Les Émirats se détournent des campus britanniques

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Les Émirats se détournent des campus britanniques

Les Émirats arabes unis ont récemment revu à la baisse les bourses d’études accordées à leurs ressortissants souhaitant poursuivre un cursus universitaire au Royaume-Uni. Officiellement, cette décision repose sur une crainte croissante des autorités émiraties : celle de voir des étudiants exposés à des réseaux ou idéologies liés aux Frères musulmans, perçus à Abou Dhabi comme une menace politique majeure.

Depuis plusieurs décennies, les Émirats ont construit un modèle singulier dans le monde arabe. Régime autoritaire mais économiquement libéral, favorable aux investissements internationaux et aux échanges commerciaux, le pays s’est imposé comme un pôle financier et logistique régional. Cette ouverture économique s’accompagne toutefois d’une ligne de fermeté absolue envers l’islam politique, considéré comme incompatible avec la stabilité interne et le projet de développement de l’État.

Selon des informations relayées par la presse britannique, une liste d’universités étrangères éligibles aux bourses publiques émiraties a été mise à jour en juin dernier. Plusieurs établissements britanniques prestigieux en auraient été exclus. Les autorités britanniques, surprises par cette décision, ont rapidement demandé des explications à leurs homologues du Golfe. La réponse aurait été sans ambiguïté : cette exclusion était intentionnelle et motivée par des préoccupations sécuritaires et idéologiques.

Les responsables émiratis redoutent en particulier l’influence de cercles militants présents sur certains campus occidentaux, où les Frères musulmans et des mouvements proches seraient actifs dans la sphère associative ou politique étudiante. Dans cette optique, Abou Dhabi estime que la protection de sa jeunesse passe par une sélection plus stricte des destinations universitaires. Les autorités britanniques, de leur côté, ont rappelé l’importance de la liberté académique et du pluralisme, sans pour autant parvenir à infléchir la position émiratie.

Cette politique ne signifie pas une rupture totale avec le monde universitaire anglo-saxon. Des exceptions subsistent, notamment pour des étudiants déjà engagés dans un cursus ou pour des profils militaires et techniques jugés sensibles. Par ailleurs, les familles émiraties les plus aisées continuent d’envoyer leurs enfants étudier au Royaume-Uni en finançant elles-mêmes leurs études, ce qui limite l’impact réel de la mesure sur les élites économiques.

À l’inverse, d’autres destinations demeurent privilégiées. Les universités américaines, australiennes et israéliennes restent largement accessibles aux étudiants émiratis. Ce choix s’inscrit dans une logique diplomatique plus large, notamment depuis la signature des Accords d’Abraham, qui ont renforcé les liens politiques, économiques et académiques entre les Émirats et Israël.

Le débat dépasse toutefois la seule question universitaire. Les relations entre Londres et Abou Dhabi traversent une phase de tensions latentes. Plusieurs dossiers sensibles ont récemment alimenté les crispations, qu’il s’agisse de controverses autour du rachat potentiel du Daily Telegraph, d’enquêtes concernant le club de football Manchester City, ou encore d’accusations portant sur l’implication indirecte des Émirats dans des conflits régionaux complexes.

Sur le plan international, certains responsables occidentaux reconnaissent que les inquiétudes émiraties trouvent un écho plus large. Le vice-président américain JD Vance a ainsi souligné publiquement que plusieurs alliés musulmans des États-Unis considèrent l’endoctrinement islamiste en Occident comme un danger réel. Cette perception renforce la pression exercée par Abou Dhabi pour que les Frères musulmans soient davantage marginalisés sur la scène internationale.

En toile de fond, la décision des Émirats révèle une divergence de fond entre deux visions : celle d’un État qui privilégie la stabilité politique et le contrôle idéologique, et celle de sociétés occidentales attachées à la liberté d’expression et à l’autonomie universitaire. Pour Abou Dhabi, la réduction des bourses au Royaume-Uni s’inscrit dans une stratégie globale de prévention, visant à préserver son modèle interne face à ce qu’il considère comme une menace existentielle.

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