Base israélienne dans le golfe d’Aden ? La coopération sécuritaire entre Israël et le Somaliland révélée
Si une base militaire était effectivement établie au Somaliland, elle pourrait servir les intérêts israéliens, notamment dans la lutte contre les Houthis et l’Iran. Le Somaliland possède un long littoral et se situe sur le golfe d’Aden, non loin du Yémen.

Israël et le Somaliland discutent d’une coopération sécuritaire qui inclut l’établissement d’une base militaire au Somaliland, a déclaré Daka Kassim, chef du département politique du ministère des Affaires étrangères du Somaliland, à N12. Cette information intervient après que le ministère des Affaires étrangères du Somaliland a officiellement démenti toute coopération de ce type la semaine dernière.
« Je ne peux pas dire avec certitude s’il y aura une base militaire ou non, mais je peux affirmer que cela dépendra de l’accord conclu lors des discussions entre les ministres des Affaires étrangères après la réouverture des ambassades », a déclaré Kassim lors d’un entretien avec N12. Interrogée sur la possibilité d’une base militaire au Somaliland et sur les discussions en cours entre les parties, Kassim l’a explicitement confirmé. Elle a ajouté que la coopération en matière de sécurité entre les deux pays inclura la lutte contre le terrorisme et le renforcement de la stabilité maritime.
Si une base militaire était effectivement établie au Somaliland, elle servirait grandement les intérêts israéliens, notamment dans la lutte contre les Houthis et l’Iran. Le Somaliland possède un long littoral et se situe sur le golfe d’Aden, non loin du Yémen. Une telle base permettrait la surveillance des activités militaires au Yémen et la mise en place d’une infrastructure pour des opérations militaires directes visant à contrer ou attaquer les Houthis.
Dans une interview accordée à N12, Kassim a démenti les allégations selon lesquelles l’accord entre les deux pays inclurait l’immigration palestinienne au Somaliland et l’ouverture d’une base militaire. Ses propos contredisent également la déclaration officielle du ministère des Affaires étrangères du Somaliland, diffusée la semaine dernière sur la chaîne X, selon laquelle : « Le gouvernement du Somaliland rejette catégoriquement les allégations mensongères du président somalien concernant une reprise de l’immigration palestinienne ou l’établissement de bases militaires au Somaliland. La coopération du Somaliland avec Israël est exclusivement diplomatique. »

Dans un entretien avec N12, Daka Kassim, chef du département politique du ministère des Affaires étrangères du Somaliland, a précisé les points suivants concernant la coopération : « Nous entrevoyons une réelle opportunité de coopération concrète entre le Somaliland et Israël dans les domaines de la sécurité, de l’économie et des investissements. Par conséquent, nous pouvons affirmer que la reconnaissance par Israël n’était pas qu’une simple formalité, mais un modèle de partenariat. »
« Le Somaliland possède d’abondantes ressources naturelles, notamment du gaz, de l’or, des minéraux et d’autres ressources, et Israël peut être un partenaire important en matière d’investissements, de technologie et d’accès aux marchés internationaux. Nous considérons Israël comme une porte d’entrée vers une activité internationale majeure. »
Kassim a souligné à plusieurs reprises sa reconnaissance envers Israël pour sa décision, faisant de lui le premier État membre de l’ONU à reconnaître le Somaliland : « Je tiens à exprimer ma gratitude particulière au Premier ministre Netanyahu pour avoir pris une mesure courageuse en faveur du Somaliland à un moment où le monde entier a effectivement négligé les droits légaux du Somaliland au cours des 34 dernières années. »
Une manœuvre stratégique pour Israël
Pour Israël, cette initiative s’inscrit « dans l’esprit » des accords d’Abraham, qui ont permis de normaliser les relations d’Israël avec plusieurs pays arabes, dont Bahreïn, les Emirats arabes unis et le Maroc.
Cette reconnaissance a aussi un but géostratégique : il s’agit de placer ses pions entre la mer Rouge et le golfe d’Aden dans sa lutte contre les rebelles Houthis, rappelle Didier Leroy, chercheur à l’Institut royal supérieur de défense (IRSD) : « Les Houthis se sont vraiment révélés être un ennemi de taille, mieux équipé, mieux préparé, plus résilient que prévu. C’est une menace durable ».
Israël profite donc de l’opportunité pour s’offrir un tremplin stratégique face au Yémen pour se donner les moyens de frapper les Houthis à tout moment. « Et ça fait les affaires d’Israël, mais aussi de l’Égypte, des pays européens, de l’Amérique du Nord, dans les États-Unis. Donc, il y a un bel alignement des astres qui va plaire à pas mal de monde à ce niveau », juge Didier Leroy.
