sein de la population une certaine amertume face au fossé entre l’espoir de voir le régime tomber et ce résultat de « mi-temps ». Le défi majeur se situe surtout à la frontière nord, où le sentiment public est difficile, et à juste titre, après les promesses d’une défaite du Hezbollah. Les chefs de l’opposition l’ont bien compris, rivalisant de superlatifs pour décrire cet « échec historique honteux », espérant que les électeurs y seront plus sensibles qu’aux promesses de « victoire absolue » de Netanyahou.

Pour le Premier ministre, la chute de l’Iran dans les mois à venir est une mission d’une importance capitale, y compris pour sa survie politique. Tout le monde espère que le régime iranien tombera rapidement ; Netanyahou, lui, serait ravi qu’il tombe, si possible, avant le 27 octobre prochain.

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