Les Européens doutent du plan américain pour Gaza
Le centre de coordination mis en place par les États-Unis pour gérer le cessez-le-feu et l’aide humanitaire à Gaza traverse une zone de fortes turbulences diplomatiques. Selon plusieurs diplomates occidentaux, de plus en plus d’États européens considèrent aujourd’hui cette structure comme inefficace, au point d’envisager une réduction, voire un retrait discret de leur présence.
Créé en octobre dans le sud d’Israël, le Centre de coordination civilo-militaire (CMCC) constituait l’un des piliers de la première phase du plan de paix du président Donald Trump pour Gaza. Sa mission officielle était ambitieuse : surveiller le cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, faciliter l’entrée de l’aide humanitaire et préparer les bases de la gouvernance et de la reconstruction d’après-guerre.
Dans les faits, les résultats sont jugés décevants par de nombreux partenaires européens. Des pays comme Allemagne, France, Royaume-Uni, mais aussi l’Égypte et les Émirats arabes unis avaient envoyé au CMCC des planificateurs militaires, des diplomates et des responsables du renseignement. Leur objectif était clair : peser sur les décisions concernant l’avenir de Gaza. Or, selon plusieurs diplomates, certains représentants européens n’ont pas remis les pieds au centre depuis les fêtes de fin d’année, signe d’un découragement croissant.
Le principal reproche porte sur l’aide humanitaire. Malgré l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, aucune augmentation significative des flux humanitaires n’a été constatée sur le terrain, alors même que la situation humanitaire reste critique, avec une population largement déplacée et touchée par la malnutrition. De nombreux camions entrant à Gaza transporteraient surtout des marchandises commerciales, tandis que l’aide humanitaire resterait étroitement contrôlée par Israël.
Israël justifie cette politique par des impératifs de sécurité. Le COGAT, l’organisme chargé de coordonner la politique civile à Gaza, affirme que les convois humanitaires sont prioritaires et que les restrictions concernent essentiellement les biens dits « à double usage », susceptibles d’être détournés à des fins militaires. Des solutions alternatives, comme l’utilisation de matériaux en bois pour les tentes, seraient à l’étude, sans toutefois modifier substantiellement la situation actuelle.
Au-delà de l’aide, le CMCC a produit plusieurs documents de réflexion sur la reconstruction et la gouvernance future de Gaza. Mais, selon les diplomates, rien ne garantit que ces « livres blancs » seront un jour appliqués. L’annonce récente de la deuxième phase du plan Trump, axée sur la démilitarisation et la reconstruction, n’a pas dissipé les doutes. Elle n’évoque ni calendrier précis, ni force multinationale de stabilisation, ni retrait militaire israélien supplémentaire, laissant plus de la moitié du territoire sous contrôle israélien.
Malgré ce malaise, un départ officiel des Européens reste peu probable. Beaucoup redoutent une réaction négative de Washington, mais aussi le risque de laisser Israël seul maître du jeu sur les décisions d’après-guerre. En l’absence de toute représentation palestinienne au sein du CMCC, la présence européenne est perçue comme l’un des rares leviers pour tenter d’influencer, même marginalement, l’orientation future de Gaza.
Jérémie de Jforum.fr
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