À Jérusalem, les émigrés juifs originaires d’Iran, entre nostalgie et rêves de retour au pays
Depuis Israël, la communauté juive originaire d’Iran observe les récents bouleversements dans son pays natal. Émigrés de longue date, ses membres se prennent à rêver d’un retour dans leur patrie lorsque la guerre prendra fin.
Par GEO avec AFP
« Après 26 ans en Israël, je suis en apparence plus israélienne qu’iranienne, mais si je suis sortie d’Iran, ce pays est toujours en moi », affirme Sahar Saidian, l’animatrice du programme en persan de la radio publique israélienne.
Cette femme de 45 ans ne peut retenir ses larmes quand elle évoque son pays natal, qui lui manque « au quotidien », et assure qu’elle ne saurait pas quelle équipe soutenir si un match de football devait opposer l’Iran et Israël.
« On est comme des enfants dont les parents ont divorcé », dit-elle : « tu aimes autant ton père que ta mère ».
Née à Chiraz, patrie de Hafez, le plus grand des poètes persans, dans le sud de l’Iran, Mme Saidian a émigré en Israël en 1998 à l’âge de 18 ans, suivie quelques années plus tard par ses parents.
Avant la guerre déclenchée le 28 février par l’attaque israélo-américaine sur l’Iran, elle animait une émission hebdomadaire d’une heure sur la radio Reka de la chaîne publique KAN, programme coincé entre l’émission en espagnol et celle en russe.
Depuis le 1er mars, elle vient quotidiennement faire son émission dans les studios de KAN à Jérusalem.
« Salutations à tous ceux qui cherchent la voie de la liberté, ainsi qu’aux fidèles auditeurs de Radio KAN Farsi. Ici Sahar, et aujourd’hui nous sommes avec vous pour une émission spéciale riche en contenu », lance-t-elle avant de présenter ses invités, des Iraniens en exil, chercheurs ou artistes comme le chanteur Shahin Najafi, exilé en Allemagne, qui s’est produit en 2017 en Israël.
« Ma valise est prête dans ma tête »
Ce mercredi, elle interrompt M. Najafi quand le journaliste Menaché Amir, 86 ans, légende vivante pour les juifs iraniens, vient la saluer dans le studio en plein direct.
Jeune retraité, M. Amir, qui a créé le programme en persan à la radio israélienne en 1960, lui dit son émotion et son espoir d’un soulèvement en Iran qui sauverait, selon lui, non seulement « la nation iranienne » mais aussi « le monde ».
« Quand j’étais enfant, je me souviens que papa sortait sa radio à 17 heures et nous demandait à tous de nous taire parce qu’il voulait écouter M. Amir », lui dit l’animatrice, qui arbore au rebord de sa veste deux épinglettes, l’une d’un drapeau israélien, l’autre du drapeau iranien d’avant la Révolution islamique de 1979.
« Ma valise est prête dans ma tête », dit-elle, expliquant qu’elle attend de pouvoir retrouver ce qui lui manque : « l’ambiance, les rues, les voisins, les amies, tout ».
On estime à plus de 300 000 le nombre de « Parsim » (juifs originaires d’Iran) vivant aujourd’hui en Israël, en grande majorité des immigrants arrivés après 1979 et leurs descendants.
Transmettre un héritage
Comme M. Amir, Aaron Yaakobi, qui tient le seul restaurant iranien de Jérusalem, est d’une implantation plus ancienne.
Arrivé à l’âge de dix ans en Israël, M. Yaakobi, 76 ans, offre à ses clients des plats typiques de la cuisine iranienne comme le « gondi » (boulettes de poulet avec des pois chiches), le « ghormeh sabzi » (ragoût de viande aux herbes) ou encore le « baghali polo » (riz avec des fèves et de l’aneth).
Dans le petit établissement qu’il dirige depuis plus de 20 ans, M. Yaakobi a affiché une photo de sa famille, sa mère encore enfant posant avec ses parents et oncles à Téhéran, dont il est originaire. À côté, sur le mur, un grand portrait du dernier chah, Mohammad Reza Pahlavi, contraint à l’exil en 1979.
« Cette photo vient dire que nous soutenons ce régime [celui du chah, N.D.L.R.] et pas celui qui aujourd’hui tue et pend des gens, sans oublier que c’est très dur d’être juif en Iran car [le pouvoir] leur fait plein de problèmes », dit-il, affirmant avoir été toujours en contact avec des juifs restés sur place.
Regrettant de ne pas avoir appris le persan à ses enfants, il espère leur avoir transmis l’envie de connaître sa culture d’origine, avec sa poésie et sa cuisine.
Tout en surveillant la cuisson de ses plats, il chantonne en persan la musique qu’il diffuse dans son restaurant.
Après plus de 65 ans en Israël, il dit que, depuis le 28 février, son rêve est d’« acheter un billet pour Téhéran », pour montrer à ses enfants et petits-enfants le pays où il est né.
JForum.fr avec GEO
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