L’influence de la dynastie Pahlavi perdure en Iran

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L’influence de la dynastie Pahlavi perdure en Iran

Un siècle après l’ascension fulgurante de Reza Khan, le nom Pahlavi s’invite de nouveau au premier plan de l’actualité iranienne. Détrônée par la révolution islamique de 1979, la dynastie continue pourtant de servir de référence, parfois de repoussoir, souvent de symbole pour une partie des opposants au régime. Ces dernières semaines, des slogans favorables au prince héritier Reza Pahlavi ont été entendus dans des rassemblements en Iran comme dans la diaspora, signe que le débat sur l’avenir politique du pays dépasse largement les frontières.

Pour comprendre ce retour, il faut remonter à l’acte fondateur : le coup d’État de février 1921. À l’époque, Reza Khan, officier issu de la brigade cosaque perse, s’impose dans un contexte d’instabilité, de corruption et d’affaiblissement de la dynastie qajare. En quelques années, il devient l’homme fort du pays, puis abolit officiellement la monarchie qajare en 1925, inaugurant la dynastie Pahlavi. Son projet est clair : bâtir un État centralisé, moderniser l’armée et réduire l’emprise des pouvoirs religieux sur l’administration et la société.

La sécularisation, cependant, s’accompagne de mesures controversées. La création de tribunaux d’État, la reprise en main de l’éducation et de l’enregistrement civil, ou encore l’interdiction du hijab et du tchador en 1936, visent à imposer une modernité « par le haut ». Pour ses partisans, ce fut un tournant vers un État-nation plus cohérent ; pour ses détracteurs, une politique autoritaire et brutale, souvent vécue comme une humiliation culturelle.

En 1941, la Seconde Guerre mondiale emporte Reza Shah. Soupçonné par les Alliés de pencher vers l’Allemagne, il est contraint d’abdiquer après l’invasion anglo-soviétique de l’Iran, et son fils Mohammad Reza Pahlavi lui succède à 21 ans. Dans l’après-guerre, le jeune shah consolide progressivement son pouvoir, surtout après 1953, lorsque le renversement du Premier ministre Mohammad Mossadegh ouvre une nouvelle phase de monarchie plus sécuritaire. La création de la SAVAK en 1957, accusée de surveillance et de répression, alimente une hostilité durable, même si le régime mène aussi des réformes économiques et sociales, notamment la « Révolution blanche » à partir de 1963.

La relation des Pahlavi avec les minorités, dont la communauté juive iranienne, reste un autre élément de mémoire : sous la monarchie, l’intégration civique et l’accès à l’éducation et aux professions se sont élargis, contribuant à une ascension sociale notable, en particulier dans les années 1970. Mais l’autoritarisme du pouvoir, l’écart entre modernisation et libertés politiques, et le conflit avec une partie du clergé chiite ouvrent la voie à la révolution de 1979, portée par Ruhollah Khomeini.

Depuis l’exil, Reza Pahlavi s’est repositionné comme figure d’opposition, plaidant pour un État laïque, des élections libres et un référendum sur la forme du régime. Sa stratégie consiste à rassembler au-delà des clivages — sans présenter l’islam comme un adversaire, mais en contestation de l’État religieux. Dans le contexte de la contestation actuelle, ce positionnement lui vaut un regain de visibilité : certains y voient un point d’appui, d’autres une option parmi d’autres dans une opposition encore fragmentée. Une chose est sûre : la dynastie déchue continue d’habiter la crise iranienne, comme un miroir où se projettent à la fois le rejet de la théocratie et les leçons d’un passé monarchique contesté.

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