LFI, la Jeune Garde ou le crépuscule sanglant de la gauche

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Jeune Garde, LFI pris à son propre piège.

Comparaison n’est pas raison. Mettre sur le même plan l’acte isolé d’un individu, mû par ses propres convictions dit « d’extrême droite » , et l’action coordonnée d’un groupe agissant au nom d’un parti et d’une idéologie « d’extrême gauche » relève de la malhonnêteté intellectuelle. D’un côté, un acte individuel ; de l’autre, une organisation structurée, inscrite dans un cadre politique, utilisant des fonctions et des emplois rémunérés par l’État — députés nationaux, européens, collaborateurs. Ce n’est pas la même chose.

Entre les deux, il y a un monde. Confondre ces réalités, c’est brouiller volontairement les responsabilités. C’est pourtant la stratégie adoptée par une partie de la gauche pour tenter de minimiser l’assassinat du jeune Quentin.

Le scandale devient institutionnel lorsque des médias publics reprennent cette lecture biaisée, sélectionnent les faits, en occultent d’autres et participent à une entreprise de désinformation. À force de protéger un camp en faillite morale, politique et sociale, ils fragilisent la confiance même qu’ils sont censés incarner.

La gauche crépusculaire, en quête d’un second souffle, semble désormais s’appuyer sur les fractures plutôt que de les apaiser. Elle ne trouve plus d’élan que dans les marges et chez ceux qui cultivent une forme de rejet de leur propre héritage national, au prix d’un révisionnisme historique de plus en plus assumé. Ne trouvant plus d’ancrage au cœur du peuple français, elle se tourne désormais vers des segments de la population qui refusent l’intégration, quémandant des soutiens de circonstance, parfois même contre l’intérêt commun. Dans cette fuite en avant, elle sacrifie le récit national, le dénature et l’adapte à une grille de lecture ouvertement antinationale.

Après la mort de Quentin Deranque, l’organisation antifasciste promue par LFI se retrouve au cœur d’une enquête pour homicide.

Qui a battu à mort Quentin Deranque, le 12 février, à Lyon ? Sans attendre les conclusions de l’enquête, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a cité l’organisation de gauche radicale la Jeune Garde, soulignant son lien « très fort » avec La France insoumise.

Une vidéo amateur authentifiée par TF1 montre six individus masqués se déchaînant sur une silhouette prostrée au sol, rue Victor-Lagrange, à Lyon. Déterminer qui a porté les coups fatals dans ce qui s’apparente à un meurtre collectif prendra du temps, à supposer que cela soit possible, mais Laurent Nuñez n’a pas parlé à la légère. Il est déjà établi que des militants de la Jeune Garde (dissoute en juin 2025) étaient dans le périmètre du drame.

Rima Hassan, Raphaël Arnault et la Jeune Garde sur Instagram : « Toujours en place face aux racistes ». Le député et leader du groupe la Jeune Garde, Raphaël Arnault, lors de la manifestation pour la fête internationale des travailleurs, à Lyon, le 1er mai 2025. © (Nicolas Liponne/MAXPPP – Instagram)

Ils étaient venus en découdre avec des identitaires, en marge d’une conférence de l’eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po Lyon. Quentin Deranque était présent lors d’une mobilisation de Némésis, un collectif féministe nationaliste venu protester contre la présence de Rima Hassan, illustration, selon celui-ci, de l’islamo-gauchisme dans l’université.

Affrontement prévisible
Son issue fatale ne pouvait pas être anticipée, mais l’affrontement en lui-même était prévisible. Lyon est le berceau de la Jeune Garde et la ville natale de son porte-parole, Raphaël Arnault, 31 ans. Devenu député Insoumis de la 1re circonscription du Vaucluse en 2024, ce dernier n’a jamais pris ses distances avec cette association de fait, explicitement orientée vers le combat physique contre l’extrême droite.

Les militantes de Némésis assurent avoir repéré l’un de ses collaborateurs parlementaires, Jacques-Elie Favrot, parmi les membres de la Jeune Garde présents devant Sciences Po Lyon (celui-ci a été mis en retrait d’office par la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet).