En retour, Israël offre bien sûr son amitié mais surtout ses moyens énormes, financiers et technologiques. Le port somalilandais de Berbera pourrait éclipser Djibouti, encombré de bases américaine, française, chinoise…
Le développement énergétique et agricole du pays est aussi dans la balance, car comme le rappelle Didier Leroy, « Israël est à la pointe des technologies de dessalement de l’eau de mer. Tous les États de la région, qu’il s’agisse de la péninsule arabique ou de la Corne de l’Afrique, souffrent de stress hydrique important. Israël est évidemment un acteur qu’il est bon d’avoir de son côté ».
La question sensible d’un déplacement des Palestiniens
Depuis l’annonce par Donald Trump d’un plan aux contours flous qui vise à épurer Gaza de ses habitants, le Somaliland est souvent cité comme terre d’accueil potentielle.
Le Jerusalem Post rapportait dès janvier dernier que l’administration Trump envisageait le Somaliland, en plus du Maroc et du Puntland (une région somalienne autonome). Quelques semaines plus tard, l’agence AP cite le Somaliland aux côtés de la Somalie et du Soudan et le Financial Times attribue ce plan de relocalisation des Gazaouis à un bureau de consultants Boston Consulting Group (BCG).
Vingt et un pays principalement arabes mettent en garde samedi face aux « graves conséquences » de la décision d’Israël pour « la paix et la sécurité dans la Corne de l’Afrique » et la région de la mer Rouge et condamnent « les tentatives visant à expulser de force le peuple palestinien de ses terres », après que des informations ont fait état d’un lien entre cette reconnaissance et des tentatives israéliennes de déplacer la population de Gaza.
Des pays qui n’ont pas trop le choix
La question du déplacement de populations palestiniennes dans des pays de la Corne de l’Afrique est à prendre au sérieux. Surtout dans le cas de pays comme le Soudan, la Somalie ou ici le Somaliland, indique Didier Leroy de l’IRSD car ce sont des pays « qui n’ont en gros pas trop le choix dans le rapport de force des négociations » et « où la position de faiblesse des hommes forts en place pourrait ouvrir la porte à ce scénario d’immigration palestinienne plus ou moins forcée ».
Le scénario est-il réaliste ? Didier Leroy souligne les incertitudes et les risques : « Ça reste un ‘long shot’ (ndlr : ce n’est pas gagné) pour Israël, parce que ça va de nouveau générer l’indignation sur le plan international, relancer des manifestations, prolonger l’isolement diplomatique d’Israël. En même temps, on voit bien qu’Israël s’est accommodé de toutes ces formes de pression. Et ça risque quand même d’être faisable dans certaines proportions. »
Il faut garder à l’esprit que les Gazaouis restent une population rurale attachée à sa terre, qui ne va pas fuir ou emprunter facilement la porte de sortie définitive qu’Israël leur propose, ajoute le chercheur : « Mais on peut imaginer qu’un certain pourcentage pourrait décider qu’en l’absence d’autres perspectives, de tenter une nouvelle vie ailleurs, même si la Corne de l’Afrique n’est pas le plus alléchant en termes de meilleurs lendemains, surtout sur le plan socio-économique. Sauf à travers cette idée lointaine, dans tous les cas de figure, d’un développement rapide permis grâce à de l’aide extérieure, notamment israélienne. »
Face à l’accusation de projet de déportation des Palestiniens, un représentant du Somaliland affirme sur la chaîne israélienne Channel 12 que cette reconnaissance n’était pas liée au conflit à Gaza.
Un axe Israël – Émirats renforcé
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou lui cherche à présenter ce mouvement diplomatique comme la continuité des accords d’Abraham initiés par Donald Trump, qui renforce les liens entre Israël et des pays arabes comme le Maroc, l’Arabie saoudite ou les Émirats arabes unis.
Selon Didier Leroy, « ça annonce la consolidation du lien entre Israël et les Émirats déjà gestionnaires du port de Berbera. […] Le Yémen est un territoire où les Saoudiens et les Émiratis sont à couteaux tirés. […] C’est bien au départ de ce Somaliland que les Émirats peuvent aussi continuer à faire avancer leur agenda au Yémen ».
Cette stratégie se manifeste aussi par le déploiement de bases militaires et d’infrastructures, notamment sur l’île de Socotra, située entre la Corne de l’Afrique et le Yémen. Dans ce contexte, Israël et les Émirats semblent alignés sur leurs intérêts stratégiques dans la région, ce qui renforce leur coopération.
En reconnaissant le Somaliland, Israël opère un coup diplomatique à forte portée géostratégique, qui renforce ses alliances régionales et sa capacité d’action dans la mer Rouge, mais au prix de vives tensions internationales et de risques durables pour la stabilité de la Corne de l’Afrique.
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