Au printemps 2025, le ministère de l’Intérieur décide de dissoudre l’organisation. Daté du 12 juin, le décret de dissolution énumère une longue liste d’agressions « revendiquées et assumées » par la Jeune Garde sur les réseaux sociaux.

Indéfectible soutien de LFI
« Nous le disons fièrement : la Jeune Garde est essentielle », parce qu’elle lutte « contre des groupes fascistes », dit un communiqué de LFI appelant à suspendre la dissolution. Il est daté du 11 février 2026. Quentin Deranque a été lynché le lendemain. L’enquête porte sur un « homicide volontaire et violences aggravées ».

Jean-Luc Mélenchon lors d’un rassemblement en soutien à Urgence Palestine et à la Jeune Garde, organisations menacées de dissolution par le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, à Paris, le 6 mai 2025. © 

Raphaël Arnault (Archenault de son vrai nom) n’était pas sur place, mais son nom revient en boucle. Le jeune homme a été coopté par les Insoumis en raison, et non en dépit, de son goût affiché pour les bagarres de rue. Ils en ont fait un député fiché S en connaissance de cause, l’envoyant en 2024 dans la seule circonscription gagnable par la gauche dans le Vaucluse.

Diplômé de Lyon 2, Raphaël Arnault crée la Jeune Garde en 2018, à une époque où il vivote. Pion dans un lycée, il déclare 7 974 euros de revenus annuels en 2019, selon sa déclaration de patrimoine. Il se passionne pour le foot et milite au Nouveau Parti anticapitaliste, en dessous des radars.

Raphaël Arnault, venu du NPA
« Je n’ai aucun souvenir de lui », raconte Andréa Kotarac. Actuel président du groupe RN de la région Auvergne-Rhône-Alpes, celui-ci était, jusqu’en 2018, au Front de gauche. Il connaissait bien le mouvement antifa lyonnais, une nébuleuse de groupes autant en rivalité entre eux qu’avec les identitaires.

Le jeune Arnault commence à prendre la lumière vers 2021. Il s’est lié d’amitié avec un autre Lyonnais, Usul, chroniqueur de jeux vidéo en ligne reconverti dans le commentaire politique, chez Mediapart puis Blast. Il commence à être cité dans la presse de gauche.

Coup d’accélérateur décisif en octobre 2021, il est invité par Cyril Hanouna sur le plateau de Touche pas à mon poste, face à une porte-parole de la revue de droite L’Incorrect. « Je n’ai jamais eu autant de bons retours », commente-t-il le lendemain sur une chaîne de télévision locale. Sa conclusion : pour toucher le public, il faut chercher un compromis entre « la pureté militante et ce qui se passe sur le terrain ».

Fiché S, condamné pour violence, élu député
Par la suite, la presse lui ouvre ses colonnes, et il est invité par des collectifs de gauche, comme expert de terrain de la lutte « antifa ». Il tente d’exploiter sa notoriété naissante aux législatives de juin 2022 dans la 2e circonscription de Lyon, sous les couleurs du NPA. 6,8 % au premier tour, score honorable.

Raphaël Arnault, militant « antifasciste », cofondateur de la Jeune Garde, député LFI à l’Assemblée nationale et le soutien goguenard des dirigeants du parti, le 18 février 2025. © 

Il est déjà connu de la justice. Le 18 février 2022, la 13e chambre correctionnelle du tribunal de Lyon l’a condamné à quatre mois de prison avec sursis pour une agression en groupe sur un « fasciste » isolé (condamnation définitive, Raphaël Arnaud s’étant désisté de son appel).

Du point de vue Insoumis, c’est une simple preuve d’engagement. Ils ont remarqué ses qualités d’organisateur et son pragmatisme. Antifa mais pas folle, la Jeune Garde essaime là où l’extrême droite est la plus faible, dans les grandes métropoles universitaires tenues par la gauche : Strasbourg, Paris, Lille, Montpellier, Marseille. À l’université de Lyon-2, son fief, « l’extrême gauche règne en maître et impose sa terreur aux étudiants », avance Fabrice Balanche, maître de conférences, spécialiste du Proche-Orient. Selon lui, prétendant lutter contre la droite nationaliste, elle la nourrit. « Il y a une réaction qui pousse des étudiants exaspérés vers les nationalistes identitaires de La Cocarde. Quentin Deranque était un étudiant de Lyon-2. »

Sorti de l’anonymat par LFI

Pour faire un candidat, il faut lui donner de la visibilité. À l’initiative des Insoumis, Raphaël Arnault est invité en commission à l’Assemblée nationale pour parler des violences d’extrême droite, le 3 avril 2023. En octobre 2023, il est convié à l’Institut La Boétie, cercle de réflexion du parti, pour un colloque intitulé « Extrême droite : le dessous des cartes. Comment la vaincre ? ». En lui cognant dessus ?

« C’est la méthode Jeune Garde », dénonce un militant du syndicat étudiant de droite, l’Union nationale interuniversitaire (UNI). « En mai 2024, ils sont tombés sur notre délégué national Yvenn Le Coz, qui sortait d’un restaurant, dans une rue de Saint-Etienne, et ils l’ont défoncé, ainsi qu’un militant nommé Samuel Sakpa. Ils étaient au sol et se prenaient des coups de chaussures dans la tête. Nous avons porté plainte, nous avons avancé le nom de Jacques-Elie Favrot, inscrit à l’université à Saint-Étienne, connu pour son agressivité. Nous n’avons jamais eu de nouvelles. »

Fondée en 1969, l’UNI navigue aujourd’hui entre LR et Reconquête, en toute légalité. Pour la Jeune Garde, c’est déjà trop. Elle a élargi la notion de fascisme jusqu’à la vider de son sens. « Ils disent utiliser la violence seulement en cas d’autodéfense contre le fascisme, mais le fascisme commence aux centristes et passer devant eux dans la rue est déjà une agression », accuse Andréa Kotarac.

Rhétorique guerrière
Némésis a mis en ligne un enregistrement daté du 16 octobre 2023, où Raphaël Arnault promet à Alice Cordier, 29 ans, porte-parole du collectif, « une balle dans la tête ». La conversation intervient lors d’un hommage public à l’enseignant Dominique Bernard, assassiné à Arras par un Tchétchène radicalisé.

Raphaël Arnault explique à une interlocutrice non identifiée que Némésis n’a pas sa place à cet hommage, où la Jeune Garde incarne la vraie lutte contre l’islamisme. « On a des camarades partis en Syrie combattre Daech, lance-t-il, on a perdu des camarades, il y a une dette de sang envers nous ».

Des camarades tombés face à Daech ? Dans sa communication, la Jeune Garde monte en épingle le moindre incident. Difficile de l’imaginer passant sous silence des héros morts au combat. L’allusion à la Syrie repose néanmoins sur un fond de vérité. Parmi les fondateurs de la Jeune Garde, figure Safak Sagdic. Fils d’un militant kurde d’extrême gauche (impliqué dans des actions violentes à Paris dans les années 1980), il serait réellement parti se battre en Syrie, du côté des forces kurdes du Rojava. Un peu plus âgé que Raphaël Arnault, Safak Sagdic n’apparaît plus dans les actions de la Jeune Garde depuis quelques années. Il s’occupe de son entreprise.

LFI prépare une contre-attaque
Personne ne pourra prétendre que La France insoumise avait anticipé la mort de Quentin Deranque. Mais à quoi s’attendait-elle ? « Demain à Lyon, j’appelle tous les camarades Insoumis à aller se grouper derrière la bannière de la Jeune Garde », lançait Jean-Luc Mélenchon en meeting à Auxerre le 30 avril 2025, saluant « ces jeunes gens qui se mettent en rang pour protéger nos cortèges. Bravo, jeunes gens, continuez, jeunes gens ! ».

L’heure est désormais à la prise de distance. Après le décès de Quentin Deranque, Rima Hassan et Manuel Bompard ont affirmé à l’unisson que la Jeune Garde n’avait aucun rapport avec le service d’ordre de LFI. « Ils sont déjà en train de mettre en place une nouvelle version des faits pour dénoncer l’extrême droite qui aurait provoqué la Jeune Garde, prévient Fabrice Balanche. La contre-offensive est lancée, avec des éléments complotistes. » L’enquête dira ce qu’il en est.

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